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Laissez-moi commencer par un cliché : nous vivons dans un monde post-chrétien. Bien sûr, on pourrait discuter ! Notre société est-elle « post » chrétienne ? On pourrait se demander si elle l’a jamais été. Est-elle « anti » chrétienne dans le sens où elle s’opposerait explicitement à la foi ? On pourrait là se demander si le fait qu’elle véhicule des valeurs contraires à l’Évangile signifie forcément qu’elle s’oppose activement à la foi. Faut-il alors dire que la société est « non » chrétienne ? On se contenterait de dire qu’elle ne l’est pas … sans plus.

Le choix des mots est important parce qu’il va influencer la manière dont nous vivrons et témoignerons de notre foi. Les mots veulent dire quelque chose : une société « anti » ou « non » chrétienne ne demandera pas le même type d’attitude, de témoignage, ou d’apologétique. Si les termes sont aussi importants, devons-nous absolument choisir lequel utiliser ?

Une image de notre société

Nous pourrions penser que oui. Après tout, si « post-chrétien » n’est pas synonyme de « non-chrétien », alors le choix est nécessaire. Nous devrions essayer de discerner ce qu’est notre société afin de savoir comment témoigner de l’Évangile du royaume. Pourquoi alors dire que choisir l’une des expressions n’est pas nécessaire ? Parce que notre société… correspond aux trois expressions. Elle est post, anti et non chrétienne tout à la fois.

Notre société est bien « post » chrétienne. Elle a évolué à partir d’un monde qui, au minimum, valorisait certaines valeurs, ou vertus, chrétiennes. Peut-être que ce monde n’était pas une société de disciples, mais certaines attitudes (la générosité, l’hospitalité), bénéfiques pour le reste de la société, étaient encouragées. Certains comportements (la convoitise, l’adultère), néfastes quant à eux, étaient condamnés. Enfin, le climat social et culturel pouvait être plus favorable à une diffusion de la foi chrétienne. Notre société est une sécularisation de ce monde-là. Certaines choses ont changé, d’autres non. Certaines attitudes sont toujours encouragées (l’entraide), d’autres (la fidélité) ne le sont plus. Certaines valeurs sont toujours vues de manière positive, d’autres non.

Notre société n’est pas que cela. Elle est en même temps « non » chrétienne et « anti » chrétienne, car aucune société n’est uniforme. Le monde dans lequel nous vivons est traversé de courants divers et d’attitudes très différentes par rapport à la foi. La société est parfois anti-chrétienne, promouvant des attitudes, des valeurs et des convictions volontairement et consciemment opposées à l’Évangile. Nous devrons alors déployer une attitude apologétique engagée, tentant de démontrer que les visions anti bibliques du monde détruisent non seulement notre foi, mais aussi l’humanité elle-même. Nous pourrons montrer que notre attitude n’est pas simplement motivée par une défense religieuse (par amour de Dieu), mais aussi par une défense anthropologique (par amour de notre prochain).

La société est parfois simplement non-chrétienne. Certaines valeurs contraires à l’Évangile seront promues sans qu’elles soient motivées par une opposition franche. Cela ne demande alors pas forcément une attitude apologétique militante de notre part. Dans ces cas, nous devrons avoir un témoignage ferme mais bienveillant, cherchant les points communs par lesquels nous pouvons montrer que notre foi est le seul vrai accomplissement des besoins réels (et pas seulement ressentis) de l’être humain. Il sera nécessaire de discerner les occasions de co-belligérance, éthiques par exemple, qui pourront être autant d’opportunités de présenter et défendre notre foi.

Vivre sa foi

La société dans laquelle nous vivons prend donc plusieurs formes que nous devons apprendre à discerner. Cette diversité pose de manière encore plus pressante la question suivante : comment vivre sa foi dans une telle société ? La question semblera cruciale aujourd’hui, peut-être plus encore qu’avant. Les valeurs promues par notre culture et les choix éthiques défendus par les autorités civiles peuvent nous donner l’impression d’une société de plus en plus opposée à l’Évangile. C’est peut-être le cas.

Nous devons réfléchir plus encore à la place et au rôle public des chrétiens que nous sommes. Dans la sphère publique, quelle expression de notre foi ? Dans le contexte français, et donc laïque, comment témoigner de la foi ?[1] Dans les lieux publics, notre parole est libre, mais nous devons exercer une certaine sagesse et prudence dans la manière dont nous dirons notre foi.

Nous pouvons, devons, vivre notre foi à chaque instant, dans n’importe quel domaine d’activité.

Notre allégeance à Christ ne demande pas qu’une expression verbale. Nous pouvons, devons, vivre notre foi à chaque instant, dans n’importe quel domaine d’activité. La question est de savoir comment ! C’est l’objectif des articles de cette série que de parler ensemble de la manière dont, dans la France laïque du 21e siècle, nous pourrons vivre en tant que témoins de Christ !

Vivre dans l’espérance

Notre engagement dans la société nous donne aussi des occasions de manifester notre espérance. Car, en fin de compte, le témoignage de notre foi est celui de l’espérance qui est en nous, comme le rappelle Pierre : « Soyez toujours prêts à vous défendre contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous : mais (faites-le) avec douceur et crainte, en ayant une bonne conscience, afin que là même où l’on vous calomnie, ceux qui diffament votre bonne conduite en Christ soient confondus. » (1 Pierre 3.15-16) Dans la sphère publique, au sein des professions qui sont les nôtres, soyons toujours prêts à être témoins de cette merveilleuse espérance.

Vivre notre foi dans une société post, anti et non chrétienne, c’est chercher tous les moyens de faire rayonner notre espérance.

Vivre notre foi dans une société post, anti et non chrétienne, c’est chercher tous les moyens de faire rayonner notre espérance. Celle-ci est ainsi résumée par Pierre dans sa deuxième lettre : « Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera. C’est pourquoi, bien-aimés, dans cette attente, efforcez-vous d’être trouvés par lui sans tache et sans défaut dans la paix. » ( 2 Pierre 3.13-14) Nous attendons un royaume nouveau, et son Roi de gloire et de grâce. Cette espérance est une occasion apologétique : nous espérons un monde qui est la plénitude de ce pour quoi l’être humain a été créé. L’espérance du royaume est une exhortation à tous les hommes de venir à Christ !


1. Les petits ouvrages du CNEF « Libre de le dire » sont particulièrement utiles pour nous aider à comprendre les limites possibles à l'expression de notre foi. Il suffit pour le moment de noter que ces limites sont peu nombreuses, mais lorsqu'elles existent, elles sont accompagnées d'un cadre légal strict.
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