Sévérité et miséricorde selon Jean Calvin

Tout lecteur de Calvin, que ce soit devant ses sermons, ses commentaires ou son oeuvre dogmatique, l’Institution chrétienne(I.C.), remarquera que ses écrits sont constamment nourris d’une triple préoccupation : la piété, la doctrine et le souci pastoral. Pas seulement l’un ou l’autre, mais les trois, et les trois ensemble. C’est probablement là une des raisons qui font la valeur de ces textes, aujourd’hui encore. En effet, que vaut la piété sans une saine assise doctrinale ? Et que vaut la doctrine sans la préoccupation pastorale ? Et que valent la meilleure doctrine et le travail pastoral sans la piété ?

Les citations qui suivent démontrent le fruit de cette attitude, semblable à celle des apôtres.

Quant à la doctrine

« Toutes les doctrines sont importantes, mais toutes ne sont pas aussi importantes. Il pourra y avoir certains défauts dans la doctrine ou dans la façon d’administrer les sacrements, qui pourtant ne devront pas nous détacher de la communion de L’ÉGLISE, car tous les articles de la doctrine de Dieu ne sont pas d’une même sorte. Il y en a certains dont la connaissance est tellement nécessaire que nul n’en doit douter. Il y en a d’autres qui sont discutés entre les ÉGLISES et néanmoins ne rompent pas leur unité.

Il est donc vrai, bien que nous soyons appelés à nous accorder en tout, et puisque nous sommes sujets à une part d’ignorance, qu’il faudra pardonner et accepter la communion de L’ÉGLISE tant que les imperfections toucheront des points qui ne sont pas nécessaires à notre salut ou qui ne mettent pas en danger la transmission de la foi. Chaque membre est tenu d’apporter ce qu’il pense juste, à condition que cela se fasse décemment et par ordre, sans troubler ni la paix ni la discipline » (I.C. IV.1.12).

Quant à la conduite

« Il y a toujours eu des personnes qui ont fait croire qu’elles avaient une sainteté parfaite, comme si elles eussent été des anges du Paradis, et qui sont arrivées à mépriser la compagnie des hommes qu’elles jugeaient trop faibles.

Un zèle de justice inconsidéré

Ainsi, certains pèchent par un zèle de justice inconsidéré, considérant qu’il n’y a pas ÉGLISE si le fruit n’est pas correspondant à la doctrine. Certes, Dieu corrigera ceux qui, par paresse, donnent un mauvais témoignage au risque de troubler ceux qui sont faibles dans la foi. Néanmoins, ceux qui sont trop sévères se trompent aussi en ce qu’ils oublient la clémence dont le Seigneur lui-même fait preuve.

Un manque de douceur pastoral

Il est vrai que les pasteurs ne veillent pas toujours de près et, parfois aussi, sont plus faciles et doux qu’il conviendrait ; ou encore, sont empêchés d’exercer une sévérité telle qu’ils le voudraient. Il en résultera que de nombreux impénitents se tiendront parmi les fidèles. Je confesse que cela est un défaut qui ne peut pas être regardé comme léger, puisque S. Paul le reprend sévèrement ».

Une séparation de la communion de L’ÉGLISE

« Dès lors, que ceux qui ont une telle tentation (de se séparer de la communion de L’ÉGLISE à cause de l’inconduite de certains) pensent qu’en une grande multitude, il y en a beaucoup qui leur sont cachés et inconnus, qui néanmoins sont vraiment saints devant Dieu. Qu’ils pensent, secondement, que parmi ceux qui leur semblent vicieux, il y en a beaucoup qui ne se complaisent pas et ne se flattent pas en leurs vices, mais sont souvent émus de la crainte de Dieu d’aspirer à une meilleure vie et plus parfaite. Troisièmement, qu’ils pensent qu’il ne faut pas estimer un homme d’après un seul fait, d’autant qu’il advient parfois aux plus saints de trébucher bien lourdement. Quatrièmement, qu’ils pensent que la Parole de Dieu doit avoir plus de poids et d’importance à conserver L’ÉGLISE en son unité que n’a la faute de quelques mal-vivants à la dissiper. Qu’ils pensent finalement, quand il est question d’estimer où est la vraie ÉGLISE, que le jugement de Dieu est préférable à celui des hommes » (I.C. IV.I.15-16).

Citations présentées par Ch. Nicolas

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