Communiquer l’Évangile dans un monde de textos, de tweets et de distractions

Je m'attendais à une révolte, j'ai reçu de la gratitude. J'avais anticipé les critiques m'accusant d'être un vieux grincheux, mais mes étudiants m'ont dit qu'ils avaient ressenti comme un soulagement. Je venais juste d'annoncer ma décision de ne plus accepter les ordinateurs et les téléphones portables (ou tout autre appareil technologique) dans ma salle de classe. J'enseigne un cours intitulé “Principes du raisonnement biblique” dans un petit collège chrétien, et je désire que le temps que nous passons ensemble soit riche en échanges afin de savoir pourquoi nous croyons en ce que nous croyons. Cependant, les élèves qui actualisent leur statut Facebook, envoient des textos à leurs amis ou regardent les résultats du foot ne contribuent pas à créer l'atmosphère à laquelle j'aspire.

Le cours inclut une formation à l'évangélisation, et il me semble que le principal élément pour un évangéliste devrait être une bonne qualité de discussion. Mais hélas, cette vérité “simple” est loin d'être simple en ce moment. Plusieurs ont raison de déplorer la mort (ou plutôt la chute progressive) d'une bonne conversation. L’impact sur l'évangélisation est un de mes grands combats pour savoir comment nous pouvons proclamer la vérité de l'Évangile dans une culture de distractions.

Si nous espérons engager une conversation sur des sujets aussi lourds comme la connaissance de Dieu, la conviction de péché, et la foi en la mort de Christ, nous avons besoin d'avoir un certain niveau de compétences dans l'écoute, pour poser les bonnes questions et poursuivre une conversation riche. Si nous n'arrivons pas à capter l’attention d’une personne quand nous lui parlons de la météo ou de son travail, nous trouverons sûrement très difficile de lui parler à propos de l'éternité ou de son âme.

Écouter, c’est comme apprendre une langue étrangère

Quand je fais des formations à l'évangélisation dans les Églises, j'inclus un atelier sur “l’art d’écouter”. Je réunis deux personnes et l'une d'elles commence le dialogue pendant que l'autre n'est autorisée qu'à poser des questions. J'espère que cela les aide à engager un dialogue à double sens plutôt que le très pratiqué “monologue simultané”. Pour certains, c'est comme apprendre une langue étrangère.

De plus, j'ai été encouragé et mis au défi en lisant l'article de Sherry Turkle paru dans le New-York Times et qui s'intitulait “Arrêtons de chercher sur Google. Parlons” ! Cet article concernait ses recherches sur l’intrusion nuisible de la technologie dans nos conversations. En tant que professeur en sociologie des sciences et des technologies au M.I.T, madame Turkle se concentre sur un aspect : “qu'est-il arrivé aux conversations en tête-à-tête dans un monde où tant de personnes déclarent qu'elles préfèrent envoyer des sms plutôt que de parler ?”

“Quand deux personnes sont en train de parler”, Sherry Turkle croit que “la simple présence d'un téléphone sur la table ou dans leur champ de vision, change le sujet de leur conversation et leur connexion mutuelle”. Elle cite des recherches qui suggèrent un déclin significatif de l'empathie chez les collégiens, qu'elle attribue à l'augmentation des téléphones portables, et spécialement des textos. Mais elle voit quelques mérites au point de vue d'un collégien qui déclare : “Nos textos sont bien. C'est le fait d'écrire des textos pendant que l'on discute ensemble qui est le problème”.

Sherry Turkle place la conversation tellement haut dans ses valeurs qu'elle la décrit quasiment avec des termes théologiques : “La conversation est la chose la plus humaine et la plus humanisante chose que nous faisons”. De fait, elle déplore le déclin de la conversation parce que cela conduit à la solitude, affecte notre capacité à manifester de l'empathie, et diminue notre capacité de concentration. Elle insiste aussi sur le fait que “Nos téléphones ne sont pas des accessoires, mais des éléments psychologiques puissants qui ne changent pas seulement ce que nous faisons, mais aussi qui nous sommes”.

Reprenez la conversation

Mais madame Turkle est loin d'être désespérée. Elle n'est pas si extrême dans les solutions qu'elle propose : “La solution n'est pas de laisser tomber nos téléphones, mais de les utiliser avec de meilleures intentions. Nous devons redevenir maître de nos conversations”. Elle offre en plus quelques suggestions pour commencer à déconnecter de nos téléphones et se reconnecter avec nos amis : 

  • “Nous pouvons choisir de ne pas avoir nos téléphones en permanence sur nous.”
  • “Nous pouvons laisser nos téléphones dans une pièce et aller jeter un coup d'oeil toutes les heures ou toutes les deux heures pendant que nous sommes en train de travailler sur autre chose ou pendant que nous parlons à quelqu'un.”
  • “Nous pouvons nous créer des espaces sans appareils à la maison ou au travail, des espaces sacrés pour conjuguer les vertus de la conversation et de la solitude.”

J'aimerais ajouter quelques suggestions pour améliorer notre vie spirituelle et nos efforts dans le domaine de l'évangélisation : 

  • Mettez votre téléphone dans une autre pièce pendant que vous lisez votre Bible (celle en papier ! ) et que vous priez.
  • Laissez votre téléphone dans la voiture pendant que vous participez au culte dominical.
  • Décidez d'avoir des réunions ou des conversations dans des lieux dépourvus d'appareils électroniques, surtout avec les personnes qui se concentrent sur une relation fraternelle ou une potentielle rencontre avec un non-chrétien.
  • Créez-vous un objectif de devenir plus à l’aise dans les conversations en tête-à-tête (ce qui demande un peu d'entraînement).
  • Développez de l’aisance dans la méditation biblique et la solitude.

Nous sommes des êtres relationnels et sociaux

Alors que Sherry Turkle n'a pas d'objectifs pour le discipulat dans l'application de ses recherches, il est facile de voir comment elle peut nous aider quand nous recherchons premièrement le Royaume de Dieu. Sa voix résonne presque comme celle d’un prédicateur quand elle déclare : “Il est temps que nous reconnaissions les conséquences indirectes des technologies qui nous rendent vulnérables, et que nous respections la résilience qui a toujours été la nôtre”.

Dieu nous a créés en tant qu'êtres relationnels et sociaux comme lui-même. Étant donné que nous essayons de faire découvrir ce Dieu à des personnes, nous pouvons paver le chemin d'une évangélisation riche en gardant nos yeux sur leurs visages, nos oreilles attentives à leurs mots, et nos téléphones dans nos poches.


Traduction : Sarah G.

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