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Note de l'éditeur : 

Ichthus N°44- JUILLET 1974 – Pages 2 à 5

ART ET VIE CHRÉTIENNE

Par Paul MARIONNET

Quelle est la place de l’art dans la vie chrétienne ?

Un ouvrage récent de Francis Schaeffer [1] débute par cette embarrassante question qui vient mettre en évidence un problème longtemps ignoré, consciemment ou non.

L’auteur a le mérite et le courage d’aborder un domaine souvent considéré avec méfiance dans le monde chrétien.

Son livre, composé de deux essais dont un seul sera étudié ici aborde le problème de l’art et de la Bible, et celui de l’attitude du chrétien face à l’art. Cet ouvrage, véritable plaidoyer en faveur de l’expression artistique, parcouru par le souffle de la conviction, suscite l’intérêt et entraîne l’adhésion.

L’homme total

Francis Schaeffer pose comme pierre angulaire de sa démonstration les dimensions et le sens de la Rédemption.

L’œuvre du Christ n’a pas pour but unique de nous assurer une place au ciel ; le rachat ne s’exerce pas seulement au niveau de l’Esprit ; le salut ne concerne pas que le futur. L’homme tout entier est transformé par l’irruption du Christ dans son existence. Ses mobiles et son activité sont modifiés radicalement ; la dynamique de la conversion doit s’exercer aujourd’hui. Le Christ entend manifester son autorité et son règne sur l’homme total.

Le domaine artistique entre dans ces limites.

Pourquoi alors l’absence du concept d’art en relation à l’expérience chrétienne ? Pourquoi la suspicion à l’égard de la création artistique ? Pourquoi si peu d’artistes chrétiens ?

L’attitude des évangéliques, faite souvent de gêne, parfois de défense, plus rarement d’agressivité, semble avoir deux racines.

Le second commandement

La première, très profonde, trouve son terrain au sein même des Écritures, dans l’Ancien Testament. « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses

qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles et tu ne les serviras point. »[2].

Une lecture rapide de ces versets conduit tout naturellement à conclure que Dieu interdit l’activité artistique, et en particulier, la représentation de quoi que ce soit du domaine naturel. Francis Schaeffer se livre à une exégèse très précise de ce texte et de ceux qui lui sont parallèles. Un passage du livre du Lévitique nous permet peut-être de découvrir la vraie nature de l’interdiction. « Vous ne vous ferez point d’idoles, vous ne vous élèverez ni images taillées, ni statues et vous ne placerez dans votre pays aucune pierre ornée de figures pour vous prosterner devant elles ; car je suis l’Éternel votre Dieu »[3]. L’interdiction touche, en fait, le culte de tout autre que l’Éternel seul. Ce qui est condamné, c’est le transfert de l’acte d’adoration à la créature plutôt qu’au Créateur. Dieu seul doit être adoré.

La seconde racine puise sa sève au cœur d’une interprétation malheureuse des lettres pauliniennes. Paul oppose l’homme « spirituel » à l’homme naturel (« animal » ou « psychique », 1 Cor. 2). De nombreux chrétiens en tirent une conception qui divise leur vie en deux domaines.

Cette conception de l’homme trace une frontière infranchissable entre le spirituel et le rituel. L’expérience chrétienne se déroule sur deux niveaux. Au niveau supérieur, le spirituel, domaine de Dieu ; au niveau inférieur, l’âme et le corps, frappés d’interdit, deviennent les véhicules d’activités taxées de charnelles. Le dialogue épuisant « permis ou non-permis » mine toute activité ; la paralysie gagne l’expression de tout ce qui est en dehors du « spirituel ». L’art, domaine de l’âme, se trouve dans le royaume sinon de l’interdit, du moins de l’inutile.

Francis Schaeffer rappelle avec force quelle était l’unité de l’homme lors de la création : corps, cœur, âme, intelligence, esprit. C’est cet homme, détruit, divisé par le péché, qui retrouve sa cohésion au travers de la Rédemption. Il manifeste dans sa totalité l’œuvre du salut.

Le grand architecte

Ayant dénoncé les racines du mal, l’auteur nous entraîne à la recherche de l’art au sein de la Bible. Le Tabernacle, les chandeliers, les vêtements sacerdotaux, le Temple surtout… Partout, l’art est présent. La découverte que nous partageons avec Francis Schaeffer est la suivante : Dieu est Architecte et Artiste.

Au moment même où l’Éternel délivre les dix commandements, simultanément, il ordonne à Moïse de procéder à la construction du Tabernacle[4]. Et il va le faire dans les détails les plus infimes ; des instructions spécifiques sont données concernant la façon dont doivent être réalisées les différentes parties du sanctuaire. « Vous ferez le Tabernacle et tous les ustensiles d’après le modèle que je vais te montrer »[5].

 Les deux chérubins, situés dans le Saint des saints, sont un exemple d’art semi-figuratif mis au service du culte ; le chandelier, avec ses calices en forme d’amande, ses pommes et ses fleurs, est l’œuvre d’un artiste destinée à glorifier Dieu. Les vêtements sacerdotaux avec leur frange de grenades bleues, pourpres et cramoisies, sont l’expression d’une pensée où la beauté est manifeste.

Ces représentations, images de la nature interprétée, sont riches d’un symbolisme qui nous éclaire sur la pensée et le cœur de Dieu.

Le Temple aussi est création de Dieu.

David transmet à Salomon le plan de tout ce qu’il a dans l’esprit, et qui lui a été communiqué par l’Éternel. Tout l’ensemble, architecture, sculpture, bas-relief, tout cela voulu et conçu par Dieu, parvient à notre imagination comme une œuvre d’art.

Francis Schaeffer nous fait parcourir les salles immenses, nous fait arrêter devant la mer de fonte, admirer le grand trône de Salomon. Il nous fait participer au rétablissement du culte sous le règne d’Ezechias. Le peuple était rassemblé, et, au moment d’offrir l’holocauste, « commença aussi le chant de l’Éternel au son des trompettes et avec accompagnement des instruments de David, roi d’Israël ». Car la musique est aussi présente dans la Bible en tant qu’expression artistique… De même que la poésie au travers des psaumes de David… Et aussi la danse par laquelle l’Éternel peut être loué[6].

L’Art au service de Dieu

La démarche de Francis Schaeffer doit être saluée avec reconnaissance.  Elle est importante pour au moins trois raisons.

La première, immédiate, est de nous permettre de découvrir la présence de l’art au travers des Écritures. Cette rencontre constituera peut-être pour beaucoup une révélation.

La seconde, aux dimensions théologiques, est de restaurer une vision intégrale, non mutilée, de l’homme chrétien. L’homme total au service de Dieu.

La troisième, plus lointaine, mais évidente, est d’attirer notre attention sur le phénomène artistique, véritable révélateur des tendances profondes d’une époque.

Ce petit livre aura bien rempli sa mission si, au-delà du message qu’il nous apporte, il provoque des vocations d’artistes parmi les jeunes chrétiens.

Ce serait là son plus bel achèvement.

[1] « Art and the Bible» (Hodder and Stoughton, Coll. « L’Abri-spécial », 1973).
[2] Exode 20 : 4-5.
[3] Lévitique 26 :1.
[4] Exode 25.
[5] Exode 25 : 9.
[6] Psaume 149 : 3.

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