"Redécouvrir l'Église locale" nous invite à revenir à la case départ et à nous interroger sur notre conception de l’Église. Il nous oblige à réfléchir à notre rôle en tant que membre, à notre rapport avec l’autorité, à notre besoin de relations significatives, ainsi qu’à notre responsabilité envers un monde en souffrance.

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Entre le dimanche de Pâques et le jeudi de l’Ascension, quarante jours se sont écoulés.

Durant cette étonnante, et logiquement « impossible » quarantaine, le Messie Jésus, ressuscite, s’est à plusieurs reprises montré à ses apôtres et à de nombreux disciples hommes et femmes.

Il était bien le même ; et cependant Il était différent. Il était encore sur la terre ; et cependant Il en transcendait déjà les lois. Apôtres et disciples L’ont vu, bien vu : Il a fait route, sur nos chemins humains d’ici-bas, avec ceux-ci ; Il est monté en barque avec ceux-là ; tels ont mangé avec Lui le poisson grillé du lac et le pain de froment galiléen ; et cependant, sans être un autre, Il était autre. Et deux choses sont bien attestées et certaines : Il a été corporellement avec les siens ; et ses apparitions dépassaient leurs vues et leurs compréhensions naturelles. L’« impossibilité » logique tient à ce qu’Il était déjà dans un état glorieux alors qu’il se manifestait dans notre monde encore déchu.

Le jeudi de l’Ascension, au terme de l’étonnante quarantaine, tandis qu’il était sur le mont des Oliviers, près de Jérusalem, avec les apôtres qu’il avait choisis, après leur avoir ordonné d’attendre la venue de l’Esprit Saint promis et les avoir chargés de la mission de proclamer l’Évangile à toutes les nations, « Il fut élevé pendant qu’ils Le regardaient, et une Nuée le déroba à leurs yeux ».

C’est en son vrai corps d’homme, ressuscité et glorifié, que le Messie Jésus est monté, est passé, de la terre au ciel.

 

Les spéculations nous sont rigoureusement interdites : aussi bien celles qui « situeraient » le ciel quelque part dans l’univers visible que nous connaissons ou imaginerions, que celles qui feraient du ciel une abstraction.

La situation du ciel dépasse notre entendement d’hommes pécheurs, même croyants. Et cependant, dans la sobre connaissance qu’en apporte à notre foi la Parole de Dieu, nous sommes assurés de sa réalité. Aux diverses mythologies, anciennes ou modernes, simplistes ou scientifiques, que les hommes n’ont cessé et ne cessent d’inventer pour « comprendre » l’ensemble du réel, l’Écriture Sainte — dont la vérité est attestée en nos « cœurs » par l’Esprit Saint — oppose un réel certain qui tout ensemble nous « comprend » (d’où son immanence) et nous « dépasse » (d’où sa transcendance).

Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre, les réalités invisibles comme les réalités visibles.

L’histoire du ciel et l’histoire de la terre sont à la fois distinctes (sans être séparées) et unies (sans être confondues). La Parole écrite et sûre du Dieu vivant nous révèle, par l’Esprit Saint, ce qu’elle veut que nous sachions (analogiquement et en vérité) de l’histoire du ciel. En même temps, cette Parole de Dieu éclaire l’histoire de la terre à laquelle, avec responsabilité, nous participons. L’élimination, la réduction ou la distorsion de ce que Dieu nous dit nous font passer du réel concret, ou Il nous a placés, dans le monde imaginaire et faux des mythologies ou idéologies humaines.

Par Sa puissance et selon Sa sagesse, dans Son amour et Sa justice, Dieu suscite, mène et fait concourir ces deux histoires du ciel et de la terre jusqu’à leur terme commun : la pleine manifestation de Son royaume. Alors, le ciel et la terre, renouvelés et transfigurés, constitueront ensemble l’unique Cité éternelle qu’éclairera la Gloire divine et dont l’Agneau sera le flambeau : Dieu sera tout en tous.

 

C’est en son humanité vraie d’homme vraiment homme né d’une femme, né sous la Loi, que la Personne du Fils unique et éternel de Dieu est passée, par sa résurrection et par son ascension, de sa situation, de sa condition d’humiliation (obéissant jusqu’à la mort, jusqu’à la mort maudite de la Croix), à sa nouvelle situation, à sa nouvelle condition d’exaltation.

Selon sa divinité, le Fils est toujours demeuré dans l’unité éternelle de la Sainte Trinité.

De même que nul homme n’a été admis à voir le Christ ressusciter, et que l’évènement historique (et supra-historique) de la résurrection du Seigneur s’est produit à une heure inconnue des hommes dans la nuit du samedi saint au dimanche de Pâques, de même l’évènement historique (et supra-historique) de l’Ascension du Seigneur — en tant qu’entrée du Messie (en son humanité glorifiée : corps et âme) dans le ciel — est resté caché aux apôtres. Ceux-ci n’ont été les témoins que des préliminaires terrestres, que des signes terrestres de l’Ascension : l’élévation miraculeuse du Messie devant leurs yeux.

Il y a un mystère (caché quoique certain) de l’Ascension comme il y a un mystère (caché quoique certain) de la résurrection.

 

C’est « pour nous et pour notre salut » que le Fils unique et éternel de Dieu s’est incarné, a vécu, a souffert, est mort jusqu’à descendre aux enfers. C’est aussi et encore « pour nous et pour notre salut » qu’il est ressuscité et monté au ciel. Tout cela tient ensemble. Organiquement. Inséparablement.

Les Évangiles (et en particulier celui de Jean), les épîtres (et en particulier celle aux Hébreux) et l’Apocalypse révèlent tous, soulignent tous, l’importance de l’Ascension « pour nous et pour notre salut ». Pour reprendre une expression de Jésus Lui-même (Jean 16:7) : l’Ascension nous est utile, elle nous est avantageuse, elle est de notre intérêt.

A première vue, à vue superficielle, l’Ascension marque un départ, une « distanciation », un éloignement, une séparation, avec tout ce que cela peut impliquer de tristesse, sinon de désespoir.

Et cependant Jésus dit à Ses disciples : « Vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie ! » (Jean 16:20), et « nul ne vous ravira votre joie ! »

Si séparation physique il y a, c’est avec le fruit béni et merveilleux d’une communion spirituelle plus intime, plus belle, plus intense.

 

Oui ! la « joie ineffable et glorieuse » (1 Pi. 1:8) des chrétiens fidèles dépend de cette distance qu’a prise le Messie en montant de la terre au ciel !

Car deux effets, deux conséquences, de cette « distanciation » nous sont bénéfiques au-delà de toute mesure :

  1. Notre tête, notre chef, notre capitaine (caput = tête) est désormais au ciel pour y préparer une place à chacun des élus de tout temps et de tout lieu (Jean 14:2) et y intercéder pour eux tous (Héb, 7:25) ;
  2. Du ciel, ou Il a désormais tout pouvoir sur le monde entier et sur tous les siècles, Jésus nous communique le don de l’Esprit Saint par lequel Il est en son Église et en chaque cœur croyant en Lui (Jean 14:16-18 ; Matt. 28:20 ; Jean 4:14 ; 1 Cor. 12:3).

Le catéchisme de Heidelberg (1563), où Karl Barth trouvait « une reproduction géniale de la substance de la Reformation tout entière », dit en sa question 49 :

« A quoi nous sert l’Ascension de Jésus-Christ ?

D’abord qu’Il est au ciel notre avocat devant la face de son Père. Ensuite, que nous avons notre chair au ciel comme un gage que Lui, qui est la tête, nous élèvera aussi à Lui, nous ses membres.

Et enfin, qu’il nous envoie son Esprit comme un gage de réciprocité par la force duquel nous cherchons non point ce qui est sur la terre, mais ce qui est en-Haut où le Christ siège à la droite de Dieu. »

 

Depuis l’Ascension — avec son mouvement de la terre au ciel —, et la Pentecôte — avec son mouvement du ciel à la terre —, le ciel est tendu vers la terre, et la terre est tendue vers le ciel.

Le ciel, c’est le monde des réalités, invisibles mais certaines, du Messie Jésus ressuscité et glorieux, et des anges qui L’adorent et Le servent en obéissant immédiatement à ses ordres, et des « esprits des justes parvenus à la perfection ».

La terre, c’est le monde d’ici-bas où les fidèles, élus en Christ, combattent dans la foi et avec amour, en tenant bon, en persévérant, sous l’attaque incessante et multiforme de l’Adversaire.

Le ciel et la terre soupirent, chacun de son côté : « Jusques à quand, Seigneur ? » attendant avec espérance le jour que Dieu seul connaît où, pleinement et manifestement réconciliés, dans une union totale — les premières choses auront disparu ! — ils célébreront ensemble, éternellement, la Gloire de Dieu et de l’Agneau.

L’histoire du ciel et l’histoire de la terre ont ainsi chacune leur sens, et ces sens vont ensemble et convergent. Le ciel et la terre ont été l’un et l’autre créés en Jésus-Christ. Ils sont sauvés en Lui des puissances des Ténèbres. Ils seront à jamais transfigurés et unis en Lui : « Tout a été créé par Lui et pour Lui. Il est avant toutes choses et toutes choses subsistent en Lui… Dieu a voulu qu’en Lui habitât toute plénitude ; Il a voulu par Lui réconcilier tout avec Lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par Lui, par le sang de Sa Croix » (Col. 1:16-20).

Le mouvement, un et double, du ciel et de la terre, animé et conduit par la Parole et l’Esprit du Père, aboutira à l’événement, à l’avènement, de la Gloire.

« L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! »

« Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! »

 

L’Ascension, comme chacune des « étapes » de l’œuvre messianique (ou de l’histoire du salut) est étroitement reliée à ce qui la précède et à ce qui la suit. L’Ascension suit la Croix et la Résurrection et précède la séance à la droite de Dieu et la Pentecôte, dans le mouvement historique (et supra-historique) qui réalise l’éternel dessein de Dieu.

Par Sa croix, le Messie Jésus a dépouillé toutes les puissances visibles et invisibles qu’avait assujetties, séduites et entraînées l’Adversaire (Col. 2:15).

Par Sa résurrection, le Messie Jésus a vaincu l’horrible pouvoir de la Mort (2 Tim. 1:10).

Par son ascension, le Messie Jésus triomphant a emmené captives (Eph. 4:8) toutes les forces visibles et invisibles qui désormais Lui ont été soumises (1 Pi. 3:22).

L’Église acclame son Seigneur, et L’adore :

« Elevez-vous jusqu’aux cieux
Portes de la Cité de Dieu
Laissez entrer le Roi de gloire !
Quel est ce Roi si glorieux ?
C’est le Seigneur, c’est notre Dieu !
Voici le Roi, chantez Sa Gloire ! »

Note de l'éditeur : 

Revue Ichthus n°13 – Mai 1971

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