La bonté commune de Dieu est à l’œuvre dans le monde et tous en bénéficient. Cette action divine garantit que tous les Hommes peuvent participer à la vie sociale, économique, etc. Nous pouvons dire que tous les êtres humains, quelles que soient leurs origines ethniques, quelles que soient leurs religions et cultures, peuvent participer à la vie commune pour le bien commun. Cela peut sembler trop évident pour avoir besoin de l’écrire, mais dans un âge de polarisation et d’extrêmes, c’est un rappel nécessaire. Il reste à savoir ce qu’est ce « bien commun ».
Le bien pour tous
Rechercher le « bien commun » n’est pas unique aux chrétiens. Rechercher le bien est quelque chose que Dieu attend de tout être humain. Tous ceux qui sont porteurs de l’image de Dieu sont appelés à chercher le bien des autres. Quand Dieu appelle l’humanité à se multiplier afin de couvrir la terre de ceux qui portent son image, le texte de la Genèse dit que Dieu a béni l’humanité (Gn 1.28). La bonté du Dieu de bénédiction n’est pas effacée par la disruption introduite par le renversement fracassant produit par la séparation du premier couple avec Dieu. Le péché ne peut effacer cette attitude divine.
La parole de bénédiction par laquelle Dieu couvre l’humanité se manifeste de deux manières. La première est la multiplication / fructification : l’humanité est appelée à couvrir la terre car, ce faisant, elle remplira la terre de ceux qui portent son image. C’est donc Dieu lui-même qui couvrira la terre à travers eux ! La deuxième expression de la bénédiction divine est de dominer / régner sur cette terre en tant qu’images de Dieu. La vocation humaine est de manifester en tout temps et en tous lieux le règne bon et généreux de Dieu ainsi que de refléter en toutes choses la personne du Créateur. Le péché n’efface pas ces deux vocations. Elles sont ancrées profondément en nous ; Dieu en a laissé la marque en notre propre nature. Le péché détourne et pervertit cette vocation, c’est à dire qu’il la renverse et la dirige vers des idoles.
Nos vocations à « fructifier » et « régner » sont parfois méconnaissables. Au lieu de « régner » dans le monde comme si Dieu lui-même prenait soin de sa création, nous l’abandonnons à toutes sortes d’abus. Ce n’est pas simplement les abus de « l’environnement » dont il est question ici mais aussi des êtres humains. Lorsque nous fermons les yeux sur la légalisation de l’avortement ou sur l’esclavage économique, nous ignorons cet appel à manifester le règne divin. Lorsque nous fermons notre compassion à notre prochain, nous trahissons l’appel à la fructification. Mais à chaque fois que nous travaillons pour la fructification ou la gestion du monde (à commencer par le quartier, la ville, le pays, dans lequel Dieu nous a placés), nous participons au « bien commun ». Ce dernier est une expression de ce vestige de l’image de Dieu qui, malgré notre séparation d’avec le Dieu de bénédiction, ne peut jamais être totalement effacée.
Comprendre le monde
Parmi les plus grands « biens communs », figure la connaissance du monde que Dieu a créé. L’exploration spatiale, la connaissance des écosystèmes de montagne, la protection des environnements marins, sont des manières d’étudier les merveilleuses œuvres de Dieu. Comprendre le fonctionnement du climat, celui du cerveau ou même la manière dont occuper les sols de manière plus durable est un bien commun.
Tout ce qui contribue à connaître le monde de Dieu devrait être apprécié par les chrétiens.
Tout le monde peut participer à cette grande vocation. Nous devons absolument valoriser cela. Tout ce qui contribue à connaître le monde de Dieu devrait être apprécié par les chrétiens. Calvin nous aide à comprendre pourquoi. Il écrit : « Si le Seigneur a voulu que les méchants et les incroyants nous permettent de comprendre la physique, la dialectique et les autres disciplines, il nous faut les utiliser à cela, de peur que notre négligence ne soit jugée, parce que nous aurons méprisé les dons de Dieu là où ils nous étaient offerts. »[1]
Pour Calvin, c’est Dieu qui donne les dons nécessaires aux professions qui sont les nôtres. Pas seulement celles des chrétiens, mais de toute personne. Dieu a donné des dons à tous. Ce sont ces dons qui sont utilisés pour reconstruire des régions dévastées, produire des vaccins ou encore enseigner dans les écoles. Quand nous valorisons le travail de notre collègue non chrétien, nous rendons grâce pour les dons que Dieu lui a donnés. Ne pas le faire, pour reprendre la citation de Calvin, ce serait mépriser les dons de Dieu… et peut-être même mépriser ce Dieu généreux.
Dans cette vocation publique à comprendre le monde de Dieu, nous recevons l’aide de toutes sortes de dons et de professions. Dieu donne ses dons en vue de l’accomplissement de nos vocations. Chrétiens et non chrétiens participent aux mêmes professions et, dans cet engagement commun, vont vers un même but : œuvrer pour le bien commun.
Une fin en soi ?
Une question vous vient peut-être à l’esprit : est-ce suffisant ? Nous sommes appelés à chercher le bien de tous. Mais pour les disciples de Christ, est-ce suffisant ? Ne sommes-nous pas d’abord appelés à aller par toute la terre et faire des disciples ? (Mt 28.19) Connaître Christ, n’est-ce pas le plus grand bien ? Bien sûr ! La vocation à participer au bien commun ne remplace pas l’appel à proclamer la grâce de Christ. La foi en ce Dieu créateur, rédempteur et consolateur renouvelle et sanctifie le bien commun en nous faisant lever les yeux vers le retour du Roi et la plénitude de son royaume. Dans le prochain article, nous discuterons du lien entre bien commun et évangélisation.
