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A l’époque actuelle, les chrétiens sont appelés à exprimer la complémentarité de l’homme et de la femme. Il ne s’agit pas seulement d’obéir à des instructions bibliques spécifiques (même si cela devrait suffire !) mais de mettre en évidence une belle différence dans un monde qui a besoin de la voir et qui la voit rarement. Ainsi, lorsque le monde s’interroge : « Que voulez-vous dire lorsque vous affirmez que Dieu n’est ni éloigné de nous (comme le dit l’Islam), ni transférable en nous (comme le dit le paganisme) ? », la relation entre les hommes et les femmes est notre meilleure illustration. Elle se manifeste en premier au sein de la famille.

La forme la plus évidente en est le mariage : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’un. Ce mystère est grand, et je dis cela par rapport à Christ et l’Église. » (Ephésiens 5.31-32). Dans le mariage, les maris et les femmes jouent les rôles du Christ et de l’Église et montrent ce que l’amour, la fidélité, le fait d’être différent, l’union, le leadership sacrificiel et l’assistance mutuelle signifient dans la pratique.

Dans le mariage, les époux et les épouses jouent le rôle du Christ et de l’Église : ils montrent ce que l’amour, la fidélité, le fait d’être différent, l’union, le leadership sacrificiel et l’assistance mutuelle signifient dans la pratique.

Le mari doit aimer sa femme comme la tête aime son corps et comme le Christ aime l’Église : en se livrant pour elle, en la sanctifiant par l’eau de la parole et en la présentant dans toute sa splendeur. (Il est significatif que Paul représente ici le mari engagé dans des tâches traditionnellement féminines telles que la vaisselle, le nettoyage et le repassage : Paul sabote sciemment et délibérément l’image gréco-romaine de ce à quoi ressemble le rôle de chef de famille masculin). Quant à la femme, elle doit se soumettre à son mari et le respecter, comme l’Église se soumet au Christ.

La soumission est-elle à sens unique ou les maris et les femmes sont-ils appelés à se soumettre l’un à l’autre ? Paul décrit l’Église remplie de l’Esprit comme un lieu où il faut se soumettre « les uns aux autres dans la crainte de Dieu. » (Ephésiens 5.21) Puis il décompose cette description pour un foyer antique standard, en l’appliquant aux maris et aux femmes, aux pères et aux enfants ainsi qu’aux esclaves et aux maîtres. La réciprocité de la soumission (Ep 5.21) l’emporte-t-elle sur les différences dans la manière dont la soumission est exprimée (Ep 5.22-6. 9) ? Ou Paul veut-il dire que les femmes, les enfants et les esclaves sont les seuls qui doivent se soumettre (respectivement aux maris, aux pères et aux maîtres) ?

La réponse n’est probablement ni l’une ni l’autre : les maris et les femmes sont appelés à se soumettre l’un à l’autre, tout comme les parents et les enfants, les maîtres et les esclaves, mais d’une manière différente. Le Christ et l’Église se servent mutuellement, mais pas de la même manière : le Christ nous sert en mourant et en ressuscitant pour nous sauver, et nous le servons en ayant foi en son leadership. (Nous nous offrons tous deux en sacrifice pour l’autre, bien sûr, mais de manières très différentes ; si nous devions fusionner, alors toute l’Évangile s’écroulerait.) N. T. Wright l’exprime parfaitement :

Paul part du principe, comme la plupart des cultures, qu’il existe des différences significatives entre les hommes et les femmes, différences qui vont bien au-delà de la simple fonction biologique et reproductive. Leurs relations et leurs rôles doivent donc être mutuellement complémentaires plutôt qu’identiques. L’égalité en matière de droits de vote, d’opportunités d’emploi et de rémunération (qui n’est toujours pas appliquée partout) ne doit pas être considérée comme impliquant une telle identité. Au sein du mariage, la ligne de conduite est claire. Le mari doit prendre le lead, mais il doit le faire en étant pleinement conscient du modèle d’abnégation que le Messie a fourni. Tout s’écroule lorsque « prendre le lead » devient de l’intimidation ou de l’arrogance.

Ce serait toutefois une erreur de penser que la complémentarité se limite au mariage. Si c’était le cas, toute personne célibataire, veuve, divorcée ou délaissée serait incapable de refléter pleinement sa féminité ou sa masculinité. Dans nos Églises, un grand nombre de ces personnes sont de cet avis. Cela indique que nous avons encore du travail à faire. Cette différence est cependant toujours marquée dans les Écritures : les mères sont différentes des pères, les frères sont différents des sœurs, les grands-mères sont différentes des grands-pères, et ainsi de suite. Je me dois de protéger ma mère et mes sœurs, mais d’une manière différente de mon père ou mon frère. Cela ne signifie pas pour autant que j’ai autorité sur elles, que je prends des décisions à leur place ou qu’elles ne peuvent pas avoir autorité sur moi. (Ma petite sœur dirige un service d’accidents et d’urgences dans un hôpital londonien. Si nos enfants ont un accident, je fais tout ce qu’elle dit, sans poser de questions.)

Dans les Écritures, cependant, cette différence est toujours marquée : les mères sont différentes des pères, les frères sont différents des sœurs, les grands-mères sont différentes des grands-pères, et ainsi de suite.

De même, les instructions de Paul à Timothée supposent une différenciation sexuelle dans ses interactions avec les membres de la famille de Dieu : « Ne reprends pas le vieillard avec dureté, mais encourage-le comme un père. Encourage les jeunes gens comme des frères, les femmes âgées comme des mères, celles qui sont jeunes comme des sœurs, en toute pureté. » (1 Timothée 5.1-2). Dans mon cercle familial, religieux, professionnel ainsi que sur les réseaux sociaux, je dois considérer les femmes âgées spécifiquement comme des mères, les hommes âgés spécifiquement comme des pères, et non comme des personnes sans genre ou des travailleurs éparpillés et asexués. (Ce principe s’appliquera d’une manière plus ou moins différente selon le contexte bien entendu. En Occident, j’aurais grand plaisir à avoir ma sœur comme manager, figure d’autorité ou même chef d’État, alors qu’au Yémen j’aurais plus de réserve à déjeuner avec elle en public). De même, la façon dont j’interagis avec les hommes célibataires qui vivent dans notre famille diffère considérablement de la façon dont j’interagis avec les femmes célibataires. Et au cas où il serait nécessaire de le dire, si nous limitons la portée de « traiter les jeunes femmes comme des sœurs » à « s’assurer de ne pas avoir de relations sexuelles avec elles », nous passons bien à côté du message de Paul.

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