Certains facteurs contextuels ont rendu la fidélité plus difficile pour nous. L’un d’eux est le milieu culturel de l’évangélisme nord-américain, dans lequel se trouvent (pour le meilleur ou pour le pire) la plupart des personnes qui nous influencent sur le plan théologique. L’idylle conservatrice des années 1950 et l’idylle progressiste des années 1960 sont plus importantes aux États-Unis qu’ailleurs, et la discussion sur les hommes et les femmes dans l’Église s’est entremêlée avec toutes sortes d’autres conversations sur la tradition, le changement social, l’ordre, les relations raciales, la sexualité, les armes à feu, l’avortement, l’économie et la politique. La question de savoir qui exerce la fonction d’ancien est liée à la question de savoir qui prend la parole lors d’une réunion d’Église, qui prend les décisions et même qui conduit la voiture familiale. Cela peut poser problème dans d’autres parties du monde. Nous avons parfois tellement essayé de résister à la vague culturelle que nous nous sommes comportés de façon excessive et nous avons fini par nous retrouver en territoire extrabiblique (voire non biblique) : en voyant par exemple l’Amérique moyenne de l’après-guerre dans le Nouveau Testament, en rabaissant nos sœurs, en qualifiant de libéraux ceux qui ne sont pas d’accord avec nous et en défendant des conceptions hétérodoxes de la Trinité.
Une autre complication, surtout en Occident, est la tendance à voir et à organiser l’Église en termes de plus en plus corporatifs plutôt que familiaux. Dans une famille, tout le monde sait que les pères et les mères ont un rôle vital à jouer dans la direction de l’ensemble, mais il y a aussi des choses faites par les mères et d’autres faites par les pères. Dans de nombreuses cultures, il est courant qu’une famille soit dirigée par un mari/père, responsable en dernier ressort de la protection du foyer, mais que la grande majorité des décisions soient prises par une femme/mère. Dans un environnement professionnel ou d’entreprise, cependant, la considération et la reconnaissance ne sont pas attribuées de cette manière : elles proviennent de la position, de la hiérarchie, du profil public, de la surveillance financière, de l’autorité formelle et du salaire. Ainsi, si en dépit de notre théologie, l’Église fonctionne en réalité davantage comme une entreprise que comme une famille (et ce, pour toutes sortes de raisons) notre pratique de la complémentarité pourrait facilement être réduite à des tâches superficielles : quel titre donne-t-on à telle personne, qui s’assoit où, qui parle à quel moment, qui gère telle ou telle personne et combien untel est payé.
L’Église est une famille, pas une entreprise
C’est pourquoi il est très important que nous mettions en pratique ce que nous prêchons sur l’Église en tant que famille. Refuser que les femmes puissent être anciens équivaudra à refuser que les femmes puissent être PDG. Mais c’est plutôt l’équivalent de nier que les femmes puissent être pères et que les hommes puissent être mères. Pour que cette approche soit acceptée de tous, l’Église ne doit pas se contenter de dire qu’elle est une famille mais doit être perçue comme telle. Nous devons être reconnaissant envers les pères et les mères, les honorer et les révérer en tant que tels, plutôt que de fonctionner (comme cela peut facilement arriver) avec un modèle fondamentalement corporatif dans lequel les femmes sont tout simplement exclues de tous les postes clés ou de toutes les discussions.
Refuser que les femmes puissent être anciens équivaudra à refuser que les femmes puissent être PDG. Mais c’est plutôt l’équivalent de nier que les femmes puissent être pères et que les hommes puissent être mères.
De toute évidence, l’application de ce principe dépendra beaucoup de la culture, du contexte, de la taille de l’Église, des modes d’expression de la famille, etc. Il faudra la sagesse des hommes et des femmes pour établir les meilleures pratiques. Mais je pense qu’il s’agit d’un domaine dans lequel les Occidentaux ont beaucoup à apprendre de leurs frères et sœurs au niveau mondial.
Cela peut même être l’occasion d’une belle différence.

