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Note de l'éditeur : 

Cet article est une traduction de 10 theology books that changed my life, initialement publiée sur wyattgraham.com.

1. Irénée de Lyon: Contre les hérésies

Le livre qui a sans doute eu le plus d’influence sur ma vie est Contre les hérésies d’Irénée de Lyon. Je ne l’ai pas lu seul, mais en parallèle avec plusieurs des Pères apostoliques qui l’ont précédé. Plus tard, j’ai également établi des liens entre sa pensée et celle d’autres apologistes, comme Justin Martyr.

La raison principale pour laquelle Irénée a été si important pour moi, c’est qu’il a ouvert mon intelligence et mon cœur à un univers fascinant de réflexion théologique. Il ne se limitait pas à lire les passages bibliques dans leur contexte; il montrait comment Christ touche l’ensemble de la création. Son œuvre offre une approche profondément historique, apostolique et théologiquement riche pour comprendre l’Évangile et la règle de la foi, formulés non seulement contre les faux enseignements, mais aussi contre toute forme de ce qu’on appelle faussement la «connaissance».

 

2. Athanase d’Alexandrie: Sur l’incarnation du Verbe

Le deuxième livre qui a exercé une influence immense sur ma vie est Sur l’incarnation du Verbe d’Athanase. Je ne dirais pas que cette œuvre seule m’a marqué, puisque plusieurs de ses autres écrits m’ont également influencé. Toutefois, ce livre ainsi que son œuvre précédente, Contre les païens, ont été particulièrement importants pour trois raisons.

Premièrement, ils sont relativement faciles à comprendre. Deuxièmement, ils invitent à une réflexion approfondie sur le sens du texte. Troisièmement, les catégories qu’Athanase emploie pour parler du salut et de l’incarnation sont tellement différentes de celles que l’on m’avait enseignées qu’elles m’ont poussé à comprendre réellement les jugements théologiques qu’il formulait, plutôt que de m’arrêter aux concepts.

Je crois que cela constitue un véritable défi pour les protestants. Nous croyons à des doctrines comme la justification par la foi, mais lorsque nous lisons les auteurs de l’Église primitive qui parlent de justification et d’œuvres, nous avons souvent du mal à les saisir correctement. Nous sommes trop mêlés à nos définitions contemporaines des concepts et pas assez attentifs à la manière dont ces auteurs affirment les vérités par les Écritures.

 

3. Origène d’Alexandrie: «notre pierre d’aiguisage»

La troisième auteur qui a profondément marqué ma pensée est Origène d’Alexandrie. Je ne peux pas identifier un seul de ses livres comme ayant été déterminant, mais plutôt l’ensemble de son œuvre: ses commentaires bibliques, ses écrits théologiques, ses dialogues, son apologétique contre Celse et même son Traité des principes.

Origène est «notre pierre d’aiguisage», comme l’affirme Grégoire de Nazianze. Cette image demeure toujours juste aujourd’hui. Son désir de connaître les Écritures était si grand qu’il rassembla les différentes versions du texte biblique alors disponibles et les disposa en colonnes grecques et hébraïques, un exemple frappant de sa consécration à comprendre les Écritures. Vivant parmi des communautés juives à Césarée, il semble même avoir appris l’hébreu auprès d’elles. Bien qu’il ait parfois exprimé certaines idées de manière imparfaite — ou du moins d’une façon que la théologie rejettera par la suite — sa lecture demeure extrêmement enrichissante. Son interprétation allégorique est beaucoup plus réfléchie et rigoureuse que ne le laisse croire la caricature souvent véhiculée à son sujet.

 

4. Augustin: Confessions

Le quatrième livre est Confessions d’Augustin. Je l’ai lu à plusieurs reprises et l’ai enseigné pendant des années. C’est une œuvre d’une profondeur spirituelle remarquable qui montre non seulement la descente d’Augustin dans le péché et son retour vers Dieu tout au long de sa vie, mais aussi comment l’ensemble de la création est en marche vers son Créateur. L’œuvre se conclut par une réflexion profonde sur la mémoire, le temps et la création. Ce qui est particulièrement fascinant, c’est que le livre au complet est une prière adressée à Dieu: une confession au sens où Augustin y confesse à la fois sa louange et son péché.

 

5. Augustin: De la Trinité

Le cinquième livre est également d’Augustin: De la Trinité. Aucune autre œuvre ne m’a davantage fait prendre conscience de l’étendue de mon ignorance concernant la Trinité, particulièrement par son attention minutieuse aux détails du texte biblique. Augustin maîtrise admirablement le sens littéral des Écritures, c’est-à-dire le sens qui découle du texte lui-même, considéré dans sa progression et son intention.

 

6. Grégoire de Nysse: La vie de Moïse

Le sixième livre est La vie de Moïse de Grégoire de Nysse. Bien que ses écrits contre Eunome aient probablement eu une influence encore plus grande sur moi, ils sont pratiquement introuvables pour le lecteur moyen. La vie de Moïse est beaucoup plus accessible et offre un excellent aperçu de sa pensée. À travers le récit de Moïse, Grégoire montre que plus que Moïse s’approche de Dieu, plus il entre dans l’inconnu et prend conscience de son ignorance, soulignant ainsi le caractère infini et incompréhensible de Dieu. Grégoire met en lumière une vérité essentielle : notre mode de connaissance fondamental est l’émerveillement. Seul l’émerveillement nous permet d’avancer dans la connaissance de Dieu.

 

7. Thomas d’Aquin: Somme théologique (disponible en français)

La septième œuvre est la Somme théologique de Thomas d’Aquin. Comme l’a dit Peter Kreeft, Thomas d’Aquin est le maître du bon sens. Chaque fois que je le lis et médite sur ses écrits, j’ai l’impression qu’il exprime toujours la chose la plus raisonnable et la plus logique qu’il soit possible de dire. Lorsque je me pose une question, il formule les objections mieux que je ne pourrais le faire moi-même. Il est un penseur d’une clarté remarquable. Si je continue malgré tout à privilégier Augustin par rapport à Thomas, c’est simplement en raison de la présentation de sa pensée. La méthode scolastique de Thomas, bien que très claire, demeure moins accessible que le style personnel et narratif des Confessions.

 

8. Grégoire de Nysse: L’âme et la résurrection 

Le huitième livre est L’âme et la résurrection de Grégoire de Nysse, une sorte de version chrétienne du livre Phèdre de Platon, dans laquelle il défend l’immortalité de l’âme. Cette œuvre m’a aidé à comprendre que la foi et la philosophie ne sont pas des ennemies, mais des alliées. Les vérités de la foi, comme la doctrine de la Trinité, proviennent de la révélation divine. Toutefois, la réflexion philosophique qui suit cette révélation n’est pas une mauvaise suite. Il existe un ordre dans la connaissance: nous recevons d’abord des vérités qui dépassent notre compréhension naturelle, puis nous utilisons la raison pour en explorer les liens.

 

9. Jean Calvin: Institution de la religion chrétienne (disponible en français)

Le neuvième livre est L’Institution de la religion chrétienne de Jean Calvin. Je lis cette œuvre depuis près de vingt ans, j’en ai enseigné chaque chapitre et j’y reviens constamment avec profit. Sa faiblesse, qui est peut-être aussi une force, est que Calvin n’a pas reçu une formation théologique comparable à celle de plusieurs théologiens médiévaux. Par conséquent, il ne mesure pas toujours avec précision les différences entre sa pensée et d’autres positions théologiques. Cependant, cette absence de jargon technique lui permet de s’exprimer avec une grande liberté et une remarquable clarté. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles son œuvre demeure aussi pertinente aujourd’hui.

 

10. Épictète: Les entretiens d’Epictète

Le dixième livre est Les entretiens d’Epictète. Ce philosophe stoïcien du premier siècle m’a appris que je dois rechercher la sagesse partout où elle se trouve. Ses conseils pratiques m’ont ouvert les yeux sur une vérité simple : il est sage d’écouter ceux qui possèdent du vécu et des expériences. Certains chrétiens pensent qu’ils ne peuvent apprendre aucun principe de sagesse en dehors de la révélation divine. Pourtant, une telle attitude rend la vie presque impossible à vivre. De la même manière que les enfants apprennent de leurs parents, nous devons demeurer ouverts à la sagesse provenant de diverses sources.

Ainsi, même si ce livre n’est pas une œuvre de théologie, il m’a aidé à réfléchir à la manière dont la sagesse et la théologie peuvent travailler ensemble.

Ces dix livres ont profondément façonné ma pensée, bien qu’il y en ait beaucoup d’autres que j’aurais pu inclure. Plus récemment, j’ai également été marqué par l’Odyssée d’Homère, même si je n’ai pas encore eu suffisamment de recul pour mesurer pleinement son influence. En guise de mention spéciale, j’ajouterais que les œuvres de Byung-Chul Han m’ont toujours été précieuses et ont exercé sur moi une influence profonde, même s’il m’est difficile d’expliquer exactement pourquoi.

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