Plongez au cœur d’une réflexion théologique profonde et transformatrice avec cette conférence inspirante de Mike Evans, qui explore l’union avec le Christ, une doctrine souvent négligée mais essentielle pour comprendre notre identité en Dieu et la plénitude de l’Évangile.
Transcription
Introduction : Un thème imposé par les circonstances
Bonjour à tous.
Le thème qui s’est tout de suite imposé à mon esprit pour cette soirée, c’est finalement celui de l’union avec le Christ. Et ce, pour deux raisons.
Première raison : La centralité de l’Évangile
La première raison est liée à ce à quoi nous sommes attachés à Évangile 21. En 2012, lors de notre première conférence, nous avions choisi comme thème la centralité de l’Évangile, c’est-à-dire le cœur de l’Évangile : l’œuvre de Christ, sa vie et son œuvre accomplie sur la croix.
Or, lors de cette conférence, nous avons passablement parlé de l’acte légal ou juridique de la justification par la foi. Sans minimiser l’importance de cette doctrine, il est trop facile de mettre l’accent sur ce que Christ nous procureplutôt que sur Celui qui nous l’a procuré, Christ lui-même.
Or, le salut, c’est Christ.
Et plutôt que de me lancer dans toutes sortes d’explications, je voudrais tout de suite vous faire part de deux citations, car j’ai passablement lu ces derniers dix jours.
Citation de Richard Gaffin
« Même si la justification est au cœur de l’Évangile de Paul, il existe dans notre salut une considération antérieure, une réalité plus profonde, plus fondamentale, plus décisive, plus cruciale : le Christ et notre union avec Lui. Voilà l’essence même de l’ordo salutis de Paul. »
Citation de Jean Calvin (Institution de la religion chrétienne, Livre III)
« Premièrement, il est à noter que, tant que nous sommes hors de Christ et séparés de Lui, tout ce qu’Il a fait ou souffert pour le salut du genre humain nous est inutile et de nulle importance. Il faut donc, pour nous communiquer les biens dont le Père L’a enrichi et rempli, qu’Il soit fait nôtre et habite en nous. Rien de ce qu’Il possède ne nous appartient, comme nous l’avons dit, jusqu’à ce que nous soyons faits un. »
Je trouve que, trop souvent, lorsque nous parlons de notre vie chrétienne, nous parlons d’un Sauveur, de Christ, comme s’Il était en dehors de nous, à l’extérieur de nous, plutôt que en nous, plutôt que de quelqu’un qui demeure en nous.
Gaffin, comme Calvin, estime qu’avant de considérer ce que Christ a accompli pour nous, il faut savoir que Christ demeure en nous.
Christ est notre salut.
Deuxième raison : La question identitaire de notre société
La deuxième raison, c’est que notre société aujourd’hui est fascinée, voire tourmentée, par la question de l’identité. Que ce soit dans les discours ou par l’écrit, l’approche actuelle est assez narcissique.
Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette confusion identitaire n’est pas fondamentalement liée à une imposition culturelle. C’est une question théologique, car le péché a brisé notre relation avec Dieu, a brisé nos relations les uns avec les autres, et aussi notre relation avec nous-mêmes. En conséquence, nous venons dans un monde, nous grandissons dans un monde sans savoir vraiment qui nous sommes.
Dans l’Écriture, l’identité est véhiculée en termes christocentriques. C’est surtout l’apôtre Paul qui, en utilisant cette expression « en Christ », nous fait réfléchir à notre identité.
Si vous aviez posé la question à Paul : « Qui es-tu ? », il n’aurait jamais répondu : « Je suis un chrétien. » (Ce terme, d’ailleurs, ne se trouve que trois fois dans le Nouveau Testament.)
Paul aurait répondu : « Je suis un homme en Christ. »
Et si vous parcourez ses lettres, vous constaterez que cette expression ou son équivalent revient au moins 160 fois dans ses écrits.
L’union avec le Christ constitue un ancrage sûr et solide pour notre identité.
Épreuves de l’union avec Christ (Éphésiens 1:13-14, 2 Corinthiens 13:5, Colossiens 1:27)
- Aux Corinthiens :« Examinez-vous vous-mêmes pour voir si vous êtes dans la foi. Éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous ? »
- Aux Colossiens :« C’est ce mystère que je suis devenu serviteur… Christ en vous, l’espérance de la gloire. »
Constat de Kevin DeYoung (La faille dans notre sainteté)
« L’union avec le Christ est peut-être la doctrine la plus importante dont vous n’avez jamais entendu parler. »
Dans mon vécu, dans mon cheminement personnel, ce n’est que lorsque je me suis mis à l’étude de l’épître aux Galates — et en particulier lorsque j’ai dû mettre la plume sur le papier pour en faire un commentaire — que je me suis rendu compte que, finalement, je slalomais autour de ce thème. C’est particulièrement Galates 2:20 qui m’a introduit à creuser davantage :
« Je suis crucifié avec Christ. Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. »
Je m’interroge : comment se fait-il que nous n’entendions que de brèves allusions à cette doctrine ?
Je reconnais que, régulièrement, vous comme moi, dans nos sermons, nous utilisons cette expression « en Christ ». Mais j’ai l’impression que, parfois, c’est un peu accessoire.
Passer sous silence cette doctrine de l’union avec Christ ou ne pas lui accorder l’importance que l’Écriture lui accorde, c’est obscurcir l’Évangile.
Ou, pour le dire autrement : sans l’union avec Christ, il n’y a point de salut.
Pourquoi ce silence ?
Il y a de nombreuses explications. Je me contente d’une seule, rapidement :
C’est probablement lié au rationalisme de notre monde occidental, et aussi de notre monde théologique protestant depuis quelques décennies.
Nous avons du mal à nous réconcilier avec l’idée que le mystère est intrinsèque à la théologie chrétienne.
Je ne parle pas de mysticisme, je parle de mystère :
- La création ex nihilo, c’est un mystère.
- La Trinité, c’est un mystère.
- L’Incarnation, c’est un mystère.
- La communion au sang de Christ, c’est un mystère.
- Et l’union avec Christ est également un mystère.
Il y a des choses que nous devons avouer franchement : nous ne comprenons pas.
Plan de l’exposé
Je vous propose maintenant deux idées principales à parcourir assez rapidement :
- Trois aspects de notre union avec Christ.
- Trois appuis bibliques.
I. Trois aspects de notre union avec Christ
Les auteurs que j’ai lus — en particulier Gaffin et Ferguson — ont détecté dans l’Écriture trois distinctions catégorielles pour décrire cette union. Je vais les reformuler à ma manière, en me basant sur l’épître aux Éphésiens(où l’on trouve, rien que dans les trois premiers chapitres, au moins une trentaine d’allusions à l’union avec Christ).
1. L’union éternelle (Élection)
« En Lui [en Christ], Dieu nous a élus avant la fondation du monde. » (Éphésiens 1:4)
- Cette union est motivée par l’amour de Dieu :« Dans son amour, Il nous a prédestinés… » (Éphésiens 1:5)
- Le chrétien est en Christ avant l’accomplissement temporel du salut par Christ dans l’espace et le temps.
- Avant qu’il ait compris le message de la croix, Dieu nous a placés en Christ avant la fondation du monde.
- Dans 2 Timothée 1:9, Paul écrit :« [Dieu] nous a sauvés et appelés d’une vocation sainte, non à cause de nos œuvres, mais selon son propre dessein et sa grâce, qui nous a été donnée en Jésus-Christ avant les temps éternels. »
→ Il y a un côté prédestinataire : avant que nous ne soyons convertis, Dieu, dans son amour, dans sa grâce, nous a choisis, nous a appelés, élus en Christ avant la fondation du monde.
2. L’union historique (Rédemption)
« En Lui [en Christ], nous avons la rédemption par son sang, le pardon des péchés. » (Éphésiens 1:7)
C’est l’union historique dans l’histoire, dans l’espace et dans le temps, avec le Christ, dans la rédemption (historia salutis).
En tant que croyants élus en Christ, nous avons été unis et identifiés à Lui à chaque étape de son œuvre rédemptrice :
- Nous avons été crucifiés avec Christ (Galates 2:20).
- Nous sommes morts avec Lui (Romains 6:8).
- Nous avons été ensevelis avec Lui (Romains 6:4).
- Nous avons été ressuscités avec Lui (Éphésiens 2:6).
- Actuellement, nous sommes assis avec Lui dans les lieux célestes (Éphésiens 2:6).
L’historia salutis dépend totalement de l’œuvre de Jésus-Christ, qui nous a obtenu ce salut par :
- Sa vie parfaite,
- Sa mort expiatoire,
- Sa résurrection.
Désormais, notre statut légal, juridique est clair :
- Notre péché est imputé à Christ,
- Sa justice nous est imputée.
Paul ne dit-il pas aux Corinthiens :
« Or, c’est par Lui que vous êtes en Christ Jésus, qui, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption. » (1 Corinthiens 1:30)
Nous sommes en Christ, et tous les bénéfices du salut (justification, sanctification, adoption, glorification) ne sont accessibles qu’en Christ.
D.A. Carson (Sur l’imputation)
« D’une part, la justification, chez Paul, est irréfragablement liée à notre incorporation au Christ, à notre union avec le Christ. Si nous parlons de justification ou d’imputation — qu’il s’agisse de l’imputation de nos péchés au Christ ou de la justice qui nous est créditée —, sans saisir cette incorporation au Christ, nous risquons constamment d’envisager une sorte de transfert en dehors de l’inclusion dans le Christ, en dehors de l’union avec le Christ. Notre inclusion historique et subjective en Christ se passe lors de l’appel efficace du Saint-Esprit, qui nous accorde la foi pour saisir toutes ses richesses. »
3. L’union appliquée (Sanctification)
« En Lui [en Christ], vous avez été scellés du Saint-Esprit qui avait été promis. » (Éphésiens 1:13)
L’union avec Christ est appliquée par l’action du Saint-Esprit, qui nous transforme progressivement à son image, en attendant son retour.
Deux précisions importantes pour éviter les incompréhensions :
- Il s’agit de la même union, pas de plusieurs unions :
- Nous étions en Christ, élus avant la fondation du monde,
- Nous avons été rachetés dans l’espace et le temps,
- Le Saint-Esprit applique cela dans notre vie présentement.
→ Toute cette œuvre fait partie d’une seule et même union.
- Cette union avec Christ n’est pas une fusion, mais une communion dans laquelle les deux parties restent distinctes, tout en partageant tout ce qu’est l’autre.
Métaphore du cep et des sarments (Jean 15)
« Demeurez en moi, comme moi en vous. Car sans moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jean 15:4-5)
Ce qui m’émerveille le plus, c’est ce que l’on trouve dans le discours de Jésus à ses disciples :
« En ce jour-là, vous connaîtrez que moi, je suis en mon Père, vous en moi, et moi en vous. » (Jean 14:20)
« Afin qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et Toi en moi. » (Jean 17:22-23)
Vous vous rendez compte de la nature de l’intimité, de l’union à laquelle Dieu nous appelle en Christ ?
- Il est en moi, je suis en Lui.
- Nous sommes en Christ, Il est en nous.
D.A. Carson (Commentaire sur Jean)
« Cette idée est d’une extravagance à couper le souffle. »
Sinclair Ferguson
« Avoir l’Esprit est l’équivalent — voir le mode même — d’avoir le Christ incarné, obéissant, crucifié, ressuscité et exalté qui nous habite. […] De l’éternité à l’éternité, nous sommes unis à Christ. L’Église n’attend pas son retour pour être unie à Christ, car elle est déjà unie à Christ. Mais nous attendons son retour pour la consommation de cette union. »
II. Trois appuis bibliques de l’union avec Christ
1. L’Incarnation
La création, la chute et l’Incarnation nous informent qu’il existe une distance intrinsèque, naturelle et morale entre Dieu et nous :
- Distance naturelle : parce que Dieu est transcendant, Il est le Tout-Autre. Il existe en Lui-même, Il se suffit à Lui-même.
- Distance morale : parce que l’homme, par son refus de l’autorité de Dieu, a érigé une barrière infranchissable.
Comment combler cette distance ?
Bien avant le concile de Chalcédoine (451), qui a établi les deux natures distinctes de Jésus, Athanase d’Alexandrie(IVe siècle) a écrit un Traité sur l’Incarnation. Il a bien saisi le problème de la distance entre Dieu et l’homme et le dilemme auquel Dieu était confronté :
*« Comment Dieu peut-Il concilier Sa bonté et Son jugement irrévocable ? Comment peut-Il concilier Sa miséricorde et la vérité ? La sanction est juste, elle doit tomber. La faute justifie la sanction. Comment donc Dieu peut-Il demeurer miséricordieux sans trahir la vérité ? »
Réponse d’Athanase :
« Comprenez, en effet, que la corruption des hommes ne pouvait pas être éliminée autrement que par la mort. Or, il était impossible que meure le Verbe, qui est immortel et Fils du Père. Aussi, Il prend pour Lui un corps capable de mourir, afin que, participant au Verbe qui est au-dessus de tout, ce corps devienne apte à mourir pour tous, demeure incorruptible grâce au Verbe logé en lui, et fasse désormais cesser la corruption en tous par la grâce et la résurrection. »
→ L’Incarnation est indispensable pour que la distance entre Dieu et l’homme soit comblée.
Luc, dans son Évangile, trace la généalogie de Jésus en écrivant :
« Jésus… fils de Joseph… fils d’Adam. » (Luc 3:23-38)
Tout en étant fils d’Adam, Il n’était pas homme adamique. Il n’était pas lié à Adam au même titre que tous les hommes le sont naturellement.
En prenant notre humanité, en devenant chair de notre chair, Il a pu porter le péché du monde.
Jean Calvin (Institution chrétienne)
« Ayant pour but que le Fils unique de Dieu a pris corps de notre corps, a été fait chair de notre chair et os de nos os, nous avons une ferme assurance que nous sommes enfants de Dieu, Son Père. En effet, Il n’a pas dédaigné de prendre ce qui nous était propre, pour être un avec nous et nous unir en Lui, en ce qui Lui était propre, et par ce moyen devenir en même temps Fils de Dieu et Fils de l’homme avec nous. »
Cela n’amoindrit d’aucune manière l’importance suprême de la mort et de la résurrection de Christ.
Mais cela nous rappelle que :
- C’est le Fils incarné qui a été crucifié.
- C’est le Fils incarné qui est ressuscité.
La substitution pénale est investie de toute sa valeur et de tout son sens lorsque nous comprenons que nos péchés sont imputés à Celui qui a revêtu notre humanité.
2. Notre statut : En Adam ou en Christ
Dans ses lettres, Paul présente Adam et Christ comme deux têtes qui représentent deux communautés :
- Adam, par sa désobéissance, transfère à sa semence la culpabilité, la corruption, la condamnation.
- Christ, par son obéissance, transfère à Sa semence la grâce, la justice, la sainteté.
Depuis la chute d’Adam, la culpabilité et la corruption atteignent tous les hommes.
Comment devenons-nous coupables du péché d’Adam ?
Je n’ai pas la prétention de répondre à cette question ce soir, mais je vais citer Henri Blocher (théologien évangélique français), dont je vous recommande vivement le livre « La doctrine du péché et de la rédemption » (avec un avertissement : « La lecture de ce livre risque de vous coûter cher en café et en tisane ! »).
Dans son livre « Original Sin » (édité par D.A. Carson), Blocher écrit :
« Le fait d’être né pécheur n’est ni une sanction, ni strictement le résultat d’un transfert, mais simplement un fait existentiel et spirituel pour les êtres humains depuis Adam. […] Le mandat et la bénédiction de Genèse 1:28 est que l’homme et la femme se multiplient. La procréation n’étant pas seulement biologique, mais aussi humaine, il n’est pas étonnant que le déterminant de la condition du père soit reproduit dans celle du fils. L’Adam déchu se multiplie en tant que déchu, et ce qui naît de la chair est chair. C’est un fait qui engendre des conséquences tragiques, mais un fait légitime néanmoins. »
Sinclair Ferguson
« L’obéissance du second homme [Christ] a annulé la désobéissance du premier [Adam]. Il a accompli, au nom de ceux qui sont en Christ (c’est-à-dire ceux qui placent leur confiance en Lui), ce que Adam n’avait pas réussi à faire pour ceux qui sont en Adam (c’est-à-dire nous tous). »
Catéchisme de Heidelberg (Question 20)
« Tous les hommes sont-ils donc sauvés en Christ comme ils étaient tous perdus en Adam ?
Non. Mais ceux-là seulement qui Lui sont incorporés par une vraie foi et s’approprient tous Ses bienfaits. Tout comme nous étions unis à Adam, nous sommes désormais unis à Christ. En étant unis à Adam, nous avons hérité la mort ; en étant unis à Christ, nous avons hérité la vie. C’est pour cette raison que nous pouvons s’écrier avec Paul : ‘Je suis crucifié avec Christ. Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi.’ » (Galates 2:20)
Professeur McKill (Université de Durham)
« Le récit de Paul sur la vie chrétienne implique le rejet de l’idée que notre moi naturel ne puisse jamais être amélioré ou réparé en son propre droit. La seule perspective du salut réside dans le fait qu’il soit habité par un Autre, meilleur, qui peut agir en lui pour apporter une réelle bonté. C’est pourquoi l’espoir personnel de Paul s’exprime dans sa déclaration : ‘Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi.’ »
Application pastorale (McKill)
« Tout récit de la vie morale chrétienne, tout programme de formation de disciples qui ne commence pas et ne se termine pas par les mots de Paul — ‘Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi’ — est déficient et finira par se transformer en une forme d’idolâtrie. Notre devoir, notre rôle, notre vocation dans l’enseignement, dans l’accompagnement, dans le discipulat, c’est de faire en sorte que tous ceux que nous accompagnons découvrent ce mystère extraordinaire : l’union avec Christ. ‘Christ en moi, moi en Christ.’ »
3. La notion communautaire
Certes, l’union avec Christ est une affaire personnelle, mais elle revêt un caractère collectif, communautaire.
L’appel qui s’adresse à chaque croyant est également un appel à la communion avec le corps de Christ. Il n’y a pas d’union sans communion avec les autres croyants.
Et il ne faut jamais opposer les considérations personnelles et communautaires.
Dans sa lettre aux Éphésiens, Paul utilise deux métaphores que la plupart d’entre nous avons déjà prêchées ou utilisées :
Métaphore du mariage : Christ et l’Église (Éphésiens 5:31-32)
Paul établit un lien entre le mariage et l’Église :
« C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, pour s’attacher à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ce mystère est grand ; je dis cela par rapport à Christ et à l’Église. »(Éphésiens 5:31-32)
Paul dit que l’intimité entre Christ et l’Église, l’union dont nous pouvons jouir avec Christ, est aussi réelle, sinon plus réelle, que l’union dans le couple.
Jean Calvin (Commentaire sur Éphésiens 5:32)
« Pour ma part, je suis submergé par la profondeur de ce mystère. Je n’ai pas honte de me joindre à Paul pour reconnaître à la fois mon ignorance et mon admiration. Combien plus satisfaisant serait-ce que de suivre mon jugement charnel en sous-estimant ce que Paul déclare être un profond mystère ? La raison elle-même enseigne comment nous devons agir en pareille matière, car tout ce qui est surnaturel est clairement au-delà de notre propre compréhension. Travaillons donc plus à sentir le Christ vivant en nous qu’à découvrir la nature de ce rapport. »
Métaphore du corps et de la tête (Éphésiens 1:22-23)
« Il a tout mis sous ses pieds, et Il l’a donné pour chef suprême à l’Église, qui est Son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous. »
Jean Calvin (Commentaire sur Éphésiens 1:23)
« C’est certes un honneur souverain pour l’Église que le Fils de Dieu se déclare en quelque sorte imparfait s’Il n’est conjoint avec nous. Quelle consolation quand nous entendons dire que Christ a alors toutes Ses parties et veut être estimé entier quand Il nous a avec Lui ! En aucun cas cela ne remet en cause Son autonomie, Sa souveraineté. Mais tant que cette union avec tout Son peuple n’est pas réalisée, le Christ Se considère comme n’étant pas dans Sa plénitude. En Jésus-Christ, incarné, mort, ressuscité et glorifié, Il ne veut exister sans Son corps, sans Son épouse, car Il est Celui qui remplit tout en tous. »
→ Ces deux métaphores méritent approfondissement pour réfléchir à cette question de l’union avec Christ.
Retombées pratiques de l’union avec Christ
1. Union et communion
Il convient de maintenir une distinction pastorale fondamentale entre :
- L’union avec le Christ : le lien objectif, établi une fois pour toutes par Dieu, par l’Esprit, par la foi.
- La communion avec le Christ : l’expérience continue et variable avec le Christ.
L’union ne s’accroît ni ne diminue. La communion, elle, peut varier.
Un croyant peut traverser des périodes de :
- Joie ou aridité,
- Force ou faiblesse,
- Assurance ou doute.
Mais ces fluctuations dans notre communion ne modifient en rien la réalité de notre union avec le Christ.
Témoignage personnel
Pour raviver ma communion avec le Christ lorsque je traverse des périodes de sécheresse, de faiblesse ou de doute, je fais silence et je passe en revue l’extraordinaire privilège que Dieu m’a fait :
- En me mettant en Christ dès avant la fondation du monde,
- En me rachetant dans l’histoire, dans l’espace et le temps,
- En vivant en moi, Christ en moi, par Son Saint-Esprit, pour la pratique de ma vie chrétienne jour après jour,
- En vue de me préparer pour l’éternité.
Je passe en revue : ‘Christ en moi, moi en Christ.’
Et je vous dis que, sans être absolutiste, mais presque, cela ravive ma foi et ma communion avec Dieu.
2. Union et souffrance
Il ressort clairement des lettres de Paul qu’il considère la souffrance comme une dimension indispensable de la participation à la vie de Christ.
Nous sommes les sarments (Jean 15) :
- Si nous voulons grandir en Christ, notre Père céleste devrait nous tailler pour se débarrasser du bois mort.
3. Union et regard sur les autres
Lorsque nous faisons partie du peuple de Dieu, nous sommes unis à tous ceux qui sont unis à Christ.
Comment est-ce que je dois considérer et vivre avec mes frères et sœurs en Christ ?
Il est clair qu’il y a certains chrétiens plus agréables que d’autres.
Mais puisque le Christ habite en eux comme en moi, qu’est-ce que cela doit changer dans mon regard, dans ma manière de les traiter ?
Cette doctrine est profondément pratique.
Paul dit aux Philippiens :
« Celui qui a commencé en vous une œuvre bonne la poursuivra jusqu’à son achèvement au jour de Jésus-Christ. » (Philippiens 1:6)
Même si parfois, en regardant nos frères et sœurs, nous estimons qu’ils ont encore du progrès à faire (et nous aussi, d’ailleurs !), n’oublions jamais que cette personne est une personne en qui Christ habite, qui est unie à Christ. Christ est en train de travailler dans sa vie et de parachever cette œuvre jusqu’au jour de Christ.
→ Cette doctrine de l’union avec Christ doit changer nos rapports les uns avec les autres.
4. Union et péché
Que se passe-t-il quand on pèche ?
Paul dit aux Corinthiens :
« Ne savez-vous pas que celui qui s’attache à la prostituée est un seul corps avec elle ? Car, est-il dit, ‘les deux deviendront une seule chair’… mais celui qui s’attache au Seigneur est avec Lui un seul esprit. »(1 Corinthiens 6:16-17)
Certains membres de l’église de Corinthe avaient manifestement des problèmes sur le plan sexuel (et le texte pourrait indiquer qu’ils fréquentaient encore des maisons closes).
Que se passe-t-il à notre union avec Christ lorsque nous péchons ?
Notre union ressemble-t-elle à l’un de ces bus touristiques dans les grandes villes : « hop on, hop off » ?
Autrement dit, lorsque les désirs évoluent en convoitise et aboutissent au péché, Christ s’évacue-t-Il ? Sort-Il de nous ? Ne sommes-nous plus unis à Christ à ce moment-là ?
Sinclair Ferguson
« Il est impossible d’être détaché de Christ. L’union est permanente. Cette union ne dépend ni de mes succès ni de mes échecs. Par conséquent… lorsque je pèche, je peux dire d’une certaine manière que Christ m’accompagne. Lorsque je suis devant l’écran, devant des images que je ne devrais pas regarder, ou lorsque je m’abandonne à tel ou tel péché (médisance, calomnie, etc.), nous ne sommes pas dans une mentalité de ‘hop-on, hop-off’. Le Christ nous accompagne. Et c’est ce qui explique que le Saint-Esprit peut être attristé. Christ en nous peut être attristé. Et cela doit conduire à la repentance. »
→ Cette notion de l’union avec Christ est, dans ma vie, un puissant facteur de dissuasion face au péché, et elle me motive, malgré de nombreux échecs, vers une vie plus pure.
Anecdote historique : Henri Scougal et le Grand Réveil
Henri Scougal (1650–1678), professeur de théologie à l’Université d’Aberdeen au XVIIe siècle, est surtout connu pour une lettre privée qu’il a écrite à un ami pour lui expliquer la vie chrétienne.
Un an avant sa mort, il a autorisé la publication de cette lettre, dont voici un extrait :
« Ils savent par expérience que la vraie religion est une union de l’âme avec Dieu, une participation réelle de la nature divine, l’image même de Dieu tirée sur l’âme… ou, selon l’expression de l’apôtre, ‘c’est Christ en nous’. »
Environ 70 ans plus tard, Susanna Wesley (mère de John et Charles Wesley) a offert ce livre à ses deux fils.
Charles Wesley, bouleversé par la lecture de cette lettre, l’a offerte à un ami du nom de George Whitefield.
Après l’avoir lue, Whitefield a écrit :
« Je dois naître de nouveau, ou je serai damné. »
Plus tard, il témoignera de l’importance de ce livre dans son parcours :
« J’ai découvert que ceux qui connaissent quelque chose de la religion savent qu’il s’agit d’une union vitale avec le Fils de Dieu, le Christ formé dans le cœur. Ô quel rayon de vie divine a alors pénétré mon âme ! Depuis ce moment, Dieu poursuit Son œuvre bénie dans mon âme. »
Comme vous le savez, Whitefield est devenu l’un des prédicateurs les plus remarquables du XVIIIe siècle et l’un des catalyseurs du Grand Réveil (Great Awakening) aux États-Unis.
Conclusion
Je laisse la place à Calvin pour conclure :
« Je considère donc d’une importance capitale l’union que nous avons avec notre Chef. Sa présence dans nos cœurs par la foi, l’union sacrée dont nous jouissons avec Lui, afin qu’étant nôtre, Il nous accorde les biens qu’Il possède en abondance, de façon parfaite. Je ne pense donc pas que nous devons contempler Jésus-Christ de loin, comme s’Il était hors de nous, afin que Sa justice nous soit conférée. Nous sommes en effet revêtus de Lui, greffés sur Son corps, parce qu’Il a daigné nous faire un avec Lui.»
Prière finale
« Père céleste, nous Te demandons la grâce d’augmenter notre quête de ce qu’est l’union avec Toi : ‘Christ en moi, moi en Christ.’ Cette union extraordinaire à laquelle Tu nous appelles. Et que le vécu de cette union puisse contribuer puissamment à la transformation que Tu veux opérer en chacun de nous, pour que, lors de Ton retour, nous soyons davantage à Ta ressemblance et en mesure de jouir pleinement de la consommation de cette unité avec Toi pour l’éternité. En Ton nom, pour Ta gloire, nous prions. Amen. »
D’origine britannique, Mike Evans a passé plus de 50 ans en France. À tour de rôle, il était directeur d’Opération Mobilisation France (1967 à 1987), secrétaire général de la campagne d’évangélisation, Mission France avec Billy Graham en 1986, professeur à l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne et jusqu’à sa retraite en 2009, directeur de l’Institut Biblique de Genève. Marié avec Sylvia, une suissesse, ils ont 5 enfants, tous mariés et ils sont les heureux grands-parents de 18 petits enfants ! Titulaire d’un doctorat (Ph.D) sur la structure littéraire des Juges, Mike a d’abord fait des études en informatique et en management avant d’entamer ses études en théologie. Il a présidé au développement d’Évangile 21 en francophonie.