« Ne touchez pas à mes oints, et ne faites pas de mal à mes prophètes. » (Psaume 105:15)
J’ai eu, depuis mon enfance, l’occasion d’évoluer dans des milieux chrétiens où ce verset était souvent utilisé lorsqu’un fidèle s’aventurait à questionner le pasteur sur un comportement, une parole ou des choix en apparence problématiques qu’il aurait posés dans l’église. Aussitôt, le fidèle se retrouvait ciblé du regard, ou mis à la barre comme dans un tribunal, jusqu’à ce qu’un volontaire se détache de la foule, s’approche et lui dise : « Attention, c’est l’homme de Dieu », « Tu touches à l’oint de l’Éternel », ou encore, sur un ton plus compréhensif : « Laisse, Dieu lui-même le jugera. » Ce verset, « Ne touchez pas à mes oints », était, et représente toujours dans certains lieux, un totem d’immunité autour des responsables religieux.
Mais est-ce bien là le sens de cette parole ? Peut-on avoir un droit de regard sur les responsables spirituels, ou leur service les place-t-il au-dessus de tout jugement par les fidèles ?
Que dit réellement le Psaume 105 ?
Le Psaume 105 est un psaume de louange dans lequel le psalmiste célèbre la fidélité de Dieu. C’est au cours de cet exercice qu’il se rappelle et retrace l’histoire du peuple d’Israël : cette poignée d’immigrants (v. 12), allant vers des terres inconnues, de royaume en royaume (v. 13). Pourtant, le Seigneur n’a laissé personne les écraser par l’injustice ; à cause d’eux, il a puni des rois (v. 14). Il a dit : « Ne touchez pas à mes oints (ceux que j’ai choisis), et ne faites pas de mal à mes prophètes (ceux qui parlent en mon nom). »
J’aimerais juste prendre un temps et dire merci Seigneur, parce que la compréhension que l’on doit avoir de ce verset est : « Dieu est fidèle et il prend soin de nous ». En effet :
- Pour commencer, il n’est pas question dans ce texte des seuls patriarches, que nous pouvons voir comme les responsables religieux. Il est plutôt question du peuple dans sa globalité. C’est tout le peuple que Dieu a protégé face aux royaumes environnants et qui a vu sa fidélité.
- Nous aussi (les membres de l’église), nous sommes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que nous annoncions les vertus de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, nous qui autrefois n’étions pas un peuple, et qui maintenant sommes le peuple de Dieu (1 Pierre 2:9-10).
- Nous pouvons donc célébrer l’Éternel comme le psalmiste, parce que nous avons l’assurance que Dieu prend soin de tous ses oints, pas uniquement de ceux qui exercent un ministère ou sont dans des positions de dirigeants, mais bien de tout son peuple.
De plus, ce texte n’attribue nulle part une quelconque immunité aux oints de l’Éternel, que ce soit à ceux d’avant, à ceux de maintenant ou à ceux à venir. On peut au contraire percevoir une mise en garde, car ce n’est que de l’injustice des royaumes environnants que Dieu les a protégés (v. 14). Dieu ne les a pas protégés de leur propre injustice et de leur propre iniquité, qui, nous le savons, les ont conduits à maintes reprises à la défaite, à la déportation et à l’esclavage.
Par conséquent, utiliser ce verset pour empêcher toute remise en question d’un responsable religieux en constitue une très mauvaise interprétation. D’autant plus que nous trouvons dans la Bible des exemples concrets de serviteurs de Dieu qui ont été repris sans que cela soit considéré comme une rébellion. En voici quelques-uns :
- David, roi d’Israël, oint de Dieu (1 Samuel 16:13), est confronté par le prophète Nathan après son péché avec Bath-Schéba : « Tu es cet homme-là ! » (2 Samuel 12:7). Il était ainsi accusé et mis face à ses exactions. Son onction ou sa position ne l’a jamais placé au-dessus de la réprimande d’un autre.
- Même Pierre, apôtre, est repris publiquement par Paul : « Je lui résistai en face, parce qu’il était condamnable » (Galates 2:11). Paul agit ainsi « parce qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile » (Galates 2:14).
- Les faux prophètes (1 Jean 4:1) : ne croyez pas tous ceux qui disent « nous avons l’Esprit saint » (les prétendus oints), mais examinez-les avec attention pour savoir si ces gens ont vraiment l’Esprit de Dieu. En effet, beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde (…).
Qu’il s’agisse d’exposer les faux prophètes ou de souligner un écart, la Bible encourage les chrétiens à faire preuve de discernement, à examiner toutes choses et à retenir ce qui est bon (1 Thessaloniciens 5:21). Les chrétiens de Bérée sont d’ailleurs félicités parce qu’ils excellaient dans cet exercice (Actes 17:11). Ainsi, nous devons être vigilants. Pointer une dérive dans le corps de Christ n’est donc pas un manque de respect, mais un acte d’obéissance. Voici la réalité, telle que présentée par la Bible : personne n’est au-dessus de la vérité, et la réputation de Dieu doit toujours passer avant celle des hommes, quel que soit leur rang.
Personne n’est au-dessus de la vérité, et la réputation de Dieu doit toujours passer avant celle des hommes, quel que soit leur rang.
Questionner et respecter sont compatibles
Cependant, dénoncer les abus ne signifie pas mépriser les responsables. La Bible appelle au respect, à la prière, à l’humilité. D’ailleurs, dans beaucoup de cultures, dont celles qui m’ont porté durant toute mon enfance, le respect des anciens et des figures d’autorité occupe une place importante. Cette valeur est belle et profondément biblique. C’est la volonté de Dieu que nous honorions nos parents (Exode 20:12) et que nous obéissions à nos responsables avec respect et déférence (Hébreux 13:17). Toutefois, honorer, ce n’est pas sacraliser, car la même Bible refuse toute idolâtrie spirituelle. Un pasteur reste un homme comme tout autre. Un prophète reste un homme comme tout autre. Un ancien reste un homme comme tout autre. Seul Jésus-Christ est parfait.
Par conséquent, la mentalité selon laquelle le péché de ces hommes et de ces femmes devrait être minimisé ou caché est profondément antibiblique et dangereuse pour tous les oints de l’Éternel, qui sont le corps de Christ, l’Église. Elle permet des abus, des peurs injustifiées et la culpabilisation des victimes. Elle entraîne la disparition du discernement biblique dans les assemblées, biaise la notion de vérité à cause de la dépendance au leader plus qu’à Dieu, et favorise le contrôle des consciences. Et, ce qui est plus terrible et plus triste encore, elle produit une chaîne de péchés : celui des abuseurs, souvent celui des abusés, et même celui de ceux qui regardent l’assemblée, avec pour résultat un mauvais témoignage qui éloigne de l’Évangile.
Conclusion
Voyez donc cet article comme une bouteille à la mer, pour éveiller quelque peu les consciences sur les risques que nous faisons porter à la réputation de Christ et de son Épouse lorsque nous cédons à ces pratiques au sein de nos églises. Une église saine n’est pas une église où personne ne peut parler. C’est une église où chacun, y compris les responsables, reste soumis aux autres, conformément à la parole de Dieu.
Que Dieu vous bénisse.
