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L’une des grandes beautés du christianisme est la simplicité de l’Évangile. Paul écrit: “Je vous ai transmis avant tout le message que j’avais moi aussi reçu: Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures; il a été mis au tombeau et il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures. Ensuite il est apparu à Céphas, puis aux douze. Après cela, il est apparu à plus de 500 frères et sœurs à la fois, dont la plupart sont encore vivants et dont quelques-uns d’entre eux seulement sont morts.” 1Co 15.3-6 SEM

Bien que Paul ait reçu l’évangile – y compris la justification par la foi – indépendamment de la tradition apostolique (Ga 1.13-16), il est clair que cette formulation de l’Évangile est antérieure à lui: elle remonte aux toutes premières années suivant la résurrection. Et elle est d’une simplicité étonnante:  la messianité de Jésus, sa mort pour le péché, sa résurrection triomphante opérée par Dieu, le tout conforme aux Écritures. Tous ceux qui confessent cet Évangile avec sincérité et clarté appartiennent à Christ. Quelle merveilleuse nouvelle! Gloire à Dieu!

J’ai grandi dans une tradition évangélique où tout ce qui dépassait les limites de notre monde évangélique était perçu comme suspect et tout ce qui se situait au-delà de notre courant évangélique, était, sans doute, considéré comme de l’hérésie. Bien sûr, je plaisante… En partie. Cela dit, l’Évangile n’est pas aussi restreint que je l’imaginais. Il existe encore un grand nombre de personnes, en dehors de mon arrière-plan confessionnel (et même en dehors du monde évangélique) qui peuvent, avec sincérité et clarté, confesser les versets cités plus haut. Elles sont sauvées par Dieu, par son œuvre accomplie dans l’Évangile. Je suis profondément reconnaissant que nous soyons tous sauvés par la même grâce immense de Dieu. Ainsi, je peux affirmer que j’ai bel et bien quelques frères et sœurs en Christ dans l’Église Orthodoxe orientale.

De nos jours, nous constatons un mouvement significatif vers l’Orthodoxie, tant du côté de l’athéisme que de l’évangélisme. Et je dois reconnaître qu’il y a dans l’Orthodoxie certains aspects que j’apprécie, tout comme il y a dans l’évangélisme des aspects que je peux déplorer. L’Orthodoxie peut refléter des vérités bibliques et faire résonner en profondeur la réalité de notre existence humaine, créée à l’image de Dieu. Par exemple, l’Église Orthodoxe a persévéré dans de nombreux cas malgré des épreuves terribles, ce qui est véritablement une caractéristique biblique (1Pi 5.10). De plus, sa liturgie a traversé les siècles de manière remarquable, sans se laisser emporter par les effets de mode qui marquent parfois le monde évangélique.  On y ressent l’appartenance à cette “grande nuée de témoins” (Hé 11). Enfin, l’Orthodoxie (ainsi que les cultures où elle s’est enracinée) conserve certains éléments des rôles bibliques liés aux sexes, des aspects qui, selon moi, sont devenus beaucoup plus flous dans la culture occidentale et dans l’évangélisme occidental, qui vivent inconsciemment dans l’ombre du féminisme.

De manière générale, les orthodoxes n’ont pas peur d’être différents du monde occidental, alors qu’il arrive parfois que l’évangélisme paraisse être occidental avant d’être chrétien. Pire encore, il arrive que l’Église évangélique cherche à incarner la sagesse, la puissance ou la noblesse selon les critères du monde, choses que la croix rejette pourtant clairement (1Co 1.18-31), afin que toute la gloire revienne à Dieu. En un sens, je peux comprendre la frustration que certains ressentent à l’égard de l’évangélisme et l’attirance qu’ils éprouvent pour l’Orthodoxie orientale.

Et pourtant, le mouvement d’une jeune génération vers l’Orthodoxie me préoccupe profondément et voici pourquoi: Au-delà de toute la confusion entourant la succession apostolique, il existe souvent un réel manque de clarté quant aux fondements mêmes de l’Évangile. Nous avons eu le privilège de servir pendant six ans dans le sud-est de l’Ukraine, où nous avons côtoyé une grande diversité de traditions protestantes (baptistes, charismatiques, presbytériennes et luthériennes), ainsi qu’un large éventail de personnes se disant orthodoxes. Nous avons donc pu observer de près l’héritage chrétien de l’Orthodoxie. L’Église Orthodoxe, qui ne possède pas de position doctrinale clairement codifiée, ressemble souvent à un nuage diffus. Elle évite généralement d’affirmer la doctrine du salut par la grâce seule, au moyen de la foi seule, ainsi que celle de l’expiation pénale et substitutive.

Fait intéressant, l’Église protestante dans le contexte où nous servions n’était pas née comme une expression directe de la Réforme protestante, ni comme un mouvement missionnaire issu de celle-ci, même si une influence ultérieure s’est fait sentir. En réalité, sous bien des aspects, cette Église protestante représentait une réforme venue de l’intérieur de l’Orthodoxie, centrée sur la justification par la foi et sur l’Écriture comme seule autorité pour l’Église.

Cependant, même pour les protestants, ces vérités n’ont jamais été formulées ni établies avec la même précision que lors de la Réforme occidentale. Ainsi, d’après mon expérience, de nombreuses Églises protestantes issues d’un contexte orthodoxe manquent souvent de clarté quant aux vérités fondamentales de la Réforme, comparativement à leurs homologues occidentales. De ce fait, aussi bien l’Église Orthodoxe que l’Église évangélique qui en est issue peuvent être caractérisées par un certain manque de clarté concernant les fondements essentiels de l’Évangile.

Oui, l’Église Orthodoxe croit en Jésus, mais cela ne suffit pas. Pour que l’Évangile soit simple et doux, il faut que l’on comprenne clairement ce que nous entendons par ce terme, “l’Évangile”. C’est ici que la lettre de Paul aux Galates entre en jeu. Les Galates qui déformaient l’Évangile croyaient eux aussi en Jésus, mais pas de manière suffisamment claire. Or, ne pas avoir une compréhension nette du contenu de l’Évangile, c’est ne pas avoir le salut (voir Ga 1.2-9). Pour être juste, je crois que beaucoup de mes frères et sœurs attirés par l’Orthodoxie comprennent clairement l’Évangile, mais qu’ils y sont attirés pour d’autres raisons. Je ne dis pas que, lorsqu’ils participent à un office Orthodoxe, ils n’entendent pas avec des “oreilles d’Évangile”. Mais la vraie question que je poserais est la suivante: entendent-ils réellement l’Évangile proclamé avec clarté?

Ou est-ce plutôt quelque chose qui s’apparente davantage à ce que prônent les défenseurs du respect de la loi en Galatie? Dans certaines Églises protestantes évoluant dans un contexte Orthodoxe, j’ai entendu de nombreux appels à venir à l’autel et des sermons qui ressemblaient à ceci: “Si tu te repentais de tes péchés, tu serais sauvé par Christ… si vous gardez les commandements de Dieu.” Ou, pour reprendre le langage de Paul: “Indépendamment des œuvres de la loi vous êtes justifiés, si vous gardez la loi.” L’Évangile de Dieu, l’Évangile biblique, est clair: nous “avons cru en Jésus-Christ afin d’être justifiés par la foi en Christ et non par les œuvres de la loi, car par les œuvres de la loi personne ne sera justifié” (Ga 2.16).

Est-ce que mon obéissance à la loi de Dieu joue encore un rôle, d’une manière ou d’une autre, dans le fait que je sois considéré comme innocent devant Dieu en ce moment même?
Sommes-nous totalement incapables de contribuer à notre position juste et acquise devant Dieu, ou bien reste-t-il quelque chose que nous devons encore faire? Les paroles d’un homme Orthodoxe avec qui j’ai étudié la Bible pendant plusieurs mois résonnent encore à mes oreilles: “Oui, je sais que le Christ a été puni pour tous mes péchés. Maintenant, il ne me reste plus qu’à être assez bon pour le mériter.”

Je pense que les chrétiens évangéliques attirés par l’Orthodoxie verront clairement que cet homme avait cru en “un autre évangile” (Ga 1.6-7). C’en est un autre, parce qu’il transforme notre condition: nous ne sommes plus vus comme des pécheurs morts dans nos fautes et nos péchés (Ép 2.1-3), mais simplement comme des personnes qui pèchent de temps en temps. Et il transforme un don immense de la grâce en un échange mérité, ce qui, au bout du compte, revient à dire que “Christ est mort pour rien” (Ga 2.21). Peut-être que ceux qui sont attirés par l’Orthodoxie comprennent mieux l’Évangile que mon ami mentionné plus haut. Mais pour ma part, je suis fortement enclin à penser qu’il était encore perdu dans les ténèbres.

Ainsi, la question que j’aimerais poser à ceux qui sont attirés par l’Orthodoxie est la suivante : “Dans votre assemblée Orthodoxe locale, y a-t-il, semaine après semaine, une clarté réelle sur ce point: que notre innocence devant Dieu repose uniquement sur sa grâce, manifestée dans la mort du Christ, et reçue uniquement par la foi?” Si ce n’est pas le cas, alors fuyons cet endroit (et beaucoup d’Églises portant pourtant l’étiquette “évangélique” aussi!). Fuyons comme Chrétien dans “Le Voyage du pèlerin”, les doigts dans les oreilles, criant: “La vie, la vie éternelle!”

Si cette vérité n’est pas clairement affirmée semaine après semaine, sera-t-elle encore claire pour notre âme, d’année en année? Ne risquera-t-elle pas de semer la confusion dans le cœur de notre conjoint ou de nos enfants, qui n’ont peut-être pas une compréhension aussi précise de ce qu’est réellement l’Évangile? Et notre voisin, s’il acceptait de venir à l’Église avec nous, serait-il humilié devant la croix, ou simplement encouragé dans un programme de réforme morale? Existe-t-il, dans cet environnement, une notion claire et un vocabulaire cohérent de la conversion, par lesquels nous confessons, comme Paul, que nous étions tous autrefois sous le juste jugement de Dieu, mais que, par sa miséricorde, nous avons été recréés en Christ (Ép 2.1-10)? Cette clarté est une question de vie ou de mort spirituelle, une question qui l’emporte sur tous les autres échos positifs que nous pourrions percevoir dans la culture ou l’Église Orthodoxe.

Et je dirais qu’il n’y a pas seulement la notion du salut qui demeure floue. Selon Paul, non seulement nous commençons par la grâce, mais nous continuons par la grâce. Mon expérience, c’est que l’Orthodoxie et certaines traditions protestantes influencées par elle tendent à conserver une vision élevée de la nature humaine, une vision qui n’amène pas vraiment les gens à la seule source véritable de liberté face au péché: notre union, par l’Esprit, avec le Christ ressuscité (Ga 2.20).

En d’autres termes, ces traditions entretiennent la même confusion au sujet de la sanctification que pour le salut: on n’est pas si mauvais que ça, et si nous faisons plus d’efforts, Dieu finira par nous aider. Certes, une telle idée peut aussi se retrouver dans certains milieux évangéliques. Mais Paul, lui, a été parfaitement clair: “Celui qui vous accorde l’Esprit et qui accomplit des miracles parmi vous le fait-il donc parce que vous pratiquez les œuvres de la loi ou parce que vous écoutez avec foi?” (Ga 3.5 S21)

Dieu agit par son Esprit au sein de son peuple, parce que ce peuple continue de placer son espérance dans les promesses qui lui ont été faites en Christ. C’est la foi, et non les œuvres, qui est le moyen par lequel l’Esprit agit en nous pour nous sanctifier, tout comme elle l’est pour la justification. Bien sûr, cette foi s’exprime par des actes: “ce qui a de l’importance… seulement la foi qui agit à travers l’amour.” (Ga 5.6). Mais toute perte de clarté concernant cette foi confiante dans les promesses de Dieu, dans le processus de sanctification,
revient à emprunter le chemin de la mort spirituelle, le non-évangile. L’appel à obéir à Dieu en dehors de Christ ne peut que nous ramener à notre propre pauvreté spirituelle et à notre besoin de la grâce de Dieu: “En effet, si je reconstruis ce que j’ai détruit, je me présente moi-même comme coupable, puisque c’est la loi qui m’a amené à mourir à la loi afin de vivre pour Dieu.” (Ga 2.18-19 S21)

Oui, l’Évangile est d’une merveilleuse simplicité. Le Messie “s’est donné lui-même pour nos péchés afin de nous arracher à l’actuel monde mauvais” (Ga 1.4), et Dieu le Père “l’a ressuscité d’entre les morts” (Ga 1.1). Mais cette merveilleuse simplicité ne tient que si l’Évangile demeure merveilleusement clair. Or, mon expérience avec l’Orthodoxie orientale et les traditions qui en découlent m’amène à nourrir de profondes réserves quant à la clarté constante de cet Évangile en son sein. C’est pourquoi, je t’en prie, frère, sœur, réfléchis sérieusement à ceci: l’Évangile qui t’est transmis est-il bien l’Évangile apostolique (1Co 15.1), celui qui a été transmis à Paul, et qui vient de Christ lui-même (Ga 1.16)?



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