Il y a bien des raisons pour lesquelles la lecture des Écritures peut être difficile. Le simple fait d’ouvrir sa Bible dans un monde d’agitation et de distractions peut déjà être un combat. Même lorsque nous lisons un passage, nous sommes parfois trop préoccupés ou épuisés pour nous souvenir de ce que nous avons lu. D’autres fois, nous lisons des passages qui nous paraissent totalement hors sujet (bonjour, Lévitique !), ou nous les connaissons tellement bien qu’ils nous semblent fades. Que ce soit par manque de discipline, par de mauvaises priorités ou par une capacité d’attention limitée, il est difficile de savoir comment aborder les Écritures avec profondeur, même lorsque nous savons que cela nous fait du bien.
Il existe une autre raison pour laquelle la lecture des Écritures peut être difficile : les mots que nous lisons peuvent nous sembler faux. Combien de fois avons-nous lu un passage biblique sans savoir comment le comprendre — non pas parce qu’il était théologiquement compliqué ou que le langage était confus — mais parce qu’il semblait contredire directement les circonstances de notre vie ? Cela nous laisse nous demander : « Dieu tient-il ses promesses ? »
Récemment, j’ai passé plusieurs jours à lire et relire le Psaume 23. C’est un passage que je connais tellement bien que je risque de le lire machinalement, sans que mon cœur y prête véritablement attention. Pourtant, cette fois-ci, mon expérience de lecture du Psaume 23 n’a pas été celle d’un « oui, oui, je connais déjà » désabusé. Au contraire, je me suis retrouvée totalement absorbée, presque comme si je lisais ce psaume pour la première fois. Ce n’était pourtant pas parce qu’il m’apportait encouragement et réconfort. C’était parce qu’il me semblait déroutant d’une manière nouvelle. Le trouble n’a fait que grandir lorsque je suis arrivée au verset 6 — « Oui, le bonheur et la grâce m’accompagneront tous les jours de ma vie, et j’habiterai dans la maison de l’Éternel jusqu’à la fin de mes jours » — et je me suis entendue rire à voix haute. Je crois n’avoir jamais fait cela auparavant. J’ai ri parce que ce verset semblait décrire exactement le contraire de ce que je vivais. « Le bonheur et la grâce m’accompagnent ? Quel bonheur ? Quelle grâce ? »
Je n’en suis pas fière. Cela me semble presque impie au moment où j’écris ces lignes. Cela me rappelle le rire de Sara — un rire d’incrédulité — lorsque Dieu annonça à Abraham qu’elle enfanterait dans sa vieillesse (Gn 18.12). Pourtant, cette expérience de lire les promesses de Dieu alors que tant de choses dans la vie semblent les contredire ouvertement est bien réelle. Que faire lorsque nous lisons les promesses de Dieu dans les Écritures et qu’elles nous semblent fausses ? Que faire lorsque nous regardons les circonstances de notre vie — le péché qui paraît implacable, la souffrance qui persiste et s’intensifie avec le temps, les prières sincères et désespérées qui restent sans réponse jour après jour ? Nous ne pouvons que nous interroger : Dieu a-t-il renié sa Parole et nous a-t-il oubliés ? Ne tiendra-t-il pas ses promesses envers nous ? Que faire lorsque notre vie est si sombre et décourageante que lire « le bonheur et la grâce m’accompagneront tous les jours de ma vie » ne ressemble pas à un encouragement, mais à une absurdité risible ?
Je n’ai pas de réponse complète à cela, mais deux pensées ont commencé à germer dans mon cœur.
D’abord, ces moments deviennent une occasion parfaite de mettre en pratique la marche par la foi, et non par la vue. Je ne comprends pas pourquoi j’oublie chaque jour que la vie chrétienne est, par nature, un appel à la foi. Hébreux 11.1 dit : « Or la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas. » Romains 8.24-25 dit : « Car nous avons été sauvés en espérance. Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance : car ce qu’on voit, comment l’espérerait-on encore ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance. »
Je vis avec un désir tacite et obstiné, presque une attente, de pouvoir voir ce que Dieu fait, de pouvoir comprendre ce qu’il accomplit et pourquoi. Je vis avec l’attente de pouvoir lire le Psaume 23.6 sur sa bonté et sa grâce qui m’accompagnent et de dire : « Oui, je vois bien à quel point cela est vrai pour ma vie aujourd’hui. »
J’ai besoin qu’on me rappelle sans cesse que l’un des appels durables qui m’ont été confiés est de marcher par la foi, et non par la vue
J’ai besoin qu’on me rappelle sans cesse que l’un des appels durables qui m’ont été confiés est de marcher par la foi, et non par la vue. Cela signifie qu’il y aura des jours où je ne pourrai pas voir ce que j’espère. Il y aura peut-être des jours où sa bonté me semblera inexistante. Il se peut que je sois appelée à croire que ses promesses sont vraies et qu’elles sont à l’œuvre dans ma vie, même s’il y a tant de preuves « visibles » du contraire.
Si je ne peux pas le voir, cela ne signifie pas que ce n’est pas vrai. Cela signifie que l’occasion m’est donnée de mettre en pratique ce que signifie grandir dans la foi. Non pas une foi aveugle, mais une foi en Christ, qui est mort pour moi, qui est ressuscité et qui m’invite à me confier en lui et non en moi-même. Une foi en celui qui, comme le dit souvent mon collègue Ed Welch, nous aime d’un amour parfois plus profond que nous ne pouvons le comprendre. Une foi en celui qui « accomplit sans cesse 10 000 choses dans notre vie, dont nous n’avons peut-être conscience que de trois ».[1]
Les moments où semble exister un large fossé entre les promesses de Dieu et la réalité de notre vie sont des occasions difficiles mais précieuses d’apprendre à faire confiance à sa sagesse et à sa bonté, lui qui tient ses promesses et prend soin de nous. Un jour, tout ce qui demeure invisible deviendra visible, et nous le trouverons fidèle.
Ensuite, ce sont des occasions de regarder en arrière, vers les périodes passées de notre vie où Dieu savait ce qui était le mieux pour nous. L’une des façons dont Dieu nous invite à lui faire confiance est de regarder en arrière, vers sa fidélité passée. Lorsque les Israélites faisaient face à de nouvelles épreuves dans l’Ancien Testament, il les encourageait souvent à se souvenir de l’Exode, quand il les avait délivrés de l’esclavage.
Peut-être avons-nous, nous aussi, des histoires auxquelles nous pouvons repenser — des moments où nous étions convaincus de savoir ce qui était le mieux, pour réaliser ensuite que la sagesse de Dieu dépassait de loin la nôtre. Des périodes où des prières restées sans réponse ont finalement conduit à recevoir bien plus que ce que nous aurions pu demander ou imaginer. Des périodes où nous étions d’abord amers qu’il ne nous ait pas donné ce que nous voulions, mais où nous l’avons ensuite remercié pour les portes fermées qui ont finalement mené à quelque chose de bien plus précieux.
Il est facile d’oublier qu’il y a eu d’autres jours où nous n’avions pas l’impression que la bonté et la grâce nous accompagnaient, jusqu’à ce que nous puissions le voir avec le recul. Voici quelques témoignages que j’ai entendus de la part d’autres personnes :
« Il n’a pas simplement fait disparaître ma lutte contre le péché comme par un miracle instantané, mais grâce à cela, j’ai développé une compassion et une patience envers ceux qui luttent contre le péché que je n’aurais pas eues autrement. Cela a fait de moi une meilleure personne pour les accompagner. »
« Dieu m’a fait vivre tant de rejets dans ma vie amoureuse pendant tant d’années, mais ce parcours m’a finalement menée vers quelqu’un que j’aime de tout mon coeur et avec qui j’aime construire ma vie. »
Parfois, il nous donne ces témoignages pour nous rappeler de nous accrocher à l’espérance au milieu de notre confusion et de notre découragement présents.
Alors, qu’ai-je fini par faire ce jour-là, quand j’ai ri en lisant le Psaume 23.6 ? À quoi a ressemblé pour moi la marche par la foi ?
J’ai fini par écrire un long paragraphe dans mon journal. J’ai exprimé à Dieu pourquoi ce verset me semblait absurde. J’ai énuméré les façons dont je sentais que Dieu ne répondait pas à mes prières légitimes pour des choses bonnes et qui l’honorent, les façons dont il me laissait bloquée, et les façons dont il ne me donnait pas ce dont je pensais désespérément avoir besoin.
Où était l’aide pour laquelle je priais chaque jour ? La bonté et la grâce ressemblaient davantage à un silence froid et à de la négligence. Je lui ai dit que je me sentais découragée.
Je ne sais pas ce qui adviendra de cette partie de mon journal et de cette prière. J’imagine que dans quelques années, je pourrai regarder en arrière et voir davantage ce que Dieu était en train de faire — comment même des prières restées sans réponse et des souffrances auxquelles il n’a pas mis fin peuvent témoigner de sa bonté et de sa grâce.
Je ne prétends pas tout comprendre aujourd’hui. Mais je demande à Dieu plus de foi, et je demande aux autres de prier pour cela également. Et j’attends.
Aujourd’hui, avec impatience.
Demain, peut-être avec un peu plus de patience.
J’espère ce que je ne vois pas — que ses promesses sont bel et bien vraies pour moi — et j’attends.
[1] John Piper, “God Is Always Doing 10,000 Things In Your Life,” https://www.desiringgod.org/articles/god-is-always-doing-10000-things-in-your-life
