Est-ce au croyant qu’incombe la charge de la preuve ? On entend souvent, dans les débats entre croyants et athées, que la charge de la preuve revient à celui qui affirme, et donc en l’occurrence que c’est au croyant de prouver l’existence de Dieu. En procédant ainsi, l’athée est libéré de la charge de défendre sa position, du moins en première instance, et peut simplement se contenter de réfuter les arguments qui lui seront avancés. Cette idée selon laquelle c’est au croyant de prouver sa position va de pair avec ce qu’on appelle la présomption d’athéisme, un concept mobilisé notamment par Antony Flew et qui veut que l’athéisme soit la position par défaut dans le débat sur l’existence de Dieu. Que peut-on penser de ces idées ?
Transcription
Est-ce aux croyants qu’incombe la charge de la preuve?
On entend souvent dans les débats entre croyants et athées que la charge de la preuve revient à celui qui affirme, et donc en l’occurrence que c’est aux croyants de prouver l’existence de Dieu.
En procédant ainsi, l’Athée est libéré de la charge de défendre sa position, du moins en première instance, et peut simplement se contenter de réfuter les arguments qui lui seront avancés. Cette idée selon laquelle c’est aux croyants de prouver sa position va de pair avec ce qu’on appelle la présomption d’athéisme, un concept mobilisé notamment par Anthony Flou et qui veut que l’athéisme soit la position par défaut dans le débat sur l’existence de Dieu.
Que peut-on penser de ces idées ?
Certains des éléments que nous pourrions avancer pour répondre à cette question ont déjà été présentés dans une précédente émission intitulée « Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve », faut-il prouver tout ce qu’on croit ?
Aussi, nous ne les reprendrons pas ici, mais nous nous concentrerons davantage sur la réflexion développée par Robin Lepoidevin dans son introduction à l’agnosticisme. Lepoidevin explique que la thèse de la présomption d’athéisme ne peut se justifier que si l’athéisme vérifie un principe général établissant ce qu’est une position par défaut. Il liste ensuite quatre compréhensions possibles de ce que peut être une position par défaut, puis explique chaque fois en quoi l’athéisme n’y répond pas. Première possibilité, une position peut être dite par défaut si dans un débat elle obtient l’agrément des deux parties.
Dans ce sens, une position par défaut serait par exemple l’existence de l’univers physique. que ni l’athée ni le croyant ne remettraient en question. Dans ce sens, non seulement le croyant va au-delà de ce que reconnaît l’athée en affirmant l’existence de Dieu, Mais l’athée va également au-delà de ce que reconnaît le croyant, en niant l’existence de Dieu.
Le philosophe Stephen Evans rappelle à juste titre que le croyant n’ajoute pas une entité supplémentaire, Dieu, à la vision du monde qu’il a en commun avec l’athée. Auquel cas l’athéisme pourrait effectivement être considéré position par défaut. Mais plutôt que le croyant et l’athée n’adoptent pas la même vision du monde. Il ne s’agit pas vraiment pour le croyant de croire en l’existence d’un être de plus que l’athée. mais plutôt d’adopter une toute autre vision des choses.
La position athée n’est donc pas un point de départ commun aux deux parties et ne peut donc en ce sens constituer la position par défaut.
Deuxième possibilité, la position par défaut est toujours la position qui nie quelque chose, jamais celle qui affirme. Ainsi, L’athéisme serait la position par défaut parce qu’elle nie l’existence de Dieu, tandis que le croyant l’affirme et doit donc le défendre. Le poids de vin répond que ce serait un principe dangereux à mettre en œuvre dans le quotidien. En effet, Les sceptiques nous apprennent qu’il est rationnellement possible de mettre en question absolument tout ce que nous prenons pour acquis, comme le fait que nous ayons un corps par exemple, ou que ce que nous voyons correspond bien à ce qui se trouve devant nos yeux.
Considérer que la position par défaut est celle qui n’affirme pas mais nie, reviendrait donc à donner raison par défaut aux sceptiques et donc à considérer jusqu’à preuve du contraire que ce que nous voyons ne correspond pas à ce qui se trouve devant nos yeux par exemple. Le prix est trop lourd à payer et l’athéisme ne peut donc être considéré comme la position par défaut à cet égard non plus.
Troisième possibilité La position par défaut est la position majoritaire. Ce que croit la majorité doit donc être la position par défaut pour tous. Toutefois, l’athéisme n’est majoritaire que dans certains contextes. Par conséquent, la présomption d’athéisme ne vaudrait pas partout ni tout le temps. ce qui laisse ouvert la possibilité de la présomption de théisme en certains autres contextes. En outre, cette idée, souligne Le Poitvin, aboutit à une certaine inertie intellectuelle puisqu’elle invite à ne pas remettre en question la position majoritaire. L’athéisme ne peut donc pas non plus être ainsi considéré position par défaut.
Quatrième possibilité, la position par défaut est la position la plus probable. Ainsi c’est la position la moins probable qu’il conviendrait de justifier. Il faudrait alors considérer que le théisme soit moins probable que l’athéisme pour justifier que l’athéisme soit la position par défaut. A cela, Lepoidevin rappelle que plus une thèse est spécifique, plus la probabilité a priori qu’elle soit vraie diminue. Ainsi, la probabilité a priori de la thèse théiste, par exemple, dépendra de ce qui est entendu sous le terme théiste. Ce n’est pas la même chose de défendre l’existence d’un être suprême à l’origine de toute chose, et de défendre par exemple l’existence du Dieu qui s’est révélé dans la Bible, incarné en Jésus-Christ, etc. La deuxième acception du théisme s’avère a priori moins probable car plus spécifique. Or, il en va de même pour l’athéisme. Sa probabilité a priori dépendra de la précision de ce qui est nié par l’athée. De plus, Cette idée de probabilité a priori, dans le cas d’une question comme celle de l’existence de Dieu, s’avère pour le moins très subjective. Ainsi, là encore, il ne convient pas de considérer que l’athéisme doit être la position par défaut. En conclusion, pour reprendre ce que nous disions dans notre émission sur la charge de la preuve, il convient à chacun d’avancer les raisons pour lesquelles il croit ou ne croit pas ce qu’il croit ou ne croit pas.
C’était Kurious, j’espère que cette émission vous a plu. N’hésitez pas à partager, à liker, à commenter et on se retrouve dans deux semaines pour une prochaine émission.
Nathanaël Delforge est passionné de théologie et de philosophie, il est également le créateur et l’animateur de Kurious, une chaîne YouTube d’apologétique chrétienne. Professeur de mathématiques dans le secondaire, il poursuit des études de théologie en parallèle. Il est marié et père d’une petite fille.




