La Bible est-elle un mythe ? Beaucoup en effet parlent de mythologie chrétienne comme on pourrait parler de mythologie grecque ou égyptienne. Mais peut-on réellement classer ces récits dans la même catégorie que la Bible ?
Transcription
La Bible est-elle un mythe ? Beaucoup en effet parlent de mythologie chrétienne comme on pourrait parler de mythologie grecque ou égyptienne. Mais peut-on réellement classer ces récits dans la même catégorie que la Bible ?
Pour répondre à cette question, il convient d’avoir une idée claire de ce qu’est un mythe. Malheureusement, il est plus difficile qu’il n’y paraît de proposer une définition qui fasse consensus, notamment parmi les spécialistes, du mythe. Très simplement, le mythe est régulièrement présenté comme un récit fabuleux, propre à un espace socio-culturel donné, et visant à expliquer l’origine des choses en faisant intervenir des personnages fantastiques. On peut également identifier quelques caractéristiques communes aux différents mythes : ils sont à l’origine transmis oralement, sont généralement anonymes, mais surtout, ils se déroulent hors du temps, de l’histoire. Comme le dit l’anthropologue Claude Lévi-Strauss : « Un mythe se rapporte toujours à des événements passés avant la création du monde […] ou […] pendant les premiers âges […] en tout cas […] il y a longtemps […]. » Le mythe, enfin, en ce qu’il s’adresse à l’imagination, s’oppose à la rationalité et ne s’offre pas à sa critique ; le mythe n’est pas vérifiable mais vraisemblable.
A la lumière de ces éléments, nous pouvons, il est vrai, dresser quelques parallèles avec le récit biblique. Pour la Bible comme pour le mythe, la transmission de certains textes s’est probablement d’abord faite oralement ; pour la Bible comme pour le mythe, il s’agit notamment d’expliquer l’origine des choses ; la Bible comme le mythe font intervenir des personnages fantastiques, ou du moins extraordinaires tels que des anges et démons par exemple.
Mais il convient tout de suite de nuancer ces parallèles : un grand nombre des textes de la Bible ne sont pas passés par une étape de transmission orale, mais ont été immédiatement mis par écrit ; c’est le cas notamment des épîtres du Nouveau Testament ou encore des livres historiques de l’Ancien Testament. Les textes bibliques qui ont pour fonction d’expliquer l’origine des choses sont très peu nombreux, et leur visée première n’est jamais cette explication ; le texte de Genèse 1 par exemple n’explique pas tant le comment de l’origine du monde qu’il n’affirme l’existence d’un seul et unique Dieu à l’origine de toutes choses, comme nous l’expliquions dans notre émission « Dieu a-t-il créé l’univers en 6 jours ? ». La Bible fait certes intervenir des personnages extraordinaires, mais elle se montre particulièrement sobre sur leur description. De plus, si la Bible relate des miracles, on est loin du côté « magie » qui abonde dans les mythologies ; le récit biblique se montre là encore d’une sobriété bien plus vraisemblable.
Ainsi, les parallèles possibles entre Bible et mythologie s’avèrent finalement très ténus. Mais, et c’est là où la différence se fait indubitable, alors que le mythe se vit hors du temps, et se dérobe à l’analyse rationnelle, la Bible elle s’ancre profondément dans l’histoire, et de ce fait, s’ouvre et s’offre à l’analyse et la critique rationnelle. Jésus-Christ n’est pas simplement Dieu fait homme, mais Dieu fait homme à Bethléem, du temps d’Hérode, crucifié sous Ponce Pilate. Toujours, les récits sont situés dans le temps et l’espace, et dès l’Ancien Testament déjà. C’est bien pour cela que la Bible peut être étudiée sous l’angle de l’archéologie, et recevoir un certain nombre de confirmations archéologiques, comme nous l’avons vu dans de précédentes émissions. La crucifixion et la résurrection de Jésus, points centraux de la révélation biblique, se font elles-mêmes faits historiques. La Bible prend donc le risque de l’histoire en s’y établissant, au risque de s’en trouver contredite.
Ainsi, il paraît déraisonnable, injuste et mal informé de classer la Bible parmi les récits mythiques. Les parallèles sont trop ténus, et les différences sont trop nombreuses, trop importantes et substantielles. Reste finalement l’argument de l’extraordinaire. La Bible serait un mythe parce qu’elle ferait intervenir Dieu, des anges ou des démons, et rapporterait des miracles. Mais considérer que ces éléments font de la Bible un mythe, c’est finalement rejeter d’emblée, a priori, la possibilité du surnaturel. Ce qui n’est pas sans poser problème, comme nous avons déjà eu l’occasion de l’expliquer.
Nathanaël Delforge est passionné de théologie et de philosophie, il est également le créateur et l’animateur de Kurious, une chaîne YouTube d’apologétique chrétienne. Professeur de mathématiques dans le secondaire, il poursuit des études de théologie en parallèle. Il est marié et père d’une petite fille.




