Le mentorat en pratique (1)

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Premier de plusieurs articles pour définir la pratique du mentorat. Commençons par ce que le mentorat n’est pas, afin d’éliminer quelques idées préconçues ou ambiguïtés.

6 choses que le mentorat n’est pas…

1. Se substituer à Dieu !

– Ah ! Les protégés ne peuvent plus prendre de décision sans leur mentor !

Cette critique témoigne d’une méconnaissance de la nature du mentorat et de sa pratique. Ou alors le mentor est perçu comme défaillant !

Au contraire, le mentorat est christocentrique. Souvenez-vous de l’objectif du mentorat [1]. J’aime beaucoup cette formule : le mentor accompagne à Christ comme Christ.

Le mentor n’est pas celui qui décide, mais qui pose des questions.

Exemple : je me souviens de la réaction d’un de mes protégés, venu passer quelques jours chez moi, pour réfléchir à son avenir. Il était reparti contrarié :

– J’avais plus de questions en repartant de chez toi qu’en arrivant ! Mais plus tard, il a ajouté :

– Tu as posé les bonnes, parce que c’étaient les questions d’un évangéliste pour un évangéliste.

Cela l’a beaucoup aidé à discerner la volonté de Dieu !

 

Le mentor, comme dit M. Engeli [2], doit aider son protégé à saisir les offres de Dieu.

Je réalise de plus en plus que le mentorat se développe enpartenariat avec le Saint-Esprit. Le mentor doit encourager son protégé à discerner l’action et la direction du Saint-Esprit dans sa vie et son ministère.

« Le Saint-Esprit est appelé le divin Conseiller. Il est activement présent dans la vie de ceux qui se réunissent pour discerner la volonté de Dieu. Les conseillers humains devraient considérer que leur tâche essentielle est d’aider les gens à prendre conscience des inspirations du Conseiller divin, pour les encourager à le suivre sans crainte.[3]  »

2. Une simple amitié

J’ai beaucoup d’amis, dans le ministère, ce n’est pas pour autant que je suis leur mentor, même si nous échangeons des choses profondes. Pour que je puisse l’être, il me faut une permission claire de la part de mon protégé et connaître exactement ce qu’il attend de moi. (Ces aspects seront traités dans un prochain article.)  Même si c’est un ami plus jeune. Ce serait abusif que de me considérer mentor. Il en va de même pour le point suivant.

3. Un conseiller

Conseiller quelqu’un ne fait pas de vous un mentor spirituel. Personnellement, je conseille plusieurs personnes – ou œuvres – mais je ne me sens pas engagé pour autant dans une relation mentorale. Je montrerai qu’il faut que le contrat soit clair, de part et d’autre, et les attentes définies.

Exemple : Je connaissais un jeune leader national français depuis de nombreuses années. Nous avions une vraie amitié. Je l’ai souvent conseillé, en particulier lors d’une crise dans son ministère. Nous parlions parfois chaque semaine. Mais j’ai dû lui faire remarquer :

– Je ne suis pas ton mentor. Sa réponse a été sans ambiguïté. En effet :

– Je ne te l’ai jamais demandé !

Il l’est (Je le suis ?) devenu… plus tard.

4. Un programme de formation

Le mentorat spirituel n’est pas un programme. Je me souviens d’une leader de jeunesse en France qui, après avoir lu le livre que j’ai co-écrit avec le docteur M. Sanders [4], m’a déclaré tout enthousiaste :

– Alain, j’ai lu ton livre sur le mentorat, je cherche des outils pour le pratiquer moi-même !

Pris de court, ma réponse spontanée a été :

– Mais l’outil, c’est toi : partage ce que tu es, et ce que tu as reçu de Christ.

Je vous renvoie à la définition du mentorat [5]

5. Une relation d’aide

Le mentorat est un accompagnement spirituel distinct de la relation d’aide. Il est possible qu’à un point du cheminement, le mentor perçoive que son mentoré a besoin d’aller plus loin sur certaines questions qui ne relèvent plus de ses compétences. Il n’hésitera pas à orienter son protégé vers une personne compétente. Le mentor doit également se sentir libre de se faire conseiller lui-même. À condition, bien sûr, de respecter la confidentialité. Cette possibilité m’a été plusieurs fois d’une grande aide.

Exemple : Au début de mon ministère de mentor, un de mes protégés m’a posé une question qui me paraissait relever du domaine de la relation d’aide plutôt que du mentorat. J’étais embarrassé pour répondre ; je me trouvais incompétent. À l’IBG, j’ai eu le privilège de croiser mon ami P. Millemann [6], enseignant comme moi. Je lui ai demandé :

– Que répondrais-tu à cette question qui m’est posée ?

Après un instant de réflexion, il m’a dit :

– À cette personne, je poserais quatre questions.

J’ai consciencieusement noté les questions pour les formuler dans un mail à mon protégé, qui, quelques semaines plus tard, m’a répondu :

– Merci ! C’est bon, tout est clair désormais !

 

6. Être parent de substitution

Cette question est délicate pour plusieurs raisons.

En France, les leaders dans l’Église et dans Royaume de Dieu sont issus de la génération sans père et sans repères[7]. Ils sont demandeurs de figures paternelles.

En Afrique, dans tous les pays que je visite,  je suis appelé Papa Alain ! Privilège de l’âge. Presque chaque pays a sa propre définition culturelle du père spirituel, chargée de non-dits ou d’intrusions spirituelles, parfois d’obligations non bibliques.

Et la première question posée est presque toujours :

– Le mentor est-il un père spirituel ? Cette question exprime une crainte. Il s’agit donc de lever toute ambiguïté.

 

Une citation séculière pour terminer :

« Le mentor n’est pas nécessairement un vieux qui cherche à transmettre un héritage dans un élan d’inquiétude sur ce qu’il restera de son passage ici-bas. C’est, au contraire, quelqu’un d’actif dans le même domaine que vous. Le mentor estcependant souvent dans une démarche de transmission autant que dans une démarche d’assistance.Je pense qu’un bon mentor est quelqu’un qui souhaite révéler votre potentiel et voir ce qu’il peut faire de vous [8]. »  Une belle convergence avec ce qu’est le mentorat spirituel, somme toute !

[1] L’objectif du mentorat spirituel : « Les 5 réservoirs » 1erpartie »

[2] Il le dit à propos de la relation d’aide, mais le principe vaut pour toutes les formes d’accompagnement.  Manfred Engeli, Les Offres de Dieu Éditions Je Sème.

[3] Henri Nouwen Le Chemin du désert, Éditions du Cerf, page 68

[4] Multiplier les leaders, M. Sanders A. Stamp, BLF-Editions

[5] Cf note 1

[6] Auteur de : La relation d’aide, vocation de l’Église. Éditions Exelcis

[7] D. Miller Éditions Ourania

[8] M. Ferrari https://esprit-riche.com/quest-ce-quun-mentor-comment-trouver-le-sien/consulté le 15 février 2019

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