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Aujourd’hui, le mouvement LGBTQI+ ne se contente pas de faire partie du paysage et de défendre le droit de chacun de vivre en paix : c’est un mouvement militant, et l’idéologie transgenre est devenue un combat politique. Cette lutte ne date pas d’hier : elle s’inscrit dans la continuité de la lutte menée par la Nouvelle Gauche et le féminisme au milieu du 20e siècle. Quant à l’idéologie prônée par ces partisans du transgenrisme, elle s’est construite au fil des siècles, ainsi que nous essayons de le voir dans cette série d’articles, en réfléchissant au livre « The Rise and Triumph of the Modern Self » (La montée et le triomphe du moi moderne), écrit par l’historien Carl Trueman.

Avec Rousseau et les poètes romantiques, l’accent, quand on parle de l’identité, a été mis sur l’être intérieur : le « moi » a été psychologisé. Freud a ensuite contribué à sexualiser ce « moi » psychologisé. C’est le mouvement de la Nouvelle Gauche qui fera le troisième pas de cette révolution sexuelle : le sexe, devenu avec Freud essentiel à l’identité humaine, est maintenant politisé. La Nouvelle Gauche, au milieu du 20e siècle, fait en quelque sorte la synthèse entre Marx et Freud.

Prêcher la révolution sexuelle par les écoles et les médias…

Marx envisageait l’Histoire comme un processus devant conduire au triomphe du prolétariat, ce qui devait passer notamment par une prise de conscience politique au sein de cette classe ouvrière. Mais il n’a jamais vraiment expliqué comment cette prise de conscience pourrait survenir et comment elle se manifesterait. Avec le temps, l’idée émerge que ce sont les intellectuels qui ont la mission de « formater » la conscience politique de la classe ouvrière. Le marxiste italien Antonio Gramsci estime ainsi que la révolution se fera par le biais d’une transformation des institutions culturelles telles que les écoles et les médias. Pour lui, une fois que les leviers du pouvoir culturel sont dans les bonnes mains, on est sur la bonne voie… Les théoriciens de l’École de Francfort feront partie de ces intellectuels qui chercheront à modeler les mentalités d’un point de vue marxiste… mais aussi freudien.

Le mariage ne semble a priori pas naturel, pour plusieurs raisons que Trueman évoque dans son livre mais sur lesquelles nous passons ici. Cependant, Wilhelm Reich et Herbert Marcuse parviennent à rapprocher Marx et Freud. Wilhelm Reich développe ainsi le concept d’ « économie sexuelle » : il utilise la notion de lutte des classes de Marx… et la notion de répression sexuelle de Freud. Sa théorie est donc celle-ci : les codes sexuels ne sont pas seulement le produit de la civilisation, comme l’affirmait Freud, mais aussi une idéologie de la classe gouvernante dans le but de maintenir le statu quo au bénéfice de ceux qui détiennent le pouvoir, en l’occurrence le patriarcat autoritaire et l’Église.

La famille traditionnelle : une instance d’oppression dont il faut se débarrasser

La famille traditionnelle est alors vue comme une instance d’oppression : avec sa moralité sexuelle et sa répression des instincts sexuels naturels des enfants, la famille contribue à produire une sorte d’individu soumis et docile, qui n’offre aucune résistance aux figures d’autorité.

La famille traditionnelle est alors vue comme une instance d’oppression : avec sa moralité sexuelle et sa répression des instincts sexuels naturels des enfants, la famille contribue à produire une sorte d’individu soumis et docile, qui n’offre aucune résistance aux figures d’autorité. Voici ce qu’écrit Riech : « Le but de la moralité est de produire l’approbation des sujets qui, en dépit de la détresse et de l’humiliation qu’ils ressentent, s’ajustent à cet ordre autoritaire. La famille est donc un État autoritaire en miniature, dans lequel l’enfant doit apprendre à s’adapter pour se préparer à s’ajuster ensuite à l’ordre social général qui sera requis de lui plus tard ». Conséquence : la libération politique et sexuelle passe par l’abolition de la famille ! Mais ce n’est pas tout : il faut, dit Reich, mettre en place un programme d’éducation sexuelle pour aider les enfants et les adolescents à vivre dans la liberté sexuelle.

L’État doit aussi activement punir les familles qui refuseraient la libération sexuelle et qui, par là, sont coupables d’abus psychologique sur les enfants. On ne lutte plus ici contre la violence physique des parents, mais contre la violence psychologique qu’ils infligent aux enfants en les empêchant de vivre selon leur véritable identité. Le sexe n’est plus une activité privée, mais un élément public, constitutif de l’identité sociale. Par exemple, empêcher son enfant adolescent de coucher avec sa copine contribue à perpétuer cette structure politique oppressive et inique fondée sur le patriarcat. Reich estime donc qu’une réforme sociopolitique sans libération sexuelle est impossible : la liberté et la santé sexuelle sont la même chose. Avec Reich, la sexualité est politisée.

La censure devient nécessaire pour parvenir à la libération

Herbert Marcuse, également penseur de l’école de Francfort, élabore lui aussi des théories au sujet de la monogamie et de la famille, vues comme non-nécessaires et symptomatiques d’un âge bourgeois révolu. Pour lui, par contre, la révolution doit prendre un chemin un peu différent que ce que propose Reich : pour transformer une société politiquement, il faut d’abord la transformer sexuellement et psychologiquement. Et cela passe largement par l’éducation… et par une forme de censure.

Marcuse est convaincu que les vues traditionnelles oppressives sur la sexualité se maintiennent par le biais des instances d’éducation, qui empêchent donc les uns et les autres d’en arriver à la véritable liberté. « La restauration de la liberté de penser implique donc de nouvelles restrictions, fermes, en ce qui concerne l’enseignement et les pratiques dispensées dans les institutions d’éducation qui, par leurs méthodes et concepts, servent à enfermer l’esprit dans un univers de discours et de comportement établis », écrit Marcuse. Pour que la société se mette à penser autrement, les mots et les idées sont les armes les plus adaptées… et ces idées nouvelles et libératrices doivent devenir omniprésentes dans le discours public. Marcuse voit donc dans les théoriciens de la Nouvelle Gauche une élite particulièrement éclairée qui permettra au monde d’en venir à la libération.

« On ne naît pas femme, on le devient »

Avec Simone de Beauvoir, on entre dans cette dissociation entre le sexe et le genre : le sexe est biologique, tandis que le genre est psychologique… et donc relatif, malléable, fluide.

Outre les penseurs de l’École de Francfort, le courant féministe, dans la deuxième moitié du 20e siècle, a bien entendu contribué aussi à développer de telles idées de « libération sexuelle ». L’influence de Simone de Beauvoir, auteur du livre « Le Deuxième Sexe », en 1949, ne peut être minimisée. On y trouve cette fameuse phrase : « On ne naît pas femme, on le devient ». Et d’ajouter : « La nature ne définit pas une femme : c’est elle qui se définit elle-même ». Être une femme ne dépend pas d’une réalité donnée : c’est une construction sociale. Avec Simone de Beauvoir, on entre dans cette dissociation entre le sexe et le genre : le sexe est biologique, tandis que le genre est psychologique… et donc relatif, malléable, fluide. Et cet enjeu devient éminemment politique : dénier à quiconque le droit de déterminer son genre s’apparente à une oppression de laquelle il faut se libérer politiquement.

Les progrès technologiques permettent à Simone de Beauvoir et ses alliés d’envisager toutes sortes de possibles : le contrôle des naissances offre ainsi aux femmes de se libérer du risque de tomber enceintes, qui renforçait les inégalités avec les hommes. Simone de Beauvoir se réjouit d’être libérée de la tyrannie et de l’esclavage du biologique : l’autorité du corps peut être rejetée, la biologie peut être transcendée par la technologie. Au cœur du féminisme de Simone de Beauvoir, se trouve aussi un présupposé métaphysique clair : le refus de Dieu, puisque l’on rejette toute autorité du corps et toute signification qu’il pourrait avoir quant à l’identité personnelle.

« Et ainsi, la tyrannie de la famille biologique sera brisée »

Dans notre société contemporaine, cette distinction entre genre et sexe est devenue un élément intouchable quand il est question d’identité. Toute la question transgenre en dépend : en effet, comme le montre Trueman, « si le sexe et le genre sont inextricablement liés, un décalage entre le biologique et le psychologique doit être vu inévitablement comme un dysfonctionnement. Si par contre les deux sont détachés l’un de l’autre, le corps devient le problème, et le problème peut être traité par la médication et la chirurgie ».

Autre féministe militante radicale, Shulamith Firestone écrit dans « La dialectique du sexe » (1970) : « Le but final de la révolution féministe doit être non seulement l’élimination des privilège masculins, mais de la distinction des sexes : les différences génitales entre les êtres humains ne doivent plus importer ». Il faut aussi, pour elle, remplacer la norme hétérosexuelle par une « pansexualité », remplacer le rôle de la mère par une éducation collective et viser la reproduction par des moyens artificiels. « Et ainsi, la tyrannie de la famille biologique sera brisée », écrit-elle encore. Cette phrase résume finalement ce à quoi a voulu conduire la révolution sexuelle politisée : la destruction de la famille.

Les chrétiens vus comme étant « du mauvais côté de l’Histoire »

Nous devons être conscients que toutes ces idées font maintenant partie de notre « imaginaire social », c’est-à-dire que nos contemporains sont imprégnés de ces idées féministes et des idéologies des théoriciens de l’École de Francfort

Nous devons être conscients que toutes ces idées font maintenant partie de notre « imaginaire social », c’est-à-dire que nos contemporains sont imprégnés de ces idées féministes et des idéologies des théoriciens de l’École de Francfort. Ils ont intégré la notion de révolution sexuelle et l’idée selon laquelle il faut se battre politiquement pour la liberté sexuelle. Défendre la famille traditionnelle ou une quelconque moralité sexuelle, c’est être du mauvais côté de l’Histoire, c’est être irrationnel, c’est participer à cette oppression qui empêche des individus d’être véritablement eux-mêmes et donc d’être heureux, c’est être un tyran sans cœur… La révolution sexuelle a triomphé, et nous verrons dans notre prochain article comment cela se manifeste aujourd’hui.

Note de l'éditeur : 

 

Les articles de la série :

Pourquoi l’idéologie transgenre a triomphé (1)

Pourquoi l’idéologie transgenre a triomphé (2)

Pourquoi l’idéologie transgenre a triomphé (3)

Pourquoi l’idéologie transgenre a triomphé (4)

Pourquoi l’idéologie transgenre a triomphé (5)

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