Le mentorat en pratique (3/3)

par Dimitris Vetsikas de Pixabay

Ce qu’est le mentorat (deuxième partie)

Avant de lire cet article, je vous invite à découvrir Le mentorat en pratique 1 ; Ce que le mentorat n’est pas, et  ce qu’est le mentorat (première partie).

Le mentorat est … 

Intentionnel

J’ai été longtemps un mentor naturel. Sans doute parce que le mentorat fait partie de mon ADN. J’ai été introduit dans le ministère sur l’appel de Nicolas Kessely qui m’a dit : « Nous avons besoin d’un gars comme toi dans notre équipe missionnaire : viens, je serai Paul, tu seras Timothée. »  J’ai quitté mon emploi séculier, grâce à une année de disponibilité, et je suis resté… près de 40 ans collaborateur de mon mentor ! Bien avant de réfléchir à une vision, une conceptualisation du mentorat spirituel, je le pratiquais déjà. D’autres avaient d’ailleurs reconnu en moi ce rôle et m’avaient encouragé. Cependant le mentorat devrait être intentionnel, en particulier pour clarifier le « contrat » entre le mentoré et son mentor, qui est défini d’abord par les attentes du protégé, mais aussi pour éviter un flou qui handicape la relation. Je dois savoir clairement si je suis mentor on non, faute de quoi mon intervention pourrait être vécue comme de l’abus spirituel.

Des permissions accordées par le mentor à son mentoré

Ceux qui se lancent et aspirent à des responsabilités dans l’Église ou le Royaume de Dieu ont besoin de permissions. Réfléchissez : nous avons tous, d’une façon ou d’une autre, besoin de légitimité, de confirmations pour nous lancer. La formation donne une légitimité. L’expérience en confère une. La fonction est un autre mode de légitimation. Mais au fond de nous, nous avons besoin que quelqu’un nous confirme. Le Seigneur avant tout, c’est certain… Mais un mentor aussi. Je me souviendrai toujours de la remarque de mon mentor, au début de mon ministère, dans une vieille camionnette Mercedes, au retour d’une soirée dans une église où j’avais prêché. Il était venu pour évaluer ma prédication : «  Alain, j’ai écouté ton message, à partir de maintenant, il n’est plus nécessaire que nous soyons tous les deux ensemble au même endroit. Tu peux assumer seul les prédications ! » Quelle permission ! Quel encouragement. La preuve ?  40 ans après, je me rappelle de cette conversation sur une route alsacienne un soir tard….

Le droit de tenter de nouvelles expériences

Les jeunes sont créatifs, et toujours prêts à refaire le monde. Quel privilège, quelle fraîcheur ! Il n’est pas facile pour les leaders en place, de donner la « permission » de tenter des choses nouvelles. Plutôt qu’encourager leur protégé à relever des défis -comme Jésus l’a fait avec ses disciples – ils réclament des preuves. Ce faisant, ces leaders oublient qui ils étaient quand ils sont entrés dans le ministère, leur âge et leur inexpérience d’alors ! En serait-il, dans le service pour Dieu, comme lorsqu’un jeune cherche à entrer sur le marché du travail ? « Trois années d’expérience exigées ! » Mais comment acquérir cette expérience si personne n’offre les conditions pour l’acquérir ? Relisez « Génération challenge ». Ce livre stimulera votre foi en la nouvelle génération.

Le droit de ne pas être conforme à ce qui a été fait

Le danger pour les leaders en place est aussi de ne donner des permissions, que dans un certain cadre. Si un jeune propose une idée, il a de grandes chances d’entendre : – oui mais ça, nous l’avons déjà fait ! Nous , nous avons essayé et  nous savons que cela ne marche pas…

Plutôt que d’accompagner, même jusqu’à l’échec pour que  cela devienne une expérience formatrice. Bien sûr il y a parfois de bonnes raisons pour temporiser l’ardeur de certains jeunes leaders. Mais il y en a trop souvent de mauvaises. Un ancien d’une église me disait récemment « Oui Alain, mais tu comprends, il faut contenter tout le monde ! » Donc pour ne pas mécontenter certains, on refuse le droit à des jeunes de développer ce que Dieu leur a mis à cœur ?

Le droit de ne pas être exceptionnel mais de viser l’excellence

Avec R. Anzenberger, nous avions lancé un programme, le R2E, Réseau des évangélistes émergents, pour former 100 évangélistes en 10 ans. Ce programme était largement basé sur le mentorat. Certains nous ont reproché de « faire de l’élitisme ». Il y avait pourtant dans ce programme un plombier, un médecin, un pâtissier, des  enseignants, des étudiants, des éducateurs,…. Sans discrimination. Des jeunes « comme tout le monde » ! Mais notre souci était d’être exigeant avec eux pour les encourager à viser l’excellence, à donner le meilleur d’eux-mêmes et ainsi glorifier Dieu. C’est différent

Par petites touches

J’aime beaucoup cette notion. Le mentor ne « renverse pas la table » à chaque fois. Au contraire, son recul -il n’est pas coach- sa vision globale de la personne et du ministère du mentoré, l’incite à… inciter avec délicatesse.

L’art de poser les bonnes questions

Comme dans toute relation d’accompagnement, questionner est l’outil principal du mentor : poser des questions qui permettent la prise de conscience, la découverte des angles morts, qui ouvrent sur de nouvelles pistes, qui facilitent la prise de confiance etc. Poser des questions, c’est éviter le jugement, la sentence, et la directivité. Je me souviens d’un de mes protégés évangélistes, venu passer quelques jours chez moi pour clarifier son appel, la direction de Dieu pour sa vie, reparti contrarié, avec plus de questions qu’en arrivant ! C’est plus tard qu’il me dira : – C’étaient les bonnes questions que je devais entendre, des questions d’évangéliste !

Questions :

Vous êtes mentor ?

  • Quelles permissions donnez-vous à votre mentoré ?
  • Cultivez-vous avec lui l’art des bonnes questions ?
  • Pouvez-vous lui dire que parfois vous ne savez pas ?
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