Il est intéressant de noter à quel point il est facile, lorsque nous nous tournons vers l’Église, de délaisser cette vision plus large de la théologie et de l’anthropologie, et de se perdre dans les méandres de l’exégèse sur la signification de hupotassō ou d’authenteō ou de quoi que ce soit d’autre. En fin de compte, nous devons tous arriver à tirer certaines conclusions sur le message de certains textes spécifiques et sur la manière dont nous les appliquerons dans notre église locale. Mais l’argument en faveur du leadership masculin ne s’arrête pas là. Elle part du double constat (a) que les anciens sont fondamentalement les gardiens de l’Église, et (b) qu’à chaque étape de l’histoire de la rédemption, du jardin au tabernacle, au temple, au ministère de Jésus, à l’Église du Nouveau Testament, et jusqu’à la fin du monde, les personnes chargées de garder le peuple de Dieu et de le protéger du danger ont été des hommes.
Il est intéressant de noter à quel point il est facile, lorsque nous nous tournons vers l’Église, de délaisser cette vision plus large de la théologie et de l’anthropologie, et de se perdre dans les méandres de l’exégèse. Mais l’argument en faveur de l’autorité masculine ne s’arrête pas là.
Il est largement reconnu que certains termes du Nouveau Testament, tels que « ancien », « berger » et « surveillant » sont largement interchangeables (Actes 20.17-38, Tite 1.5-9, 1 Pierre 5.1-4). Chacun évoque la responsabilité de servir l’Église en la protégeant et en la préservant du mal. D’un point de vue biblique, les anciens sont les gardiens. Étudions de plus près chacun de ces termes bibliques.
1. berger/le pasteur
La principale raison d’être d’un berger (ou « pasteur ») est de protéger le troupeau du danger. Il les mène vers de nouveaux pâturages, leur prépare de l’eau et de la nourriture mais la première raison pour laquelle on employait un berger autrefois (plutôt que de laisser les brebis errer librement) était la protection : contre les blessures, les voleurs, l’égarement, les loups et autres animaux sauvages. Cela apparaît clairement dans les textes clés du Nouveau Testament, dans lesquels les bergers donnent leur vie pour les brebis et veillent sur le troupeau de Dieu, qu’il a racheté de son propre sang. Cela s’appuie également sur l’imagerie de l’Ancien Testament dans laquelle les bergers, comme David, sont ceux qui tuent des lions et des ours pour défendre leurs troupeaux, tiennent des bâtons et des houlettes pour les garder et sont appelés à les protéger plutôt qu’à les manger. Le pastorat spirituel, comme le pastorat physique, implique à la fois la protection des brebis faibles ou blessées et la protection de l’ensemble du troupeau contre les ennemis qui voudraient l’attaquer.
2. Le responsable/ l’évêque
Le mot anglais « overseer » (« surveillant, dirigeant ») est une traduction littérale de episkopos, et est certainement préférable à « évêque » compte tenu des résonances de ce mot. Néanmoins, il évoque toujours des images de superviseurs de centres d’appels, ou du moins un rôle plus managérial. En grec koïnique, il signifie « gardien ». Il se peut qu’il ait été entendu plutôt comme le skopos (= veilleur) d’Ezéchiel, et c’est ainsi que Jean Calvin l’a interprété : les anciens sont les « veilleurs fidèles » qui « veillent et prennent soin du troupeau, tandis que les autres hommes dorment ». Il s’agit ici d’être un guetteur plus qu’un chef de ligne, une sentinelle plus qu’un superviseur. Le rôle du surveillant était bien sûr de préserver la bonne doctrine dans l’Église, et c’est ce qui a conduit à la distinction entre les évêques et les anciens à la fin du premier siècle.
3. L’ancien
Il en va de même, de manière assez surprenante, pour les anciens. Le théologien Greg Beale souligne que le but des anciens dans le Nouveau Testament est de préserver l’Église pendant la tribulation eschatologique. La période entre la Pentecôte et la parousie est marquée par la tromperie, les faux enseignements, la persécution et la souffrance, et c’est dans ce contexte qu’il convient de considérer les exigences des lettres pastorales à l’égard des anciens : garder l’Église afin qu’elle ne soit pas détruite. À ces références, Beale ajoute non seulement Actes 20, comme nous l’avons vu, mais aussi le premier voyage apostolique de Paul, dans lequel lui et Barnabas enseignent aux disciples que : « C’est à travers beaucoup de difficultés qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu » (Ac 14.22). Ils nomment ensuite des anciens dans chaque Église (14.23) comme si la fonction « d’ancien » était la réponse au problème (aux tribulations). Tout au long de l’histoire de l’Église, il y a eu des persécutions au cours desquelles des évêques, des prêtres et des anciens sont morts au nom des Églises qu’ils servaient. La même dynamique existe aujourd’hui -ce sont les anciens qui ont été arrêtés dans l’est de l’Ukraine, par exemple- en effet, les autorités hostiles ciblent les responsables d’Églises plutôt que les congrégations. (Grégoire le Grand l’a magnifiquement exprimé au VIè siècle, en commentant la déclaration de Paul selon laquelle aspirer à la charge d’ancien était une noble chose : « Il faut cependant noter que cela a été dit à une époque où quiconque était placé à la tête d’un peuple était généralement le premier à être conduit aux tourments du martyre »). Aux trois D que beaucoup d’entre nous utilisent pour résumer les responsabilités de l’ancien (doctrine, discipline, direction), nous devrions peut-être en ajouter un quatrième : décès.
Aux trois D que beaucoup d’entre nous utilisent pour résumer les responsabilités de l’ancien (doctrine, discipline, direction), nous devrions peut-être en ajouter un quatrième : décès.
Ces trois missions nous amènent à penser que les anciens sont des gardiens. À peine avons-nous remarqué cela que nous constatons qu’à chaque période de l’histoire biblique, ceux qui sont chargés de défendre et de protéger le peuple et/ou le sanctuaire de Dieu sont des hommes plutôt que des femmes, des pères plutôt que des mères.
- Adam fut placé dans le jardin « pour qu’il le cultive et le garde » (Genèse 2.15). Les deux mêmes mots sont utilisés pour parler des Lévites (Nombres 3.7-8 ; 18.7). Par conséquent, c’est lui qui est responsable de la chute, et c’est en Adam plutôt qu’en Ève que nous mourons tous.
- Les patriarches sont évidemment tous des hommes.
- Les prêtres lévites, responsables de la protection du sanctuaire et, par extension, de toute la nation d’Israël, sont tous des hommes, et des hommes violents de surcroît : ils passent leurs journées à tuer des animaux, et ils ont été établis dans leurs fonctions au service de l’Eternel parce qu’ils ont eu suffisamment de zèle pour Yahvé pour tuer leurs compatriotes israélites (Exode 32.25-29).
- Cela reste vrai jusqu’à la période du premier temple, où une prêtrise masculine fonctionne parallèlement à une monarchie masculine en Juda (Athalie n’est jamais qualifiée de « reine » et ne se voit jamais accorder une quelconque légitimité par l’auteur ; elle est donc l’exception qui confirme la règle).
- Cela reste vrai pendant la période du second temple, jusqu’à l’époque de Zacharie et de Jean-Baptiste.
- Jésus appelle douze apôtres, tous des hommes, et leur confie la responsabilité de lier et de délier, d’enseigner et de gouverner l’Église mondiale.
- Les compétences des surveillants dans l’Église du Nouveau Testament, les anciens-bergers-veilleurs chargés de protéger l’Église des loups et des faux bergers, s’adressent aux hommes.
- La Bible se termine par une ville féminine (qui comprend l’ensemble du peuple de Dieu, quel que soit notre sexe) secourue par un Sauveur masculin et finalement mariée à lui, les murs de la ville et leurs fondations étant nommés d’après des apôtres et des patriarches masculins.

