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Ma crainte est que la perméabilité aux théories du complot soit un signe de mauvaise santé spirituelle.

Illustrations

Un compte Facebook, qui s’affiche comme chrétien, relaie une info « Le premier confinement a-t-il ralenti l’épidémie ? » Par WhatsApp un ami me demande ce que j’en pense. J’utilise Google, et je trouve la source : l’article provient du site Sputnick bien identifié.

Dans les pays occidentaux, RT et Sputnik s’associent volontiers aux populismes de droite, voire d’extrême droite, souverainistes, eurosceptiques et opposés à la cohésion transatlantique.  Maxime Audinet chercheur à l’Ifri.

L’épouse d’un leader, elle-même influente, me transmet une vidéo de TVL qui interviewe une généticienne qui démontre que le virus de la COVID 19 a été fabriqué par l’homme. TVL ? Une chaine d’extrême droite identitaire.  J’attire l’attention de cette amie, qui répond : – Je l’ai reçue d’une sœur en qui j’ai confiance !

Un leader spirituel prend beaucoup de temps lors d’une visioconférence de prière, pour mobiliser le groupe contre des restrictions supposées des libertés des chrétiens en France. Ses collègues sont réservés, à juste titre. L’article, s’il avait été lu jusqu’au bout, se termine pourtant par cette mention : – Cet article est un poisson d’avril !

Oui les mensonges existent

C’est un fait : on ne nous dit pas tout ! Les mensonges, dissimulations, manipulations existent. Mais pas pour autant l’existence d’un complot. Je suis plutôt surpris, par cette réalité : tout finit toujours par se savoir ! Certains prétendent qu’une force obscure s’efforce de dissimuler des faits délictueux, alors d’autres travaillent à tout révéler.

  • En politique ? Récemment un projet de loi a été déposé pour contrôler les ventes d’armes françaises. Parce que certaines pratiques inadmissibles ont été divulguées.
  • En médecine ? L’affaire du Médiator confirme que les méthodes cachées des laboratoires finissent par être démasquées. La moralité ?
  • Les abus sexuels, dans le sport sont dénoncés…
  • Histoire ? Soulignons que les lanceurs d’alerte, de nombreux journalistes font un travail exactement inverse de celui d’un complot, en portant à la connaissance du public, des faits jusque-là cachés.

L’impérieux besoin d’explication

« Les théories du complot sont aussi un moyen pour les gens de donner un contexte et un sens aux événements qui les effraient. Sans une explication cohérente des raisons pour lesquelles des choses terribles arrivent à des personnes innocentes, ils devraient accepter de tels événements comme n’étant rien de plus que la cruauté aléatoire d’un univers indifférent ou d’une divinité incompréhensible. » The Death of Expertise, Tom Nichols.

Interrogeons-nous sur notre besoin de tout expliquer, de tout comprendre. Que reflètent-ils ?   Si la curiosité est utile, nous devons accepter nos limites. Nous ne sommes pas capables de tout appréhender, de tout déchiffrer dans la masse des infos parfois contradictoires. Un besoin d’humilité pour dire : je ne sais pas, je n’ai pas d’avis ! Voire, je reste prudent et réservé.

Vulnérables

Il est possible que notre histoire personnelle explique notre attirance ou notre intérêt – ou notre vulnérabilité ? – face à certaines théories. Ma première épouse est décédée d’une sclérose en plaques. Pendant une certaine période circulait une spéculation qui prétendait que cette maladie aurait été provoquée par certains vaccins. Cette hypothèse est fausse. Mais j’aurais pu, confronté aux inconnues de cette maladie, à l’inacceptable de cette épreuve, désirer à tout prix une explication, une réponse… Plus généralement ce que nous avons vécu, ce qu’on nous a inculqué, nous rend perméables à certaines théories, au-delà du rationnel.

Conduits par nos émotions

Nous sommes en danger de réagir, voire sur-réagir. Nos émotions sont sollicitées par l’avalanche d’informations, tous médias confondus. Souvent devant des évènements violents, difficiles à expliquer. Et nous ne supportons pas l’absence de réponse.

Les théories [de la conspiration] font également appel à une forte tendance au narcissisme : il y a des gens qui choisiraient de croire à des absurdités compliquées plutôt que d’accepter que leur propre situation est incompréhensible, résultat de problèmes dépassant leur capacité intellectuelle à comprendre, ou même leur propre faute.

Autrement dit : – Les masses ont été trompées par les médias et/ou le gouvernement, mais je suis spécial et différent, et je connais la vérité !  Joe Forrest. sur https://medium.com/interfaith-now/why-your-christian-friends-and-family-members-are-so-easily-fooled-by-conspiracy-theories-5c36a835ef07

« Les théories du complot jouent sur notre peur en nous fournissant une émotion plus puissante : la rage. La peur peut si rapidement se transformer en colère parce qu’elle fournit un objet : ils sont à blâmer, ils ont causé cela, ils méritent d’être punis. » Andrew McDonald, directeur associé de l’Institut Billy Graham, Christianity Today.

De tous temps, les gens ont privilégié l’émotion comme source et critère de vérité, plutôt que la raison, l’expérimentation et les sources d’autorité. Pr. Felipe Fernandez Armesto in Truth – A History and a guide for the perplexed

Besoin de contrôle

Et si cette volonté, pour nous chrétiens, de savoir, d’être au courant, de connaitre la vérité à tout prix, relevait en réalité d’un désir profond de contrôle ? Désir non avoué opposé à la confiance que nous devons avoir en Celui qui règne.Nourrissons-nous notre âme des infos ou de la Parole de Dieu ? Peut-être la comparaison du temps passé sur les réseaux sociaux au temps passé dans la médiation et la lecture de la Bible sont-ils un indice.

« Les théories du complot parlent de notre désir de faire partie d’une histoire plus grande que nous. Et ce qui me frappe, c’est que les chrétiens devraient déjà croire que c’est vrai. Les chrétiens ne devraient pas avoir besoin d’adhérer aux théories du complot pour se sentir spéciaux, ou pour donner un sens au monde, ou pour rendre leur vie plus excitante.

Mais nous sommes tellement ravis par les théories du complot que je me demande si nous croyons que servir le Dieu créateur de l’univers est vraiment suffisant. » Joe Forrest.

La question posée par l’auteur est redoutable, pour des leaders spirituels, mais elle mérite toute notre attention.

Le besoin de savoir

Je crains que dans cet intérêt pour certaines théories, nous devions débusquer une tentation cachée. Celle d’affirmer notre valeur au travers de ces idées que nous partageons à l’envi via les réseaux sociaux. Dans Radicalement ordinaire, l’auteur écrit :

« Nous trouvons notre valeur lorsque nous jouons un rôle dans le grand scénario de l’histoire du monde. » Radicalement ordinaire Éditions BLF page 68.

Nous aimons être informés, montrer notre savoir, notre discernement. Nous aimons informer les autres et les mettre en garde.

Nous aimons être informés, montrer notre savoir, notre discernement. Nous aimons informer les autres et les mettre en garde. Les réseaux sociaux ne font qu’amplifier notre faiblesse. J’ai repéré quelque chose qui me semble bizarre, ou qui va dans le sens de mes dadas, je like, je partage, je retweet, je réponds, je commente… Parfois même, disons-le, sans avoir lu l’article. Et encore moins cherché à vérifier la source. Pourquoi ultimement ? Parce que j’existe ! Sans compter que les likes et autres j’aime déclenchent, c’est connu, les circuits du plaisir dans notre cerveau.

Et puis il y a, pour nous évangéliques, un risque supplémentaire : celui de vérifier nos croyances, en particulier eschatologiques à l’aune de l’actualité. Exemple : la fameuse marque de la bête. J’ai entendu dans le passé différentes explications, qui se sont démenties. Au début des années 80, j’animais une émission de radio locale. Je me souviens- et j’en rougis encore- avoir consacré une émission au code-barres, aujourd’hui généralisé. Un frère, informaticien, expliquait très sérieusement que celui-ci était la fameuse marque de la bête. La preuve ? Les trois doubles barres plus hautes que les autres signifiant 6 ! Plus d’humilité et moins de certitudes mal placées, nous auraient évité le ridicule !

L’orgueil spirituel ?

L’affichage de certitudes, de convictions fortes sur des questions polémiques et non bibliques m’interroge. La certitude que certains chrétiens affichent à propos de certaines théories, n’est-elle pas une forme d’orgueil spirituel – plus ou moins inconscient ? L’allégation d’un supposé discernement, y compris d’un discernement spirituel. – Moi je vois des choses, je comprends des choses ! (Sous-entendu que les autres ne voient pas !) – Ça c’est le diable qui est à l’œuvre ! – Moi j’ai la conviction que… Malheur à vous si vous émettez une pensée qui remette ces certitudes en question ! Les leaders spirituels devront être les premiers à manifester, sur ces sujets aussi, de l’humilité.

Le droit de ne pas savoir

Je pense que nous savons trop de choses. A. Soljenitsyne, prophétique, dans son fameux discours d’Harvard déclarait :

 « Tout le monde a le droit de tout savoir ! » est un slogan faux, fruit d’une époque fausse

« Tout le monde a le droit de tout savoir ! » est un slogan faux, fruit d’une époque fausse ; d’une bien plus grande valeur est ce droit confisqué, le droit des hommes de ne pas savoir, de ne pas voir leur âme divine étouffée sous les ragots, les stupidités, les paroles vaines. Une personne qui mène une vie pleine de travail et de sens n’a absolument pas besoin de ce flot pesant et incessant d’information. »

https://www.foietviereformees.org/alexandre-soljenytsine-discours-de-harvard/

Est-ce que nous, leaders spirituels, pouvons prendre de la distance par rapport à tout ce que nous pouvons entendre et lire, faire le tri entre ce qui est essentiel et ce qui ne mérite pas notre attention ?

La haine

Récemment interrogée, Elizabeth Badinter expliquait que derrière les théories du complot se trouvait ultimement la haine. La haine et la volonté de trouver un coupable. Nous vivons une période d’incertitudes, sombre. Sommes-nous inquiets ? Sur qui cristallisons-nous nos frustrations, nos peurs, nos inquiétudes ? Dans une forme de haine vis à vis de ceux qui nous gouvernent ? Sur les grands laboratoires ?  Sur « ceux » qui nous mentent ? Sur une explication qui nous rassure parce que vraisemblable ?

Vérité VS mensonge

Ed Stetzer écrit :

« S’il y a un groupe de personnes qui devrait se soucier de la vérité, ce devrait être celui qui croit que « la vérité vous rend libre » ».

Proverbes 6 est clair :

« Il y a six choses que l’Éternel déteste, et même sept dont il a horreur […] le faux témoin qui dit des mensonges et celui qui provoque des conflits entre frères. » Proverbes 6: 17 à 19

Nous devons être très vigilants. Exercer notre discernement. Nous sommes responsables de nos choix médiatiques. À qui faites-vous confiance ? À Facebook ? Aux chaînes d’info continue ? Ou aux médias qui font un vrai travail journalistique ? Ce qui ne veut pas dire que nous devons tout croire, nous avons raison d’être sceptiques. Mais soyons-le aussi vis-à-vis des autres sources d’informations… en particulier des réseaux sociaux… Critiques aussi vis-à-vis d’une certaine culture évangélique.

« Peut-être que nous étions si nombreux à être convaincus par les livres de Left Behind [L’instant d’après, en français] et par une interprétation fabriquée de la prophétie biblique qu’un gouvernement satanique du monde se profilait à l’horizon que nous avions la capacité de « décoder » les indices des événements actuels qui prédisent l’apocalypse. Peut-être que nous avons été conditionnés par notre propre système de croyance selon lequel il existe une réalité spirituelle cachée, et que le fait de faire le saut vers un « gouvernement de l’ombre caché » n’est pas si important. » Joe Forrest

Nous avons, comme chrétiens, un devoir de vérité, et un devoir d’unité. Je pense à ce verset :

Refusez de participer aux calomnies, ne laissez aucun propos blessant ou inconvenant, ou simplement inutile, franchir le seuil de vos lèvres. Cherchez les mots qui aident et encouragent. Que chacune de vos paroles contribue au progrès spirituel des autres ; dites à propos, elles pourront être le moyen par lequel Dieu bénira ceux qui vous entendent.
Éphésiens 4:29 Parole Vivante

Appliquer à notre présence sur les réseaux sociaux, ou dans certaines conversations, appliquer ce verset pourrait faire des prodiges !

Vérité et témoignage

Daniel Bennett pose une question cruciale.

 Si les chrétiens diffusent des théories conspirationnistes [à propos des élections, ou des vaccins, etc ], quelle crédibilité aurons-nous lorsque nous annonçons au monde la Bonne Nouvelle d’un Sauveur ressuscité ? […]

« Si les chrétiens diffusent des théories conspirationnistes [à propos des élections, ou des vaccins, etc ], quelle crédibilité aurons-nous lorsque nous annonçons au monde la Bonne Nouvelle d’un Sauveur ressuscité ? […]

Paul exhorte Timothée et son église à n’avoir rien à faire avec des « mythes irrévérencieux et stupides” (1 Tim. 4:7).

Cela implique notre capacité à discerner les faits de la fiction et à le faire sans la béquille rassurante du préjugé de confirmation. Les médias sociaux facilitent plus que jamais l’adoption de sources réconfortantes plutôt que légitimes. Tout comme l’Église primitive a été mise en garde contre l’adoption d’informations tentantes mais médiocres, nous le sommes nous aussi. »

Daniel Bennett est professeur associé de sciences politiques à l’université John Brown. https://www.christianitytoday.com/ct/2021/january-web-only/christian-victory-election-loss.html?utm_source=twitter&utm_medium=post&utm_campaign=article

Alimenter la vraie passion

Voici le témoignage d’un pasteur américain:

Confession : En tant que pasteur en Amérique rurale, je me rends compte de ce sentiment sous-jacent de honte profonde. Je sens que les gens de NOTRE église ont pleinement adhéré aux théories du complot et ont apparemment perdu tout intérêt pour l’évangile que nous avons tenu semaine après semaine depuis près de 12 ans. https://twitter.com/TheCarolinaDon

Ces propos honnêtes ont déclenché une avalanche de réactions. Pourtant l’enjeu semble clairement identifié. Et un certain constat posé. Constat renforcé par les déclarations du président de L’Alliance Évangélique Mondiale. Donc, malgré ses efforts, ses paroissiens se sont passionnés pour autre chose que la parole de Dieu. Constat renforcé par cette déclaration du président de l’Alliance évangélique mondiale.

Notre plus grand problème est que la connaissance de la Bible s’efface. C’est le plus grand problème que nous ayons au-delà de toutes les différences théologiques, des problèmes financiers et des questions politiques. […] Parce que si les évangéliques ne connaissent plus la Bible, cela n’a aucun sens que nous soyons un mouvement biblique. Nous n’avons rien d’autre. Nous n’avons pas de pape, nous n’avons pas de structure qui nous maintient ensemble, peu importe ce que nous croyons. Nous devons nous asseoir et étudier la Bible, connaître les Écritures, et être correctement équipés pour le ministère. Thomas Schirrmacher, https://www.christianpost.com/news/wea-head-biblical-illiteracy-utmost-problem-facing-church.html

Cultiver votre terrain

Proverbes suggère quelques règles d’hygiène pour fortifier notre santé spirituelle

Celui qui marche dans l’intégrité sera sauvé, mais celui qui suit deux voies tortueuses tombera dans l’une d’elles. Proverbes 10 : 9

Sur quelles voies peut nous mener un penchant vers ces théories ? Qu’allons-nous en retirer ? La joie, la paix ? L’intégrité : ne partager que la vérité, donc des infos vérifiées, garder notre réserve sur des questions pour lesquelles nous n’avons pas de compétence, sont-elles importantes à nos yeux ? Sont-elles importantes au regard de nos relations ?  Alors que nous alimentons, relayions des propos non vérifiés, non fondés, le diable doit bien se réjouir.

Celui qui cultive son terrain est rassasié de pain, celui qui poursuit des réalités sans valeur est rassasié de pauvreté. Proverbes 12 : 11

Avec les réseaux sociaux, les moyens de communication qui nous interconnectent, nous sommes sommés de participer à des débats, à des échanges d’opinons qui ne sont pas les nôtres. Qu’est-ce qui nous occupe ? L’urgence de relayer une vidéo qui prétend exposer la vérité sur les vaccins ou l’avance du Royaume de Dieu ? Quelle part de cette mission Jésus vous a-t-il confiée ? Qu’est-ce qui finalement occupe nos cœurs, nos pensées ? A quoi consacrons-nous notre énergie, notre temps ?

Dépendons du Seigneur

Faites tout ce que vous avez à faire, dites ce que vous devez dire, dans la dépendance du Seigneur Jésus. Adressez par lui vos remerciements à Dieu le Père. Colossiens 3:17 Parole Vivante

Oui nous sommes vulnérables, brassés émotionnellement, désemparés devant les évènements du monde, face à nos propres épreuves… Oui nous avons peur, nous ne comprenons pas tout, oui on nous ment parfois… Mais nous dépendons du Seigneur. Cette dépendance nous sécurise, nous rassure. Nous ne sommes pas livrés à de quelconques manipulateurs. Nous lui appartenons. Il est notre berger.  C’est bien là l’essentiel. Ne le perdons pas de vue et recentrons-nous sur lui et notre mission de le refléter.

Nous, leaders spirituels, souvenons-nous que nous ne pouvons accompagner personne plus loin que là où nous sommes nous-mêmes.

Enfin, mes frères, que tout ce qu’il y a de vrai, de noble, d’honorable, ce qui a une réelle valeur et qui est juste, pur et digne d’être aimé occupe vos pensées. Tendez vers tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite la louange. Philippiens 4:8 Parole Vivante

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