La plupart d’entre nous n’aimons pas nous sentir dépendants.
Nous présentons nos excuses quand nous demandons de l’aide. Nous nous sentons embarrassés quand nous sommes fatigués. Nous cachons nos larmes. Nous dépassons nos limites. Nous disons des choses telles que « Excuse-moi de te déranger » ou « je ne veux pas être un fardeau ».
Nous traitons souvent la dépendance comme si c’était un défaut. Et quand nous atteignons les limites de nos capacités – quand nous ne pouvons pas régler le problème, ni faire taire la peur, ni changer la personne, ni assurer l’avenir – nous supposons que quelque chose s’est mal passé. Mais les Écritures nous enseignent que la dépendance fait partie des bontés originelles. Peut-être peut-on présenter le contraste ainsi :
La dépendance des créatures dépend de la bienveillance de Dieu.
La dépendance anxieuse se heurte aux limites qu’Il a fixées.
Le Psaume 103 nous aide à comprendre la différence. Quand David réfléchit sur ce que signifie être humain, il commence par la fragilité : « L’homme ? Ses jours sont comme l’herbe, il fleurit comme la fleur des champs : lorsqu’un vent souffle sur elle, elle disparaît, et la place qu’elle occupait ne la reconnaît plus. » (v.15-16). Remarquez ce que David décrit : l’humanité. Nous sommes comme l’herbe. Nous sommes comme les fleurs, des créatures finies et dépendantes dont les vies sont brèves et les forces limitées.
Nous avons du mal à nous rappeler comment le Seigneur a façonné notre être. Ce que nous oublions de la manière dont nous avons été créés, Dieu s’en souvient avec compassion. En fait, juste dans le verset précédent, David dit « car il sait de quoi nous sommes faits, il se souvient que nous sommes poussière. » (v.14). Dieu nous a créés pour recevoir la vie, pas la fabriquer. Il nous a créés pour vivre dans ce monde, pas le porter. Il nous donne le souffle d’aujourd’hui, la force d’aujourd’hui, la manne d’aujourd’hui, la miséricorde d’aujourd’hui. Nous vivons en recevant. Nous dépendons de Lui pour notre prochain souffle. Nous confions l’avenir à Sa sollicitude. Nous apportons nos besoins à Dieu qui dispense la grâce. Car nous sommes ses serviteurs, nous aimons et protégeons les autres, alors que nous nous reposons dans le Dieu qui les garde.
Mais le Psaume 103 ne nous laisse pas à contempler nos faiblesses. Le verset suivant guide notre regard vers Celui qui soutient ceux qui sont limités : « Mais la bonté de l’Éternel dure d’éternité en éternité » (v.17). Le contraste entre la créature et le Créateur coupe le souffle :
Nos jours sont comme l’herbe. Son amour est éternel.
Nos vies passent comme les fleurs. Sa fidélité perdure de génération en génération.
Nos forces faiblissent. Sa miséricorde dure à toujours.
L’espoir du Psaume 103 est que notre dépendance demeure dans la sollicitude du Dieu éternel. C’est la dépendance des créatures. Une assurance tranquille que nous sommes poussières, mais que le Dieu dont l’amour dépasse nos faiblesses, nos lassitudes, et même nos jours, se souvient de nous.
Le péché ne nous rend pas dépendants. Le péché nous fait craindre la dépendance et transforme la bonne réalité – que nous avons besoin d’aide – et la tourne en peur
Le problème est qu’être dépendant par nature dans un monde déchu peut engendrer de l’anxiété. Au lieu d’accepter nos limites, nous leur résistons. Nous commençons à porter des responsabilités qui appartiennent à Dieu. Nous nous sentons responsables pour des évènements que nous ne pouvons contrôler. Nous agissons comme si tout dépendait de nous. Le péché ne nous rend pas dépendants. Le péché nous fait craindre la dépendance et transforme la bonne réalité – que nous avons besoin d’aide – et la tourne en peur – induisant le besoin de gérer ce que seul Dieu peut gérer.
La dépendance de la créature dit « je suis poussière, et Dieu se souvient de moi ».
La dépendance anxieuse dit « je ne suis que poussière, mais je dois de n’importe quelle manière, tout maintenir par moi-même ».
L’une mène au repos. L’autre mène à l’épuisement. Le Psaume 103 nous invite à revenir à la réalité de l’amour inébranlable de Dieu. Il nous rappelle qu’être dépendant fait partie de la condition humaine.
La preuve la plus éclatante que les besoins humains font partie de la bonté pour laquelle nous avons été créés, c’est l’incarnation : le Fils de Dieu s’est fait chair. Il a eu faim. Il a eu soif. Il s’est fatigué. Il a dormi. Il a pleuré. Il a prié. Il a reçu des soins des autres. Il a cherché la compagnie d’amis dans la tristesse. Il s’est confié à son Père. En Jésus, nous voyons l’humanité parfaite. Et l’humanité parfaite vit dans la dépendance. Cela devrait nous stabiliser. La maturité spirituelle grandit quand l’autosuffisance diminue. Si le Fils de Dieu sans péché a pleinement assumé les réalités de la vie de créature, nous pouvons accueillir notre condition de créature comme un don plutôt que comme une épreuve à surmonter.
Le Psaume 103 nous dit que Dieu se souvient que nous sommes poussière. L’incarnation nous dit quelque chose d’encore plus incroyable. Celui qui a formé la poussière y est entré Lui-même. Celui dont l’amour inébranlable dure d’éternité en éternité a pris nos fragilités, partagé nos faiblesses, et marché au milieu de nous comme un vrai être humain. Il est entré dans notre humanité pour restaurer notre vie avec Dieu, où nous dépendons de Lui pour tout. Alors quand vous vous sentez frustré par vos besoins ou honteux de vos limites, souvenez-vous de cela : Dieu vous a fait vivre pour recevoir. Il vous a fait vivre en tant que créatures protégées par Sa sollicitude. Rendus dépendants. Créés dépendants. Créés pour s’épanouir dans Son amour inébranlable.
