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Note de l'éditeur : 

26 Septembre 2022  |  Matthew Crocker |  TGC Canada

À bien des égards, la notion même de «famille» se trouve aujourd’hui vivement remise en question au sein de notre culture. Divers facteurs sont à l’origine de cette situation. Par exemple, l’âge moyen du premier enfant chez la femme au Canada est passé de 23,7 ans en 1960 à 29,2 ans en 2016 (Statistique Canada). À n’en pas douter, le fait de différer la fondation d’un foyer jusqu’à la fin de la vingtaine ou le début de la trentaine a altéré la perception globale que nos contemporains se font de la famille. Tout parent a déjà fait l’expérience d’un jeune adulte dans la vingtaine, sans enfants, dispensant des conseils sur la manière d’éduquer ses enfants, tout en prétendant agir dans leur plus grand intérêt.

Cependant, l’institution familiale n’est pas seulement contestée en raison du manque d’expérience de certains. Elle fait également l’objet d’une attaque idéologique menée par la pensée déconstructiviste postmoderne, qui perçoit la famille nucléaire comme une sorte de structure de pouvoir hégémonique et démoniaque qu’il conviendrait de démanteler. Certains membres de la communauté LGBTQ+, se voyant fréquemment en défenseurs de la famille par un accent mis sur «l’amour», constituent une force prépondérante dans la déconstruction du concept de famille issu de notre héritage judéo-chrétien.

Dans mon pays d’origine, le Canada, cela s’est manifesté récemment par l’adoption du projet de loi C-4 interdisant les thérapies de conversion. Loin de moi l’idée de prétendre que la thérapie de conversion telle qu’elle fut exercée par des praticiens malveillants, soit une chose recommandable; néanmoins, la formulation de cette loi outrepasse manifestement la seule interdiction de ces pratiques pernicieuses pour piétiner le droit sacré des parents de prendre soin de leurs enfants et de les protéger.

Par exemple, la définition de la thérapie de conversion retenue par le projet de loi C-4 est d’une largeur telle qu’elle englobe toute pratique visant à «réprimer ou réduire l’expression de genre d’une personne qui ne se conforme pas au sexe assigné à la personne à sa naissance». En théorie, un enfant de trois ans rentrant de la garde d’enfants pourrait déclarer que ses nouveaux pronoms sont désormais neutres, et le parent, en signifiant à son enfant qu’il est dans l’erreur, s’exposerait à des poursuites judiciaires. Répétons-le: quelle que soit la position que l’on adopte à l’égard des thérapies de conversion, il s’agit manifestement d’une atteinte portée à la famille, mettant gravement en péril des droits parentaux dispensés non pas par le gouvernement, mais par le Créateur lui-même.

Nous ne pouvons plus tenir pour acquis que notre société repose sur les fondements ou les valeurs que nous professons en tant qu’Église. C’est pourquoi, au milieu de ce marasme moral, il est indispensable que l’Église se réapproprie la conception chrétienne du mariage et de la famille. L’expression «valeurs familiales» revêt désormais dans notre culture une signification profondément distincte de celle qu’elle possédait autrefois.

Au lieu de nous reposer sur un prétendu consensus quant à l’importance de la famille pour la société, nous devons démontrer au monde cette importance en incarnant pleinement la vision chrétienne du foyer. Pour ce faire, nous devons être armés d’une théologie solide de la famille; c’est précisément le sujet qu’aborde Herman Bavinck dans son ouvrage The Christian Family. Explorons quelques-uns des thèmes majeurs de cet écrit afin d’affermir notre théologie de la famille.

La différence des sexes au sein de la famille

La première vérité qu’il convient d’assimiler au sujet de la famille est qu’elle est une institution créée par Dieu. Elle ne constitue aucunement une construction sociale modifiable à merci. Bien au contraire, selon le chapitre 2 de la Genèse, elle consiste en un ensemble d’unions créées par Dieu, au sein desquelles chaque personne s’est vue attribuer un rôle précis. C’est la raison pour laquelle la différence des sexes au sein du mariage est d’une portée primordiale: les relations interpersonnelles dans la famille sont circonscrites par des limites établies par Dieu, pour sa gloire et pour le bien de l’humanité.

Herman Bavinck écrit: «Dieu est le Créateur de l’être humain, et il est en même temps l’Auteur de la sexualité et de la différence des sexes. Cette différence ne résulte pas du péché; elle existait dès le commencement même, elle trouve son fondement dans la création, elle est une révélation de la volonté et de la souveraineté de Dieu, et elle est par conséquent sage, sainte et bonne. Ainsi, nul ne saurait dénaturer ni mépriser cette différence sexuelle, que ce soit au sein de sa propre identité ou dans celle d’autrui» (traduction libre). La différence sexuelle entre l’homme et la femme, le mari et l’épouse, le père et la mère est une œuvre divinement bonne qui pose le fondement d’une famille saine.

En outre, c’est de la distinction des sexes au sein de l’union conjugale que découle la procréation des enfants. L’obéissance des enfants envers leurs parents et l’autorité parentale exercée sur l’enfant dépeignent l’image biblique de la vie familiale (Exode 20.12). Par la grâce commune de Dieu, cela concourt à l’épanouissement de l’humanité: «Cette triunité de relations et de fonctions, de qualités et de dons constitue le fondement de toute société civilisée. L’autorité du père, l’amour de la mère et l’obéissance de l’enfant forment dans leur unité la corde à trois fils qui lie ensemble et maintient toutes les relations au sein de la société humaine» (traduction libre).

La famille ne consiste donc pas en un assemblage arbitraire d’individus liés par un accord contractuel et unis par une définition culturelle de «l’amour». Elle se compose d’un père, d’une mère et de leurs enfants. Elle comprend les petits-enfants, les grands-parents, ainsi que les frères et sœurs. C’est une lignée qu’il est possible de faire remonter, théoriquement, jusqu’à notre premier père, Adam.

Le foyer, sanctuaire de la formation morale

La famille, comme elle vient d’être décrite, constitue également le lieu par excellence de la formation morale. Dans l’Ancien Testament, il incombe à la famille — et plus particulièrement aux parents — d’instruire la génération future dans la Loi de Dieu. Nous le voyons par exemple dans le livre du Deutéronome: «Vous les enseignerez à vos enfants, et vous en parlerez quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras» (Dt 11.19). Le livre des Proverbes est, dans une large mesure, l’enseignement dispensé par un père à son fils sur les voies de la vie. Dans l’Exode, lorsque Dieu révèle son caractère à Moïse, il déclare qu’il «punit l’iniquité des pères sur les enfants et sur les enfants de leurs enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération» (Ex 34.7), signifiant par là que la corruption chez le père produit des répercussions sur les enfants, puis sur leur descendance. C’est une marque de la grâce de Dieu que cette conséquence se limite à la troisième et à la quatrième génération. En un mot, la famille est le terreau de la formation morale.

En un mot, la famille est le terreau de la formation morale.

Cette formation ne concerne pas uniquement les enfants. Au contraire, elle s’opère également chez le père et la mère qui font l’expérience de l’œuvre sanctifiante de Dieu à travers leur rôle parental. Herman Bavinck développe cette idée lorsqu’il affirme: «La famille exerce une puissance réformatrice sur les parents eux-mêmes. Qui reconnaîtrait dans ce père avisé et consciencieux le jeune homme insouciant d’hier, et qui n’aurait jamais imaginé que la jeune fille légère serait un jour transformée par son enfant en une mère consentant aux plus grands sacrifices avec une joyeuse soumission? La famille transforme l’ambition en service, l’avarice en munificence, le faible en homme fort, les lâches en héros, les pères rudes en agneaux paisibles, et les mères au cœur tendre en lionnes féroces. S’il n’y avait ni mariage ni famille, l’humanité se changerait, pour reprendre la vive expression de Calvin, en une véritable porcherie» (traduction libre).

La famille possède ainsi un pouvoir réformateur sur chacun de ses membres. Pour citer à nouveau Bavinck: «La famille est l’école de la vie, parce qu’elle en est la source et le foyer» (traduction libre).

La famille et l’avenir

Si la juste compréhension biblique de la famille revêt une telle importance, et qu’elle se trouve néanmoins attaquée avec tant de véhémence au sein de notre culture, quelle doit être notre conduite? Comment pouvons-nous faire face à ces forces culturelles qui cherchent à démolir la famille? Relevons trois enseignements transmis par Bavinck.

En premier lieu, cherchez d’abord à réformer votre propre foyer. L’institution familiale existe depuis la création du monde. Elle a déjà traversé des assauts par le passé; elle saura résister à cette déferlante culturelle. Ainsi, pour entreprendre de revaloriser la famille, commencez par la vôtre. C’est précisément à cela que Bavinck nous exhorte: «Si la vie familiale se trouve en effet menacée de toutes parts aujourd’hui, il n’est rien de meilleur pour chacun que de commencer sur-le-champ la réforme au sein de son propre cercle, et de réfuter par les faits mêmes les vives critiques portées de nos jours contre le mariage et la famille. Une telle réforme possède d’emblée cet avantage qu’elle ne perd point de temps et n’a besoin d’attendre quoi que ce soit» (traduction libre).

En second lieu, prenez fait et cause pour la famille. La famille est un don merveilleux accordé par la bienveillante volonté de Dieu. En tant que chrétiens, notre devoir est de demeurer fermes pour la Parole de Dieu, même si cela ne tourne pas à notre avantage personnel. Méditons à nouveau ces paroles de Bavinck: «Même s’ils devaient se retrouver seuls, comme l’histoire les y a si souvent contraints, ils doivent démontrer en paroles et en actes quelle bénédiction inestimable Dieu a accordée à l’humanité et à la société, à l’Église et à l’État, par le don du mariage et de la famille» (traduction libre).

Enfin, nous avons un motif d’espérance. Lorsque Jésus-Christ a prêché l’Évangile, qu’il est mort pour nos péchés, qu’il est ressuscité pour une vie nouvelle et qu’il a inauguré son Église, le climat culturel qui régnait dans le monde gréco-romain s’opposait diamétralement à la vie familiale. Le mariage n’était qu’un contrat juridique et les plaisirs charnels étaient recherchés ailleurs sous de multiples formes; l’infanticide des enfants indésirables était une pratique courante; les femmes étaient traitées comme des biens matériels et à peine considérées comme des personnes, et ainsi de suite. C’est au sein d’un tel contexte que l’Évangile fut prêché pour la première fois. C’est dans ce terreau que la famille chrétienne prit racine à l’origine. Le christianisme n’a point détruit la famille, mais il l’a renouvelée en affranchissant ceux qui croient au Christ de la « servitude spirituelle, régénérant précisément de cette manière les relations terrestres » (traduction libre). Dès lors, nous pouvons conserver l’espérance. À mesure que l’Évangile progresse et que davantage d’âmes viennent à la foi en Jésus, la famille redeviendra une source de «bénédiction et de prospérité» qui «s’étendra à nouveau à la nation tout entière» (traduction libre).

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