On entend souvent dire qu’il faut faire attention à qui on se confie. Que ce soit par des proches, des coachs ou des pasteurs, nous sommes souvent mis en garde contre les dangers de trop parler. Ainsi, il n’est pas rare de n’apprendre le départ d’un ami à l’étranger qu’une fois parti ou un projet de mariage d’un proche seulement quelques jours avant – et parfois après l’événement. Que penser de ces secrets, en particulier dans le contexte de l’église locale ? Comment la sagesse biblique informe-t-elle notre communication dans le cadre de nos relations fraternelles ?
Mais voici la question qui dérange : et si nos secrets étaient en train de tuer nos églises de l’intérieur ?
Chaque fois que le sujet est abordé, on voit surgir une forme de résistance, et la discussion glisse souvent vers des notions voisines, comme la discrétion. Avant d’aller plus loin, prenons un moment pour clarifier quelques définitions.
Un secret est une information délibérément gardée cachée. Elle est souvent importante, sensible ou personnelle. Il y a une intention consciente de ne pas révéler l’information. Le secret a une connotation neutre. Il peut être bon de garder un secret comme il peut être mauvais de le faire.
La discrétion en revanche est une attitude, une qualité de caractère. Il s’agit de ne pas parler inutilement. La discrétion n’est pas forcément liée à un secret, mais elle protège les secrets et la vie privée. Dans la discrétion, il y a un aspect de protection de l’autre qui n’existe pas forcément dans la notion de secret.
Ces notions se recoupent, et il est essentiel d’en saisir les nuances, car l’enjeu est réel. Nos relations fraternelles reflètent l’amour que Dieu nous porte. C’est à travers elles qu’Il nous apprend à aimer et qu’Il nous communique Son amour. Le risque, sinon, serait de nous priver de cet amour tel qu’Il souhaite que nous le recevions. De plus, l’amour incarné dans nos relations les uns avec les autres constitue un témoignage puissant auprès de ceux qui ne connaissent pas encore Christ.
Nous sommes des enfants de lumière
Nos églises sont imparfaites, et comme nous avertissent les apôtres, il peut y avoir des loups dans la bergerie. Nous devons aussi reconnaître que nous ne sommes pas à la hauteur des attentes que le Seigneur place sur nous, ce qui rend la vie en communauté difficile et nous conduit à nous cacher de nos frères et sœurs. Nous parlerons de tout ceci dans un prochain article, mais il est important de noter que le Seigneur a conçu la communauté chrétienne pour qu’elle soit un lieu de transparence et de marche dans la lumière avec pour valeur la vérité. Ce n’est pas un luxe mais la condition de la communauté.
Dieu désire que nous vivions, dans nos relations fraternelles, la beauté de l’amour qui vient de Lui. Cependant, notre manière de gérer le secret peut parfois nous priver de cette expérience. Comme le présente Timothy Keller :
« Être aimé sans être connu est réconfortant, mais superficiel. Être connu sans être aimé est notre plus grande crainte. Mais être pleinement connu et véritablement aimé, c’est un peu comme être aimé par Dieu. C’est ce dont nous avons besoin plus que tout. Cela nous libère de toute prétention, nous rend humbles et nous fortifie face à toutes les difficultés que la vie peut nous réserver. »
Le secret n’a pas que des avantages. Il devient problématique quand il crée de l’opacité, nourrit la méfiance ou dissimule le péché.
Les pièges des secrets :
1. La solitude face à nos luttes personnelles et nos tentations
L’apôtre Jacques nous appelle à confesser nos péchés les uns aux autres et à prier les uns pour les autres. La confession présuppose la lumière, pas le secret. Pourtant, combien de personnes souffrent d’addictions cachées ou de difficultés relationnelles qu’elles n’osent pas partager ? Le groupe de prière ou de maison devrait être ce cadre fraternel où l’on apprend à vivre à la lumière de la vérité biblique, où la prière et le conseil peuvent apporter guérison. “Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. La prière fervente du juste a une grande efficacité.” Ja 5.16
Mais le secret ne sert pas seulement à cacher nos faiblesses ; Il est particulièrement utile pour protéger nos intérêts personnels, des fois à notre détriment. Ananias et Saphira ont trompé la communauté par un accord secret pour paraître meilleurs qu’ils n’étaient. Leur jugement sévère montre combien leur attitude menaçait la vérité et la confiance dans l’Église. C’est dans ces zones grises que le discernement est nécessaire. Ne pas parler de ses fiançailles, dissimuler un projet professionnel important est objectivement neutre. Mais ils peuvent ouvrir la porte au mensonge ou à la duplicité empêchant ainsi la communauté de jouer son rôle de conseil et de discernement.
Que ce soit par honte de nos péchés ou par désir de contrôler notre image, le secret peut nous isoler et priver la communauté de sa vocation d’amour et de vérité.
2. Les péchés graves sont protégés
Lorsqu’un péché grave demeure caché et non confessé, particulièrement dans des positions de leadership, la communauté en souffre profondément. Qu’il s’agisse d’un leader maintenu en fonction malgré une relation adultère, une relation malsaine à l’argent ou une soif de pouvoir non confrontée, le secret fait pourrir la communauté de l’intérieur et déforme progressivement l’image de ce que Dieu veut qu’elle soit. L’histoire d’Acan dans Josué 7 nous rappelle cette vérité inconfortable : Dieu n’habite pas au milieu de la souillure. Mais attention, Dieu ne recherche pas une communauté de personnes parfaites ou qui excellent dans l’art de faire semblant. Ce qu’il désire, c’est une communauté où le péché est combattu avec acharnement par une repentance sincère et authentique.
L’apôtre Paul le formule clairement aux Éphésiens : « Ne prenez point part aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt condamnez-les » (Éphésiens 5.11). Cette condamnation n’est pas secrète, elle est publique. Elle est souvent nécessaire non seulement pour permettre une vraie repentance, mais aussi pour enseigner à la communauté la gravité du péché et la beauté de la sainteté que Dieu attend de son peuple.
Être discret, oui ! mais pour les bonnes raisons

Le livre des Proverbes au chapitre 11 nous met en garde contre les dangers d’une langue sans retenue. La sagesse y souligne le pouvoir destructeur d’une parole mal placée, inspirée par l’orgueil ou la bêtise. Un accent particulier est mis sur les dirigeants et les futurs rois — premiers destinataires de ce livre — en raison des conséquences que leur imprudence peut avoir sur ceux dont ils ont la responsabilité.
« 12 Celui qui méprise son prochain est dépourvu de sens, Mais l’homme qui a de l’intelligence se tait.13 Celui qui répand la calomnie dévoile les secrets, Mais celui qui a l’esprit fidèle les garde.14 Quand la prudence fait défaut, le peuple tombe ; Et le salut est dans le grand nombre des conseillers. »
Il y a plusieurs bonnes raisons de garder des secrets ou de faire preuve de discrétion.
- Lorsque nous faisons le bien, Jésus nous recommande d’agir avec discrétion afin que Dieu seul en reçoive la gloire et que nos motivations ne soient pas altérées par la recherche de reconnaissance.
- Afin de protéger ou restaurer quelqu’un, la prudence peut aussi s’imposer. L’apôtre Paul parle de l’amour qui « couvre » et d’un esprit de douceur, suggérant une approche qui protège la dignité plutôt qu’elle n’expose publiquement.
- Dans l’exercice d’une responsabilité, la Bible appelle également à la retenue (Proverbes 10.19) et au discernement, afin de savoir quand parler et quand se taire.
Rappelons-nous d’Adam et Eve qui étaient nus et n’en avaient point honte. Nous sommes tous d’une façon ou d’une autre marqués par le péché qui obscurcit notre vision et brouille notre jugement. C’est en nous découvrant les uns aux autres, dans les sujets anodins comme dans les sujets plus profonds que nous pouvons expérimenter la guérison et les conseils nécessaires à notre croissance à la ressemblance de Dieu.
La question n’est donc pas : « Faut-il du secret ou pas ? » Mais plutôt : « Qu’est-ce que mon secret sert ? » La peur ou l’amour ? Le contrôle ou la vérité ? Le péché ou la guérison ? Nos idoles ou la souveraineté de Christ ?
Laissons le projet de Dieu façonner nos rapports dans ces domaines, et que notre discrétion soit motivée par l’amour et non par la peur.
Cependant, cela nous est probablement déjà tous arrivé de cacher des informations personnelles pour nous “protéger”,ou d’avoir été blessé par l’indiscrétion d’une personne qui nous a mis dans une situation inconfortable. Dans le prochain article nous tâcherons d’identifier les expériences et contextes qui peuvent nous pousser à la dissimulation, afin de mieux nous en libérer et de marcher dans la joie des fils de Dieu.
