Cette série d’article sur la « théologie publique » met, pour le moment, beaucoup l’accent sur la notion de « bien commun », peut-être trop. La priorité de toutes les priorités ne devrait-elle pas toujours être d’appeler au salut tous nos contemporains ? Comment les chrétiens pourraient-ils unir cet appel au bien commun et la vocation missionnaire ?
Le bien commun comme expression que nous sommes disciples
Une première raison explique que ces deux vocations (en simplifiant : bien commun et évangélisation) est que chercher le bien des autres est une expression que nous sommes les disciples de Christ. L’apôtre Paul écrit : « Ainsi donc, pendant que nous en avons l’occasion, pratiquons le bien envers tous, et surtout envers les frères en la foi. » (Gal 6.10) La recherche du bien n’est pas égalitaire – il y a une priorité accordée aux frères et sœurs dans la foi – mais elle doit être universelle. Rechercher le bien de tous fait aussi partie de notre appel. Nous devons certaines choses à nos frères et sœurs dans la foi, nous devons certains choses à tous, nous devons le bien à tous.
La foi chrétienne est appelée à être une bénédiction
Rappelons que la foi chrétienne est appelée à être une bénédiction. Dieu appelle ainsi Abraham à être une bénédiction pour les nations. Il appelle Israël à être une bénédiction… et il nous appelle aussi à être une bénédiction pour les autres. Être humain, c’est être une bénédiction pour les autres, c’est désirer le bien des autres, c’est œuvrer pour le « bien commun ». Si nous avons entendu les paroles de repentance et de grâce, si nous avons rencontré le Christ ressuscité révélé dans la Bible, alors nous sommes ses disciples… appelés à « pratiquer le bien envers tous ». Il n’y a pas ici d’opposition entre la vocation missionnaire (faire des disciples et enseigner les disciples) et la vocation au bien commun car la deuxième est incluse dans la première.
Le bien commun comme contexte de la proclamation de l’Évangile
Un autre facteur explique pourquoi participer au bien de la société n’est pas un remplacement pour la vocation missionnaire mais s’unit à elle pour l’encourager. Chercher le bien de notre société, c’est contribuer à sa paix et à sa stabilité, ce qui est favorable à notre foi. Paul écrit ceci à Timothée : « J’exhorte donc, en tout premier lieu, à faire des requêtes, prières, intercessions, actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui occupent une position supérieure, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et dignité. » (1 Timothée 1.1-2)
Prier est la première chose que nous pouvons faire. Refléter notre prière dans nos actions est la deuxième.
Paul rappelle bien sûr à Timothée de prier pour tous les Hommes et les responsables politiques. C’est vrai qu’il ne parle pas ici du bien commun. Cependant, je crois qu’il est possible de faire ce pas de plus. Si nous devons prier afin que nous vivions en paix et que, vivant en paix, nous puissions vivre pleinement notre foi, alors agir pour cela me semble légitime. Je pense même que c’est à encourager. Prier est la première chose que nous pouvons faire. Refléter notre prière dans nos actions est la deuxième.
Rappelons-nous que vivre pleinement notre foi, vivre « en toute piété et dignité » inclut tout ce qu’est la foi, en premier lieu, « Allez, faites de toutes les nations des disciples… baptisez… enseignez… » (Actes 28.19-20) La paix sociale n’est pas une condition nécessaire à la croissance de l’Église, le christianisme chinois en est un exemple. Mais il faut reconnaître qu’il est plus facile – que c’est une bénédiction – de pouvoir témoigner, enseigner dans des instituts de théologie, participer à des associations chrétiennes d’aide sociale, si nous ne sommes pas inquiétés en raison de notre foi. Rendons grâce à Dieu pour cela ! Œuvrer pour le bien commun n’est donc pas en tension avec la proclamation de l’Évangile : elle lui tend la main.
Vivre dans l’attente du Royaume
La recherche du bien commun est aussi unie à la vocation missionnaire pour une raison plus fondamentale. Elles sont toutes les deux dirigées vers le retour de Christ et la plénitude du Royaume. Ces dernières années, le monde évangélique a mis beaucoup l’accent sur le « service de la cité » encourageant les chrétiens à se mettre au service de leur ville. Cet accent, bien légitime, doit cependant être intimement lié à la conviction qu’un jour, la recherche du bien commun disparaîtra dans l’irruption d’un monde dans lequel il n’y aura plus « ni deuil, ni cri, ni douleur » (Ap 21.4). Le bien commun sera sanctifié et prendra les couleurs du Royaume.
C’est d’ailleurs la même chose pour la bonté (ou grâce) commune de Dieu. L’action de la bonté commune de Dieu est limitée dans le temps, et elle a une finalité qui est elle aussi le royaume de Dieu dont Christ est le roi. La bonté commune est en effet tournée vers la plénitude du Royaume, encore à venir, mais qui un jour adviendra vraiment. Notre Seigneur reviendra et, avec la manifestation entière de sa gloire, son Royaume éternel sera révélé. Un jour il n’y aura plus de bonté commune de Dieu car sa bonté s’exercera entièrement de la même manière dans une création renouvelée, transformée et glorifiée.
Œuvrons pour le bien commun, tout en sachant que son horizon n’est pas la simple continuation de la société humaine telle qu’elle est. L’objectif est la transformation radicale de cette société en une création qui glorifiera le Dieu créateur, rédempteur et consolateur.
