Nous sommes les trois jeunes femmes qui avons brunché avec le journaliste Clément Hamelin dans le documentaire Faites du bruit pour Jésus. Nous avons pu discuter de notre expérience en tant que femmes chrétiennes, mais aussi de notre participation au Bercail. Elisabeth a démarré ce projet de colocation chrétienne intentionnelle pour jeunes femmes à Montréal en 2021; Ariane a pu y vivre pendant deux ans, et Marceline, pendant un an.
Quel plaisir c’était de discuter avec Clément sur la vie communautaire et ses nombreux bénéfices, dont l’exercice du pardon et le partage de la foi au quotidien. Au cours du repas, nous avons également pu aborder un large éventail de sujets qui nous interpellent en tant que femmes chrétiennes: notre attachement à l’Église locale, notre relation avec nos pasteurs et leaders spirituels, les facteurs qui influencent les jeunes Québécois à explorer la foi, les défis d’être croyante dans une société post-chrétienne et les mouvements «tradwife» et masculinistes. Nous avons également discuté de l’influence américaine sur les réseaux sociaux et des racines européennes et canadiennes de l’histoire protestante du Québec en contraste avec notre expérience personnelle.
Nous comprenons que la grande partie de notre riche discussion n’a pas pu être intégrée dans le documentaire et que certains des sujets qui ont été préservés ont dû aussi être abrégés. Nous souhaitons donc amener de la lumière sur certaines de nos convictions.
Quel rôle la Bible joue-t-elle dans notre vie? – Marceline Pierre
Tout d’abord, il est important de souligner que la Bible est l’autorité suprême et inerrante qui guide nos vies. Dans 2 Timothée 3.16, Paul affirme que «Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, et pour instruire dans la justice».
Ainsi, nous sommes convaincues que ses enseignements représentent ce qu’il y a de meilleur pour nous, notamment sur le sujet de la soumission et de la sexualité.
Toutefois, reconnaître l’autorité de la Bible ne nous empêche pas de constater que certaines interprétations ou applications de son enseignement ne représentent pas la personne de Jésus et peuvent blesser des gens et entraîner des abus. C’est d’ailleurs cet aspect qui a été mis de l’avant dans le documentaire.
Nous pensons qu’il est important de reconnaître les torts qui ont été commis au nom de la Bible, sans pour autant confondre ces dérives avec l’enseignement biblique lui-même. En effet, si toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour corriger et instruire dans la justice, elle doit aussi nous amener à examiner nos propres attitudes et nos façons d’enseigner et de parler de la Parole de Dieu. D’où l’importance d’enseigner avec fidélité les Écritures, tant aux hommes qu’aux femmes.
Bien que ce ne soient pas nos opinions ou nos ressentis qui déterminent la vérité dans nos vies, mais plutôt la Bible, nous ne sommes pas à l’abri de dérives. Il est donc important d’ouvrir la discussion dans nos Églises et de veiller à une interprétation de la Bible qui est juste et qui glorifie Dieu.
Que croyons-nous au sujet de la soumission? – Elisabeth Aubut
Quand Clément nous a demandé ce qu’on pensait des fameux versets sur la soumission (Ép 5.22), nous avons tout d’abord cherché à recadrer le mot, étant donné sa grande charge émotive. Les gens pensent immédiatement à une domination déshumanisante qui écrase des victimes, ce qui n’est pas le sens biblique. Il s’agit plutôt d’une coopération volontaire entre membres d’une même équipe qui se font confiance. Jésus en est l’exemple suprême, lorsqu’il a choisi de plier sa volonté à celle de son Père pour accomplir quelque chose qui dépasserait son bien personnel. Sa soumission n’indique aucunement une infériorité, mais une collaboration libre poussée par l’amour.
Dans le monde gréco-romain, l’homme était le chef du foyer et avait le pouvoir absolu sur sa femme, sur ses enfants et sur ses esclaves, qui étaient tous sa propriété. Le christianisme apportait un message révolutionnaire à ce système, imposant à l’homme une redevabilité choquante. Dans Éphésiens 5.21-6.9, l’apôtre Paul explique que les chrétiens doivent pratiquer une soumission mutuelle dans leurs foyers. Ainsi, l’épouse devait respecter son mari, les enfants devaient obéir à leurs parents, et les esclaves devaient être de bons employés, ce qui était déjà attendu par la culture. En ce qui concerne les hommes, le mari devait chérir sa femme jusqu’à donner sa vie pour elle, il devait être un père bienveillant qui n’irrite pas ses enfants et il ne devait pas oublier qu’il a lui aussi un Maître à qui il devra rendre des comptes pour la façon dont il traite ses employés.
Ces déclarations surprenantes invitaient les hommes à marcher dans les humbles traces de Christ dans la soumission mutuelle, qui est l’exhortation qui cadre tout ce passage (Ép 5.21). La relation de l’époux envers son épouse devait être radicalement sacrificielle, jusqu’à la mort. La barre est très haute.
Et puis, la Bible ne permet nulle part aux maris d’imposer la coopération de leurs femmes. Elles sont invitées à librement et humblement s’adapter à leurs maris, à les appuyer dans leur initiative et à parfois renoncer à leurs préférences personnelles pour l’avancement de l’équipe. Il s’agit d’une soumission volontaire, non par infériorité, mais par liberté pour une cause plus grande, à l’exemple de Christ qui a choisi de son propre gré d’accomplir la volonté de son Père.
Il faut toutefois apporter quelques précisions:
- Tout d’abord, ces principes ne devraient jamais, au grand jamais, justifier la violence. Malheureusement, certaines personnes ont instrumentalisé des passages bibliques pour faire du mal et taire des victimes d’abus, et nos Églises devraient clairement dénoncer ces gestes et venir au secours de ceux et celles qui en souffrent.
- Deuxièmement, une femme n’est pas appelée à coopérer avec un homme qui n’est pas son mari. Ce passage traite de relations dans le contexte d’une maisonnée, pas la société au large.
- Troisièmement, le milieu évangélique est diversifié, et il existe une variété d’interprétations et d’applications des passages traitant de ces sujets. Bien que nous adhérions à une interprétation complémentarienne, il serait réducteur de dire qu’elle est la seule qui existe parmi les évangéliques et la seule qui est raisonnée.
Nous avons également mentionné à Clément une longue liste d’héroïnes de la foi mentionnées dans la Bible qui sont des modèles pour les chrétiens par leur intelligence, leur leadership et leur humilité. La féminité biblique ne se résume donc pas à un mode de vie traditionnelle post-révolution industrielle. Au contraire, la Bible décrit les rôles des hommes et des femmes de manière beaucoup plus nuancée et inspirante.
Que croyons-nous au sujet de l’avortement et de l’homosexualité? – Ariane Malenfant
On m’a invité à accompagner Clément Hamelin sur le plateau de Tout le monde en parle pour faire la promotion du documentaire ainsi que pour partager mon expérience en tant que jeune Québécoise et chrétienne évangélique.
Je me doutais que des sujets chauds allaient être abordés lors de l’émission et allaient provoquer une forte réaction. C’est pourquoi j’ai demandé à plusieurs personnes de prier pour une paix face aux différents sujets, pour l’amour de mon prochain sur le plateau, ainsi que pour que l’Esprit parle à travers moi, car j’ai tendance à répondre vite. Je remercie Dieu pour la communauté qui m’a soutenue.
Cependant, on ne m’a accordé que peu de temps pour approfondir mes convictions pendant l’émission. Comme Jésus était plein de compassion pour le monde, j’aurais aimé davantage toucher la notion de la grâce et du pardon avec mes interlocuteurs. L’exemple de Jésus me montre combien il était doux et aimant envers les gens marginaux. Il était le premier à démontrer de la compassion aux femmes lorsque la société les condamnait (Jn 4, Jn 8). J’aspire à ressembler à mon Sauveur, à avoir toujours plus de grâce envers tous. En effet, combien plus grande est la grâce que Dieu a eue envers moi? Je souhaite que chacun puisse expérimenter cet amour.
Je tiens toutefois à clarifier nos convictions sur certains des enjeux mentionnés, dont l’avortement et l’homosexualité. Nous croyons à l’éthique sexuelle biblique, qui indique que Dieu a créé la sexualité pour qu’elle soit pratiquée dans le cadre du mariage entre un homme et une femme. De toute évidence, cette conviction se tient en contraste avec la pensée de notre société, mais nous croyons que le plan de Dieu pour notre sexualité et notre épanouissement est sage.
Nous croyons aussi aux droits humains dès la conception, ce qui nous incite à défendre la vie, même dans l’utérus. Cela ne nous rend pas insensibles à la détresse que de nombreuses femmes subissent lorsqu’elles traversent une grossesse imprévue, mais invite plutôt les Églises à soutenir ces femmes et les accompagner. En réponse à la grâce que Dieu a eue envers nous, soyons des chrétiens pro-vie après la naissance aussi et aidons les gens à expérimenter l’amour divin de manière tangible.
Exhortation aux Églises
La sortie de ce documentaire et les innombrables discussions qu’il provoque devraient inspirer les Églises du Québec à:
- S’ancrer davantage dans les Écritures;
- Accompagner nos jeunes femmes et nos jeunes hommes dans leurs réflexions sur ces sujets chauds;
- Former les nouveaux convertis en disciples de Jésus fidèles et équipés pour expliquer la base de leur foi avec compassion et clarté;
- Produire du contenu en ligne marqué d’une théologie solide, d’une pertinence culturelle et beaucoup d’amour.
Continuons de prier que Jésus soit non seulement entendu au Québec, mais connu pour le merveilleux Sauveur qu’il est pour cette jeune génération.
