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Définition

L’une des deux ordonnances de l’Église, la sainte cène, a été instituée par Jésus pour commémorer sa mort, pour symboliser la nouvelle alliance, pour représenter la communion d’un peuple racheté réuni à sa table, et pour anticiper le festin messianique à venir.

Résumé

La sainte cène trouve ses racines symboliques dans le repas de la Pâque du temps de l’Exode. Elle a été instituée par Jésus lors de son dernier repas avec ses disciples. Le pain et la coupe désignent son corps brisé et son sang versé et sont les symboles ultimes de la nouvelle alliance en Christ. Le débat sur la signification de la sainte cène (en particulier la nature de la présence du Christ lors de la sainte cène) a été un élément majeur de division à l’époque de la Réforme, tant entre les protestants et les catholiques romains qu’entre protestants. Les protestants rejettent le concept de transsubstantiation, mais ont des interprétations divergentes quant à la signification précise de la sainte cène. Néanmoins, tous s’accordent sur le fait que le pain et la coupe sont des symboles clairs de l’œuvre rédemptrice du Christ au Calvaire, de la communion du peuple de Dieu en Christ, et du jour à venir où un peuple racheté se rassemblera en présence du Sauveur lors de son festin eschatologique[1].

Les origines de la sainte cène

L’existence même du peuple de Dieu dans l’Ancien Testament est fondée sur l’œuvre de délivrance accomplie par Dieu lors de l’Exode. Dans ce passage, il vient juger le pays d’Égypte pour les mauvais traitements infligés à Israël, mais ce faisant, il fournit à son peuple un moyen de salut. Un agneau doit être abattu, et son sang doit être répandu sur les cadres de portes des maisons du peuple de Dieu. Lorsque l’ange de la mort passe, les maisons sur lesquelles le sang de l’agneau est visible sont épargnées par le fléau de la mort du fils premier-né. Très concrètement, l’agneau meurt à la place du fils premier-né de la maison. Le peuple d’Israël mange le repas constitué d’agneau et accompagné d’herbes amères et de pains sans levain alors qu’il se prépare à fuir. Le repas de la Pâque (Ex 12) devient ensuite un constant rappel du grand salut que Dieu a apporté au peuple de son alliance par un grand acte de jugement.

L’institution de la sainte cène

Le dernier repas que Jésus prend avec ses disciples juste avant sa trahison et son arrestation est le repas traditionnel de la Pâque, mais Jésus lui donne une nouvelle signification liée à sa mort imminente[1].

Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe ; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : Buvez-en tous ; car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour beaucoup, pour le pardon des péchés (Mt 26.26-28).

Jésus associe symboliquement le pain et la coupe à son corps sur le point d’être brisé et à son sang sur le point d’être versé. Le sang est désormais le « sang de l’alliance » – la nouvelle alliance que Jésus a instituée par sa mort et sa résurrection. De même que le repas de la Pâque est le repas fondateur de l’ancienne alliance, qui s’est déroulé juste avant l’acte salvateur et fondateur de l’alliance (l’Exode d’Égypte), la Cène est le repas fondateur de la nouvelle alliance, qui s’est déroulé juste avant l’œuvre salvatrice que Jésus allait accomplir sur la croix[2]. De même que le repas de la Pâque servait à rappeler la rédemption du Seigneur pour son peuple en le sortant de l’esclavage en Égypte, la sainte cène est un puissant rappel de la rédemption accomplie par le Seigneur Jésus pour son peuple, nous libérant de l’esclavage du péché. Ce repas est donc le symbole fondateur et permanent de la nouvelle alliance en Christ[3].

Lorsque Paul rapporte les instructions de Jésus dans 1 Corinthiens 11 (sans doute la plus ancienne trace que nous ayons de l’institution de la sainte cène), Jésus parle de ses disciples qui obéissent à ses instructions en utilisant la formulation « toutes les fois » qu’ils prennent le repas (1 Co 11.25,26). Cela indique qu’il s’agissait d’une pratique courante. Il n’est donc pas surprenant que dès l’institution de l’Église à la Pentecôte, les croyants « persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières » (Ac 2.42).

La signification de la sainte cène

Les paroles d’introduction de Jésus indiquent clairement que le repas sert de symbole de la nouvelle alliance et de souvenir de sa mort (1 Co 11.24,25). Cependant, la nature de la présence de Jésus lors de la sainte cène est contestée.

Lorsque Jésus dit que le pain « est [son] corps » et que la coupe « est [son] sang de l’alliance » (Mt 26.26-28), que veut-il dire exactement ? Lorsqu’il parle du danger spirituel que représente la participation à des festins idolâtres, Paul fait un parallèle avec la signification spirituelle de la participation à la sainte cène : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ ? » (1 Co 10.16.) Dans quel sens est-ce une « communion » au corps et au sang du Christ ?

Dans l’ensemble, quatre types de réponses à ces questions ont été proposés, conduisant à quatre points de vue différents sur la nature de la sainte cène et de la présence de Jésus à cette occasion.

  1. La transsubstantiation. Ce point de vue est partagé par les catholiques romains et d’autres, qui croient que durant la messe, les éléments deviennent le corps et le sang du Christ, de sorte qu’il y a, en un certain sens, une récapitulation de l’offrande du Christ. Lors de la Réforme, la doctrine catholique romaine a été rejetée, essentiellement pour trois grands motifs : 1) désormais, Jésus est physiquement présent au ciel, et suggérer que son corps physique puisse être présent à plusieurs endroits à la fois porte atteinte à sa véritable humanité ; 2) le culte d’adoration des éléments (considérés comme le corps et le sang du Christ) qui a lieu lors de la messe est idolâtre ; 3) l’idée d’une récapitulation du sacrifice de Jésus remet en question la finalité et la suffisance de son œuvre à la croix (voir Hé 9.24-26).
  2. La consubstantiation. C’est la conception que Martin Luther avait adoptée (bien qu’il n’ait pas voulu utiliser cette appellation) et elle est encore communément partagée aujourd’hui par les luthériens. Luther souhaitait corriger les erreurs présentes dans la vision catholique romaine tout en prenant au sérieux l’association du corps et du sang de Jésus aux éléments et l’idée selon laquelle il était vraiment présent lors de la sainte cène. La solution de Luther consiste à dire que, bien que le pain et le vin ne « deviennent » pas littéralement le corps et le sang du Christ, Jésus est tout de même spirituellement présent dans, derrière et par l’intermédiaire des éléments (d’où l’utilisation du préfixe latin con qui signifie « avec »). Il y a donc un réel aspect présentiel de Jésus lors de la sainte cène, même s’il n’y a pas de changement dans la substance même des éléments.
  3. Le mémorialisme. Ce point de vue est particulièrement associé au réformateur suisse Huldrych Zwingli et il est défendu, sous une forme ou une autre, par de nombreux baptistes. Zwingli a insisté pour que la déclaration de Jésus selon laquelle le pain serait son corps et le vin serait son sang soit prise au sens figuré et non au sens littéral. Après tout, Jésus utilise le verbe « être » de manière clairement symbolique dans les Évangiles. Il déclare non seulement : « Je suis le pain de vie » (Jn 6.35), mais aussi « je suis la porte » (Jn 10.7), et « Je suis le cep » (Jn 15.5). Le sacrifice de Jésus à la croix a été achevé, accompli une fois pour toutes, et la sainte cène est donc un rappel figuré, une commémoration. Bien que le Christ soit toujours présent avec son peuple, il n’est pas spécifiquement présent lors de la sainte cène.
  4. La conception des réformés. Cette conception provient de Jean Calvin et il s’agit de la vision réformée prédominante, bien qu’il existe diverses interprétations parmi ceux qui s’identifient comme théologiquement réformés[iv]. Calvin a rejeté à la fois la notion de changement physique du pain et du vin et l’idée d’une simple commémoration. Lors de la sainte cène, le Christ est présent spirituellement d’une manière particulière, mais il n’est pas présent physiquement. Une véritable communion spirituelle entre le Seigneur et son Église se manifeste lorsqu’elle est célébrée. Le mot « être » exprime un sens symbolique (et non littéral), mais en même temps, un véritable partage en Christ a lieu.

La pratique de la sainte cène

Une fois que l’on a réglé la question globale de la signification théologique de la sainte cène, un certain nombre de questions subsistent concernant la pratique et l’administration de cette ordonnance.

La fréquence

De nombreux évangéliques ont réagi défavorablement à la pratique catholique romaine de la messe hebdomadaire et ils ont réduit la fréquence de leur propre mise en application. D’autres soutiennent que, puisque Jésus semblait prévoir que cette pratique serait régulière (« toutes les fois que… »), et puisque nous pouvons nous attendre à ce que la sainte cène soit destinée à nous faire spirituellement du bien, il y a d’importantes raisons de maintenir la pratique hebdomadaire. De nombreux évangéliques (voire une majorité) se sont mis d’accord sur un juste milieu consistant à observer cette ordonnance de manière mensuelle. Il semble y avoir peu de raisons d’instaurer une règle absolue à ce sujet, mais ceux qui voudraient réduire considérablement la fréquence de la pratique de la sainte cène devraient se demander ce qui les motive à le faire. Le Seigneur voulait-il que l’on se souvienne régulièrement de sa mort ? Quel est l’impact spirituel, sur le corps que constituent les croyants, du fait de se réunir autour de la table du Seigneur seulement de manière occasionnelle ? Pour ceux qui observent cette ordonnance de façon hebdomadaire, il est important de s’assurer que la fréquence ne dérive pas vers le ritualisme ou ne diminue pas la signification de la sainte cène pour ceux qui y prennent part.

Supervision

Pour les protestants, il est important de prendre de la distance avec la conception catholique romaine selon laquelle un « prêtre » doit présider la sainte cène, à la fois pour réaliser la transsubstantiation et pour administrer ce qui est considéré comme une offrande sacrificielle. Certains sont à l’aise avec l’idée que des membres laïcs administrent la cène. D’autres s’en tiennent au principe selon lequel des responsables reconnus ou ordonnés (pasteurs, anciens) doivent diriger le service, généralement pour deux raisons principales : 1) pour veiller à ce que tout soit effectué convenablement et dans l’ordre dans le cadre du culte collectif (voir 1 Co 14.40), pour que la sainte cène soit administrée avec soin et révérence ; 2) puisque la sainte cène est un rappel de la mort de Jésus, et en ce sens une image de l’Évangile, elle ne doit pas être séparée de la prédication de la Parole (point sur lequel Calvin a insisté). Il pourrait donc sembler approprié qu’une personne reconnue comme enseignant la Parole au sein de l’Église préside la sainte cène et que celle-ci soit ainsi replacée dans son contexte légitime d’instruction biblique.

Préserver la table

Dans 1 Corinthiens 11.27-30, Paul met en garde contre le fait de prendre part à la sainte cène d’une manière qui soit indigne :

C’est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe ; car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même. C’est pour cela qu’il y a parmi vous beaucoup d’infirmes et de malades, et qu’un grand nombre sont morts.

Évidemment, la situation particulière de Corinthe impliquait que, lors du repas de communion, les mieux nantis venaient avec de la nourriture pour eux-mêmes, ils festoyaient, voire s’enivraient, alors que les plus pauvres n’avaient rien à manger. On peut donc dire que le fait de ne pas « discerner le corps » est un manque de reconnaissance et d’honneur envers le peuple du Christ, c’est-à-dire son « corps ». Cependant, l’application de ce principe s’étend sans doute à d’autres choses : il est possible de s’approcher de la table sans se repentir de ses péchés (en particulier de ceux qui ont un impact sur les relations au sein de l’Église), et donc d’y participer « indignement ».

À la lumière de ces principes, il est important que le responsable du service incite et encourage le croyant à s’examiner minutieusement et consciencieusement, tout en précisant aux non-croyants présents que la sainte cène ne leur est pas destinée. De plus, les responsables d’Église doivent faire preuve de discipline et donc écarter de la table ceux qui vivent sans se repentir. L’exercice de cette responsabilité est parfois appelé « la préservation de la table ». Cela signifie mettre en place autour de la table des panneaux d’avertissement et de la discipline afin d’empêcher la participation de ceux qui ne vivent pas dans la foi, la repentance et l’harmonie charitable avec le peuple de Dieu. Une administration avisée de la sainte cène se traduira par la sensibilité à l’égard des croyants ayant une conscience faible qui pourraient hésiter à s’approcher, mais pour lesquels le Seigneur a institué la sainte cène. Jean Calvin décrit la participation « digne » en ces termes : « Ainsi, la seule condition suffisante pour nous présenter devant Dieu est celle-ci : lui offrir notre misère et notre indignité afin que, par sa miséricorde, il nous rende dignes de lui, être troublés en nous-mêmes afin d’être consolés en lui, nous humilier en nous-mêmes afin d’être exaltés en lui, nous accuser nous-mêmes afin d’être justifiés en lui[v] ».

À quoi devons-nous penser durant la sainte cène ?

Les Écritures nous encouragent à nous tourner vers plusieurs choses avec les yeux de la foi lorsque nous participons à la sainte cène[vi]. Tout d’abord, nous devons regarder en arrière avec gratitude, en direction de Jésus et de sa mort sur la croix (1 Co 11.24). Ensuite, nous devons regarder autour de nous le corps de croyants avec lequel nous partageons la cène. C’est une chose que nous faisons lorsque nous nous réunissons (v. 17) et que nous discernons le corps du Christ (v. 29) lorsque nous mangeons. Il est important que nous partagions ce repas en tant que communauté, et non individuellement chez nous. Partager un seul pain ensemble est un signe de notre unité fondamentale (1 Co 10.17). Nous levons également les yeux vers le ciel, où le Christ ressuscité et élevé intercède pour nous en tant que grand souverain sacrificateur (voir Hé 4.14-16). Enfin, nous nous réjouissons du jour où Jésus reviendra (1 Co 11.26). La célébration de la sainte cène fait office de proclamation de la mort de Jésus qui anticipe son retour. Jésus lui-même, lorsqu’il a institué la Cène, y a pris part en prévision de l’avenir (Mt 26.29). L’accomplissement ultime du plan de salut de Dieu est depuis longtemps associé à la promesse d’un grand festin (És 25.6 ; voir aussi Ap 19.9). La sainte cène est un avant-goût de ce grand festin, et elle nous rappelle l’unique fondement de notre espoir d’y participer.

Notes de pied de page

1Plusieurs de ceux qui s’en tiennent à une vision réformée traditionnelle de la sainte cène préféreront aller au-delà du terme « symbole » et la considérer comme un « signe » ou un « sceau » de la nouvelle alliance et comme un « moyen de grâce » pour le peuple de Dieu. Une discussion complète sur la signification de ces termes dépasserait le cadre de cet article, mais vous trouverez plus bas un aperçu théologique de la vision réformée de la sainte cène.
2Pour en savoir plus sur ces liens biblico-théologiques entre la Cène et l’Exode, voir notamment Waters, Supper, p. 88-91.
3Tout au long de cet article, j’utilise la formulation « la sainte cène » pour désigner le repas du Seigneur (voir 1 Co 11.20). Cependant, les termes « eucharistie » (du grec eucharistia, qui signifie « rendre grâces » ; voir 1 Co 11.24) et « communion » (voir 1 Co 10.16) sont également souvent utilisés.
4Il faut noter que de nombreux baptistes dont la théologie est globalement réformée adhéreront tout de même à une version de la conception mémorialiste de la sainte cène.
5Calvin, Institution de la religion chrétienne, Excelsis/Kerygma, 2015, p. 1335.
6Je me rappelle que j’ai été encouragé à « regarder » dans certaines de ces directions lors du service de la sainte cène dirigé par Vaughan Roberts à la St. Ebbe’s Church d’Oxford, en Angleterre.

Lectures complémentaires