Aidez-nous à produire des ressources gratuites pour la francophonie.

×

« Jésus n’est pas venu nous sauver de la colère de Dieu, mais nous sauver de cette idée. » C’est facilement tweetable. Et cela fera des likes. Pourquoi ? Ce n’est pas d’abord parce que c’est inexact, mais parce que cela semble résumer sous une forme simple et courte l’essence de l’oeuvre de Christ. La force de ce slogan, c’est que c’est tweetable, et que c’est facilement mémorisable. Ce slogan a aussi une force émotionnelle qui doit être prise au sérieux.

« Jésus n’est pas venu nous sauver de la colère de Dieu, mais nous sauver de cette idée. » Avec cela tout est dit : qui irait imaginer un Dieu sadique voulant mettre à mort son Fils alors que, puisqu’il est Dieu, il pourrait simplement choisir de sauver par amour… et non par colère.

Les likes de la croix

C’est vrai qu’il faudrait probablement discuter de l’affirmation théologique contenue dans ce slogan, mais c’est un réflexe de théologien. Ce n’est pas un mauvais réflexe, mais ne faire que cela c’est oublier que nous sommes des êtres humains, et c’est oublier que les moyens que nous choisissons pour communiquer influencent, et parfois même déterminent, le message communiqué.

La longueur idéale d’un tweet, c’est entre 70 et 100 caractères, disent les professionnels des médias sociaux. Notre slogan-type, en français, fait 90 caractères : idéal, taillé sur mesure pour Twitter.

Je n’ai rien contre Twitter, quoique… mais l’œuvre de la croix est-elle facilement tweetable ? Ce que Christ a fait pour nous peut-il vraiment être transmis en 90 caractères ? En partie, peut-être : en partie seulement ; et seulement peut-être. Le problème des slogans tweetables, c’est qu’ils nous encouragent à résumer le plus possible en vue de proposer des slogans qui marquent les esprits. Jacques Ellul remarquait déjà dans La parole humiliée que les slogans ne pouvaient conduire qu’à une trahison de la parole. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’un slogan cherche seulement à être entendu, communiqué. Sans plus.

Le slogan (chez Ellul, un terme quasi synonyme de « propagande ») transforme les mots en suite de caractères dont la signification s’efface derrière la volonté de se propager. Ce qui est plus important c’est que les mots soient communicables, pas qu’ils soient vrais. Ce risque existe dès le moment où nous essayons de communiquer globalement. À l’heure d’une communication instantanée focalisée sur le partage et le « like », ce danger est d’autant plus présent.

Cette pente glissante est plus sérieuse encore parce que ce danger nous guette tous. Mon but n’est pas de dire que ce slogan est une trahison volontaire de la parole. Ce que je dis est plus global : la pression de communication instantanée et partageable est en soi une potentielle trahison de la parole… quel que soit le contenu communiqué. Même si le sens théologique donné à la croix était correct, le risque demeurerait !

La colère qui sauve

Evangile21 répond à vos questionsBien sûr, la pression d’une communication claire et excessivement courte se prête aux généralisations qui tendent à trop simplifier des notions qui ne devraient pas l’être. Tout n’est pas tweetable. L’œuvre de la croix, ce qu’elle est, ce que Christ a fait, ce que le Père voulait, ce que l’Esprit a accompli… tout cela ne peut pas être résumé en 90 caractères facilement communicables. Que dit ce slogan ? Simplement ceci : que la notion même d’un Dieu en colère contre l’humanité ne fait pas partie du langage biblique.

Cela part du bon sentiment : montrer que Dieu sauve par amour. Ceci il ne faut bien sûr pas l’oublier. Je reconnais que parfois, par soucis d’affirmer tout ce que le Nouveau Testament dit de l’œuvre de la croix, nous sous-estimons que Dieu a désiré sauver… par amour !

Mais il y a aussi l’autre côté de la pièce : cet amour de Dieu consiste en quoi ? Que Christ a fait propitiation pour nous (1 Jn 4.10). Dieu nous a été rendu propice, favorable, ce qui suppose qu’il ne t’était pas avant ! Paul ne dit pas autre chose en Romains 5.9 : « A plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère. » De quelle colère ? Celle des hommes ? Celle de satan ? Les versets précédents mettent cette question en contexte : nous étions pécheurs et ennemis de Dieu (Rm 5.8), et la colère de Dieu se manifeste sur tous ceux qui retiennent captive la vérité (Rm 1.18). Dans ce dernier verset de Paul, il est bien question de la « colère de Dieu ».

Que nous soyons l’objet de la colère de Dieu, sans Christ, peut sembler difficile à entendre. C’est en réalité une bonne nouvelle ! Pourquoi ? Dans un article de 2003, Paul Wells donne trois raisons :

(1) La colère de Dieu qui par sa justice devait s’exercer contre nous est l’instrument par laquelle les violences humaines sont dénoncées. La colère divine est l’instrument de la disparition des violences humaines. (2) Christ prend sur lui la colère, le péché et la condamnation, tout ce que nous aurions du justement porter. En retour, il nous donne sa justice. C’est la merveilleuse nature substitutive de la croix : Christ porte la colère de Dieu, et nous revêt de sa justice. Tout cela par amour ! (3) Notre péché est réellement porté par Christ. La dette est remise, effacée. Elle n’est pas mise entre parenthèse. Le jugement de Dieu n’est pas une épée de Damoclès qui pourrait encore tomber. La colère de Dieu est apaisée et remplacée par la réconciliation et la paix ! Paul Wells résume cette bonne nouvelle de la colère « propitiée » de Dieu ains :

« La satisfaction suppose que, par la croix,

– la justice de Dieu est satisfaite,

– la dette est payée,

– la punition est subie,

– le péché est expié,

– la colère de Dieu est « propitiée »

– la mort est assumée,

– et la condamnation est annulée, par Christ à notre place.

La violence de la croix – Christ jugé à notre place – semble être, pour ses détracteurs, la grande faiblesse de la théologie classique et évangélique. Pour nous, en revanche, c’est sa force ! »

La colère de Dieu envers le statut de notre rébellion nous sauve, parce que cette même colère est ce qui embrasse la motivation qu’est son amour. Dieu a tant aimé le monde… afin que celui qui croit ne périsse pas.

Méditer le sens de la croix, c’est nous émerveiller devant toutes les dimensions de cette œuvre complète et radicale que l’amour de Dieu a voulu accomplir en notre faveur. Ne laissons pas notre désir de tweeter la croix amoindrir la grandeur de ce que le Père, le Fils, et le Saint-Esprit ont voulu faire pour nous.

EN VOIR PLUS
Chargement