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Il faut que nous parlions de Bruno

Le Encanto de Disney montre le Sauveur

Je commence souvent ma journée en entendant les pas, pas si silencieux, de ma fille de 4 ans qui tente de se faufiler dans la cuisine et qui murmure à notre Google Home : « Hey Google, joue Encanto. » Si nous ne l’en empêchions pas, les chansons du film à succès Encanto de Disney, qui vient de remporter l’Oscar du meilleur film d’animation, seraient diffusées en boucle dans notre maison. Ma fille n’est pas la seule. En une seule semaine de février, « We Don’t Talk about Bruno » a attiré 69,3 millions de flux et s’est emparé de la première place du Billboard, tant sur les palmarès américains que mondiaux.

Cette chanson entraînante est l’un des points forts du film, et pour cause. L’oncle Bruno, mystérieux et étranger, s’avère être le point central de l’intrigue d’Encanto, qui suit les pas d’une famille magique (les Madrigal) dans un lieu caché en Colombie appelé Encanto (en français, « pris sous un charme » ou « délice »). La magie d’Encanto a béni tous les enfants Madrigal, sauf Mirabel (Stephanie Beatriz). Son étrange absence de capacité spéciale est le premier indice que la magie d’Encanto est en danger. La quête de Mirabel pour découvrir la raison du problème la conduit à Bruno (John Leguizamo)  qui a été rejeté par la famille à cause de ses prophéties de malheur. Bruno mettait en garde les membres de la famille contre l’avenir, et ceux-ci le blâmaient lorsque ses prédictions se réalisaient.

C’est cette dynamique qui est racontée dans « On ne parle pas de Bruno ». Regardez :

Alors que je regardais le film, je ne pouvais m’empêcher de relever les parallèles entre Bruno (le prophète rejeté mais qui dit la vérité) et Jésus-Christ. Je doute qu’aucun de ces parallèles n’ait été voulu par Disney, et il est généralement sage d’éviter de lire dans les personnages de films plus de « figure christique » qu’il n’en existe. Mais pour reprendre les propos de Sally Lloyd-Jones, Encanto est un film qui murmure le nom de Jésus. Voici ce que je veux dire.

1. Le prophète est rejeté et réduit au silence parce qu’il dit la vérité.

Comme Jésus, Bruno est un prophète qui n’est pas honoré dans sa patrie (Marc 6:4). Cet oncle, qui est bien intentionné, dit la vérité à ceux qu’il aime afin de les préparer à ce qui va arriver. Mais au lieu de recevoir l’avertissement, ceux qui entendent ses paroles ne font que blâmer Bruno d’avoir apporté le désastre. C’est également le cas de Jésus. Un exemple se trouve en Matthieu 12, où Jésus chasse un démon de la personne d’un homme aveugle et muet. Les pharisiens observent l’accomplissement de ce miracle, et pourtant, accusent Jésus de l’avoir réalisé par la puissance de Satan (v. 24). Jésus leur explique rapidement que si Satan s’attaque lui-même, son royaume va bientôt tomber en ruines. « Mais si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, » continue Jésus, « alors le royaume de Dieu s’est approché de vous » (Matt. 12:28).

De même, la famille Madrigal, en tant que « foyer divisé contre lui-même », est littéralement en train de s’effondrer ; ses pouvoirs royaux ne tiendront pas. Les Madrigal n’ont pas les yeux pour voir que Bruno pourrait être un prophète apportant le royaume plutôt que celui qui le détruit.

Comme Jésus, Bruno est un prophète qui n’est pas honoré dans sa patrie.

Comme Bruno, le prophète qui dit la vérité, Jésus est aussi rejeté par ses propres disciples, même ceux du cercle rapproché comme Pierre, qui a repris Jésus parce qu’il avait suggéré que le chemin de la souffrance était nécessaire (Matt. 16:22) et qui, ensuite, a nié le connaître (Matt. 26:69–75). En fait, le déni effronté par Pierre de tout lien avec Jésus ressemble beaucoup à la honte embarrassée des Madrigal lorsqu’ils se dissocient de Bruno. Pierre et d’autres qui ont abandonné Jésus auraient tout aussi bien pu dire : « Nous ne parlons pas de Jésus ! »

Jésus « est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1:11). Comme Bruno, il est un prophète de la vérité rejeté et fui par les siens.

2. Le prophète rejeté et réduit au silence est réellement celui qui maintient la famille unie.

La famille Madrigal pensait que Bruno s’était enfui. Mais dans sa quête de la vérité, Mirabel découvre qu’il vit en réalité dans les murs de la maison familiale. Et ce n’est pas tout : c’est lui qui fait tenir la maison. Même s’il a été mis à l’écart, Bruno continue de travailler activement et de manière désintéressée pour le bien de la famille. Il répare les murs fissurés par le rejet injuste de sa famille.

Bruno, le fils rejeté, est celui qui intercède en faveur de la famille-même qui l’a trahi. Quelle peinture de Christ ! Alors qu’il est sur la croix, les anciens et les principaux sacrificateurs se moquent de lui : « Il a sauvé les autres ; il ne peut se sauver lui-même » (Matt. 27:42). Mais comme D. A. Carson le montre bien : « S’il s’était sauvé lui-même, il n’aurait pu sauver les autres ; la seule manière, pour lui, de sauver les autres était précisément de ne pas se sauver lui-même. » La beauté de l’amour désintéressé de Christ pour sa famille, même après qu’ils l’aient rejeté, est peut-être saisie le mieux dans ses paroles prononcées sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23:34). Bruno, lui aussi, regrette que sa famille ne sache pas ce qu’elle fait, mais il l’aime quand même et lui pardonne volontiers.

3. La famille est guérie seulement quand elle reçoit le prophète qu’elle avait rejeté.

La résolution du drame d’Encanto intervient lorsque Bruno est embrassé et accueilli de nouveau dans la famille. La chanson qui est jouée pendant cette belle scène de restauration s’appelle « All of You ». La matriarche de la famille accueille Bruno à bras ouverts en chantant : « Le miracle n’est pas une magie que tu possèdes / le miracle c’est toi ; pas un don, juste toi. / Le miracle, c’est toi. / Tout de toi, tout de toi. » Ce n’est qu’après avoir reçu Bruno comme « le miracle » que la famille peut commencer à guérir et à reconstruire son paradis brisé.

D’une façon comparable, ceux qui suivent Jésus sont appelés à croire et à recevoir « le miracle » de la personne de Christ : son incarnation, sa mort et sa résurrection. En outre, nous sommes appelés à embrasser « tout » Jésus, et pas seulement les choses qu’il dit qui nous plaisent ou les aspects de sa personnalité que nous apprécions le plus. Enfin, ce n’est que lorsque nous confessons le Christ comme le miracle du salut de Dieu, un serviteur souffrant envoyé pour nous réconcilier avec le Père, que nous recevons notre nouvelle identité familiale (Marc 3:35). Comme Jean l’écrit : « à tous ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés ni du sang, ni de la volonté de la chair, mais de Dieu » (Jean 1:12–13).

Bruno n’est en aucun cas une image parfaite de Jésus. Il y a des endroits dans le film où les résonances christologiques s’effondrent. Pourtant, en présentant Bruno comme un prophète autrefois rejeté, qui dit la vérité et qui, lorsqu’il est reçu par la foi, apporte la guérison et la plénitude, Encanto offre une ombre de notre véritable Sauveur. C’est un cadeau lorsque des films populaires offrent un tel support à la réflexion théologique et aux connexions évangéliques, en particulier pour les jeunes spectateurs. Alors, même si vos enfants chantent, comme ma fille : « On ne parle pas de Bruno », peut-être devrions-nous répondre par « Nous avons besoin de parler de Bruno ». Et voir où va la conversation.

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