Faire entendre une parole chrétienne dans le domaine public – dans ces lieux d’échange d’opinions ou de débats éthiques et sociaux – est une vocation que nous avons reçu de Christ, qui est le Seigneur de toute notre vie. C’est une manière de témoigner et de vivre notre foi. Cette réflexion est parfois frappée d’un label un peu nouveau dans le monde français, celui de « théologie publique ». Je propose ici de définir brièvement ce que cette expression signifie.
Théologie publique et éthique
Tout d’abord, nous pourrions comprendre cette expression comme synonyme de « participer aux débats de société ». Mais si la théologie publique c’est uniquement cela, alors est-ce autre chose que l’éthique chrétienne ? L’éthique, c’est discerner la manière de prendre les décisions les plus sages, appropriées, et justes, étant données les situations complexes auxquelles nous sommes confrontés. L’éthique chrétienne, c’est savoir vivre pour le Seigneur quelles que soient les situations, mêmes les plus difficiles. La théologie publique, ce serait simplement manifester notre éthique chrétienne dans les débats sociaux actuels.
Bien sûr, faire entendre une parole chrétienne dans les débats éthiques, sociaux et culturels, fait partie de ce qu’est la théologie publique. Mais ce n’est pas tout. Nous pourrions « dire » l’éthique chrétienne sur tous les sujets actuels sans avoir encore réellement construit une théologie publique qui aide les chrétiens à vivre dans la société. En plus, nous risquerions de tomber dans le piège du débat éternel. Peut-être est-ce un risque distinctement français : se perdre dans des discussions passionnantes, mais éternelles !
Faire entendre une parole chrétienne dans le domaine public est une vocation que nous avons reçu de Christ, qui est le Seigneur de toute notre vie.
Théologie publique et théologie politique
Nous pourrions penser que la théologie publique c’est un peu de la théologie politique. Alors attention, pas dans le sens de « faire de la politique » ! En tous cas, pas seulement dans ce sens. Pensons au sens original de polis (qui nous a donné « politique ») qui est « la cité ». La théologie politique ce serait alors une réflexion sur la vie dans la cité. Il y a bien une similarité entre théologie politique et théologie publique. Cependant, la première a tendance à se focaliser sur une réflexion à propos des structures de la société. La théologie publique s’intéressera en particulier aux structures gouvernementales, financières et aussi éducatives.
La théologie publique, c’est penser de manière plus large que la seule théologie politique. Ce n’est pas exclure les domaines que sont le gouvernement, l’économie ou l’éducation, bien au contraire ! La théologie publique ne se limite pas seulement à ces domaines. Nous devons nous intéresser aux lois et conditions de travail aussi bien qu’au planning urbain ; aux lois sur l’immigration aussi bien qu’à la diversité des vocations professionnelles. C’est à travers tous ces engagements « publics » que nous pouvons démontrer la pertinence globale de notre foi.
De plus, la théologie publique ne s’intéresse pas qu’aux seules institutions. Notre vie quotidienne ne dépend pas seulement d’une institution telle que le gouvernement français. Il s’agit aussi de nous intéresser aux relations sociales qu’entretiennent nos contemporains, ainsi qu’à la manière dont de nombreux lieux ou associations nourrissent notre vie quotidienne. Il s’agit de réfléchir de manière créative afin que notre quotidien lui-même devienne un témoignage de la grâce. Aller chercher son pain tous les matins peut être une « théologie publique » : une théologie quotidienne de la reconnaissance.
