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Au milieu des années 1800, Eliza Wigham et l’Edinburgh Ladies’ Emancipation Society sont montées sur les falaises de Salisbury Crags et ont gravé un message dans l’herbe: «Rendez l’argent.» Le geste visait l’Église libre d’Écosse, l’exhortant à rendre les dons qu’elle avait reçus de propriétaires d’esclaves américains. Eliza écrivit ensuite un livre et des articles dans les journaux pour défendre des causes qu’elle jugeait incompatibles avec l’Évangile, devenant plus tard une voix majeure du mouvement pour le suffrage féminin en Écosse.

En 1835, Henriette Feller quitta la Suisse pour le Bas-Canada, convaincue que la foi devait s’exprimer par le service et la compassion. Installée à Grande-Ligne, elle fonda des écoles, soutien des familles en difficulté et planta les graines de ce qui deviendrait le mouvement évangélique au Québec.

Ces femmes chrétiennes ne sont que deux parmi tant d’autres portées par leur foi vers l’engagement. Face à une injustice morale, armées de l’Écriture, elles sont devenues la voix de la vérité.

Dans notre culture séculière actuelle, les femmes chrétiennes reviennent sous les projecteurs, mais souvent pour des raisons peu flatteuses. Des articles récents décrivent une supposée «séduction» des femmes vers une vie traditionnelle, partant d’une compréhension étroite et erronée de l’éthique chrétienne et du complémentarisme, où les femmes seraient reléguées au rôle de ménagères passives et les hommes à celui de seuls pourvoyeurs.

Cette représentation ne fait pas seulement fi de l’autonomie des femmes qui choisissent librement ce mode de vie, elle déforme également le complémentarisme en le réduisant à des stéréotypes de genre issus de l’ère post-industrielle. Plus encore, elle efface la véritable diversité présente dans les milieux évangéliques: des femmes écrivaines, enseignantes, médecins, avocates, entrepreneures, dirigeantes, et nous transforme en une caricature simpliste. Le résultat est un récit fondé sur une mauvaise compréhension d’un mouvement façonné par des femmes chrétiennes comme Eliza Wigham, Henriette Feller, Jeanne Mance et la Reine Clotilde, dont les vies témoignent d’un héritage bien plus riche et varié.

Ainsi, dans l’esprit de ces femmes, j’ai pris la plume pour défendre ceux et celles qui, dans notre société québécoise séculière, ont rarement une voix: les chrétiens, particulièrement les protestants, et plus particulièrement les femmes. Il n’a pas été nécessaire de graver des mots dans une falaise, mais Le Devoir m’a gracieusement offert l’espace pour proclamer la vérité avec mon article, Nous ne sommes pas des caricatures, nous, les femmes évangéliques, dans un monde où la véritable moralité est perdue et souvent perçue comme une ennemie du progrès.

Mon objectif en écrivant cet article était de montrer que le christianisme et ses femmes ont souvent été à l’avant-garde du véritable progrès. Contrairement aux idées reçues, nous comptons parmi les personnes les plus heureuses et satisfaites ; non pas grâce à nos propres mérites, mais parce que nous avons une nouvelle vie en Christ et une joie inexprimable. Nous avons un accès privilégié au cœur de Dieu, qui nous pousse vers nos divers appels, lesquels impliquent souvent un travail en dehors du foyer.

Nous sommes motivées non pas par des règles morales vagues, mais par le désir d’aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur (Matthieu 22.37), de prendre soin des vulnérables (Jacques 1.27), et de rester pures par le renouvellement constant de notre esprit (Romains 12.2).

Les femmes sont une part indispensable du Royaume de Dieu; Jésus lui-même l’a affirmé dans sa manière de traiter les femmes, comme le souligne Rebecca McLaughlin, et comme en témoigne la présence de femmes dans des rôles de leadership dans l’Église primitive, surtout dans le rôle de diaconat.

Les femmes sont indispensables au tissu social diversifié, particulièrement les femmes chrétiennes qui demeurent fidèles aux valeurs qui l’ont tissées à l’origine, et pourtant aujourd’hui nous sommes souvent mal représentées dans les médias. Il ne s’agit pas ici de se plaindre ou de chercher à se justifier auprès d’une culture qui peut sembler hostile, mais de reconnaître que la déformation de la vérité comporte de réelles conséquences: des femmes sont blessées, des enfants abandonnés, des bébés avortés, et des groupes vulnérables toujours plus exploités.

Historiquement, les femmes ont été engagées dans des œuvres de compassion, et lorsque celles qui demeurent attachées à la moralité biblique sont dépeintes de manière erronée, c’est la société elle-même qui risque de décliner davantage. Nous ne faisons peut-être pas face à l’esclavage comme Eliza ou au manque d’éducation comme Henriette, mais dans cette ère de laïcité intense, nous aussi sommes appelées à défendre la vérité — sur qui nous sommes, sur notre foi et sur notre culture.

Nous ne devons plus rester sur la touche. Il est temps que notre voix se fasse entendre.

 

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