Défis et opportunités pour 2018

INTRODUCTION

Souvent partagés entre l’optimisme et le pessimisme, bon nombre de chrétiens évangéliques sont préoccupés face aux orientations actuelles de la société. Nous nous trouvons notamment impuissants devant le laïcisme antireligieux souvent virulent qui prévaut dans l’espace public et face à la nouvelle moralité inclusiviste contraire à l’éthique chrétienne sans parler de la sécularisation croissante de notre société qui s’apparente à de l’idolâtrie.

De surcroît, nous constatons dans nos Églises l’amorce de dérives qui la détachent de l’Évangile et de ses fondements bibliques sans qu’elle s’en rende compte.

Devant ces tendances les chrétiens sont confus et inquiets. J’ai interrogé trois collègues et amis qui bénéficient tous de plusieurs années de service en francophonie et qui ont, de ce fait, un regard lucide et informé sur notre situation. Je leur ai demandé de nous faire part des défis et des opportunités qu’ils perçoivent pour l’Église au seuil de cette nouvelle année. Il s’agit de :

  • Paul Wells, Professeur émérite de la Faculté Jean Calvin d’Aix en Provence
  • Brad Dickson, pasteur et anciennement membre du Conseil de son union d’Églises (CAEF)
  • Pierre Klipfel, directeur de l’Institut Biblique de Genève

 

La rédaction du texte qui suit relève de ma seule responsabilité mais les retours et les interrogations de ces trois serviteurs de Dieu m’ont fortement inspiré.

 

LES DÉFIS

1. Crise d’identité

Que veut dire le terme « évangélique » aujourd’hui ? Certes, en 2017, de nombreuses Églises et œuvres ont fêté les 500 ans de la Réforme et ainsi ont fait valoir leur filiation et leur enracinement dans ce mouvement de retour aux sources. D’excellents articles ont vu le jour, je pourrais par exemple citer la série de podcasts[1] du Professeur Henri Blocher sur les 5 SOLAS de la Réforme qui ont remis l’accent sur les fondements de notre foi.

 

Il serait grand temps d’affirmer notre identité en tant qu’évangéliques en lui infusant un contenu robuste et scripturaire.

 

Mais, force est de constater que les médias français font trop souvent l’amalgame (délibérément ?) avec certains mouvements évangéliques américains en mettant l’accent, soit sur les extrémismes charismatiques, soit sur les messages douteux de certains télévangélistes, soit encore sur la convergence entre la foi et la politique en rappelant les liens avec George W. Bush ou Donald Trump en déclarant qu’être évangélique est synonyme d’être un Républicain, de surcroît blanc !

Bref, malheureusement trop souvent le terme « évangélique » fait davantage référence à l’appartenance à une tribu qu’à l’adhésion à un credo !

Il serait grand temps d’affirmer notre identité en tant qu’évangéliques en lui infusant un contenu robuste et scripturaire.

 

2. L’illettrisme biblique

Devant la sécularisation de notre société, il n’est pas étonnant de constater que beaucoup de nos concitoyens ignorent ce qu’est l’Évangile et ce que nous fêtons à Noël ou à Pâques !

Cependant, le vrai drame est que ce phénomène existe dans nos Églises. Pierre Klipfel écrit : « L’accent est trop souvent sur un évangile anthropocentrique où prédomine l’idée d’un Dieu d’amour qui est venu pour notre seul bonheur ».

Brad Dickson fait le constat que beaucoup de jeunes qui viennent pour des formations bibliques sont issus de familles chrétiennes et ont assisté aux réunions de l’Église mais, chose étonnante, ils s’émerveillent devant la découverte des notions de base de la foi ! Il poursuit : « Par contre, ils connaissent par cœur les derniers chants de groupes chrétiens à la mode ! »

Paul Wells écrit : « La méfiance quant à la doctrine ou à la théologie (considérée comme « abstraite ») est très en évidence dans les milieux évangéliques. On valorise tout ce qui est « pratique ». Cette tendance anti-intellectuelle est aliénante pour des jeunes ou pour ceux qui cherchent des « réponses », ou simplement un enseignement plus biblique et qui finissent par être déçus des communautés évangéliques…La « foi lite » valorise le présent et l’expérience. Au lieu de la formation, on investit dans le théâtre, la musique, le gospel et des formes d’évangélisation « soft » ».

Même si la prédication textuelle est pratiquée de plus en plus dans nos Églises elle ne fait pas l’unanimité. Sans les exclure ou les dévaloriser, le thématique et le pertinent semblent avoir le vent en poupe ! Cependant, l’enseignement systématique de tout le conseil de Dieu est celui qui nourrit et qui équipe l’Église pour faire face aux dangers et aux dérapages qu’elle doit gérer. Paul Wells l’exprime ainsi : « Cette absence de prédication solide laisse la porte ouverte aux « faux prophètes » qui font des ravages par des eschatologies erronées, l’évangile de la prospérité ou par la propagation d’anciennes hérésies sous de nouvelles formes. »

 

3. Le péché

Il va sans dire que le défi principal que nous confrontons n’a pas changé de nom, seulement de visage ! En fait, un des fruits direct de l’illettrisme biblique est un comportement qui n’est plus au diapason avec l’Écriture et qui ne se distingue plus de celui de la société environnante.

50 ans après Mai ’68 (oui, déjà !) le « vent de liberté » continue à souffler et continue à modifier non seulement les mœurs mais aussi notre rapport avec l’autorité.

Qui peut ignorer les dérapages éthiques, y compris dans l’Église, dans le domaine de la sexualité et du genre ? Brad Dickson écrit : « La recherche de l’épanouissement personnel dans le mariage semble se faire finalement au prix du mariage même ! » Et Paul Wells d’enchaîner « On ignore, ou on semble incapable de faire face au fait que l’éthique évangélique est devenue « immorale », car ce qui est considéré bon dans le monde est le contraire de la vérité biblique. Le bon, c’est l’ouverture, l’égalité, la célébration du mouvement LGBT, l’acceptation des choix de l’autre. Le mauvais correspond souvent au fait d’adopter des valeurs qui sont distinctes de ce qui est considéré comme politiquement correct. »

Le « vent de liberté » touche aussi notre rapport avec les institutions où nous devenons plutôt des consommateurs visant uniquement notre bien-être personnel. L’Église devient aussi un lieu de consommation et les chrétiens ne rechignent pas à revêtir les habits de SDF lorsqu’ils sont contrariés soit par la Parole soit par des remises en question ! Brad Dickson l’exprime ainsi : « Le slogan « interdit d’interdire » semble lui aussi avoir eu une certaine résonnance dans l’Église. Il faut souhaiter bien du courage, par exemple, aux enseignants chrétiens qui doivent aborder le sujet pourtant biblique de la soumission aux anciens. La discipline est aussi un sujet tabou dans certaines Églises. » Pierre Klipfel pousse la réflexion plus loin en indiquant que certains chrétiens confrontés à l’autorité ne voient aucun problème à se distancer de l’Église : « Nous vivons une époque où cela ne pose pas de problème à certaines personnes de se déclarer chrétiennes sans pour autant fréquenter une assemblée…Après tout quantité de catholiques prétendent être croyants sans pour autant être pratiquants. »

 

4. La polarisation

Si 2017 nous a permis de constater des polarisations sur le plan politique non seulement en France mais aussi ailleurs dans le monde, il ne faut pas pour autant passer sous silence celles qui existent dans l’Église.

Au risque de simplifier le tableau, nous observons que l’écart entre les « ouverts » et les « rétros », entre les « avant-gardistes » et les « gardiens du Temple » se creuse. D’autres, plus acerbes ou cyniques, diraient entre les « laxistes » et les « légalistes » !

Fréquemment cette polarisation est liée aux constats précédents, à savoir l’importance accordée à la Parole, à la vie qui s’y conforme ou encore à l’approche que nous adoptons face à une culture en mutation. Trop souvent ces débats sombrent dans la caricature, l’exagération et le jugement mutuel. Les notions de nuance, de compromis motivés par l’humilité et la générosité font défaut. Au lieu de vouloir imposer son point de vue à l’autre, une saine, voire une vigoureuse confrontation devant la Parole permettrait le plus souvent de réduire l’écart. « Dans certains milieux, conscients des dangers et des dérapages du monde présent, on pratique la retraite dans un cocon « piétiste » … l’absence d’une apologétique bibliquement fondée fait qu’au lieu de proposer une communauté « alternative » on devient une communauté « coupée » des autres avec des attitudes passéistes » écrit Paul Wells.

 

ET LES OPPORTUNITÉS ?

Emmanuel Macron dans son premier discours à l’occasion des vœux de l’an a maintes fois martelé : « J’ai besoin de vous… » et il n’a pas hésité à citer, certes partiellement, la phrase connue de Kennedy : « …demandez-vous chaque jour ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

Cela a le mérite de trancher avec la sur-préoccupation de notre petite personne ! En substance, il encourage ses concitoyens à devenir des acteurs plutôt que des consommateurs.

Quelles sont donc les opportunités qui se présentent à nous à l’horizon 2018 ?

 

1. Évangéliser

Au lieu de nous engager dans d’interminables faux combats (voir Défi 4), nous devrions faire face au bon combat. Si, comme je l’ai déjà indiqué, le péché est le défi principal non seulement dans la société mais aussi dans l’Église, il est donc urgent de mettre l’accent sur l’enseignement et la proclamation de l’Évangile. L’Évangile est le message indispensable aussi bien pour la conversion que pour la transformation des convertis. L’Évangile est la puissance de Dieu qui nous introduit et nous accompagne dans le processus du salut.

Toutefois, cela présuppose une connaissance des vérités non négociables de l’Évangile ! Sans doute faut-il commencer par là. À cet égard deux livres peuvent alimenter notre réflexion :

 

Ensuite, il convient de transmettre de manière persuasive ce message dans l’Église et au-dehors. Nous saluons les différentes initiatives qui contribuent à l’extension et à l’expansion de l’Église, notamment :

  • celle du CNEF qui, au sein de sa commission d’évangélisation, vise la redynamisation de l’évangélisation dans l’Église existante mais aussi la redynamisation des chrétiens dans l’évangélisation.
  • celle de France Évangélisation

Il existe des outils pour tous les âges et tous les niveaux. Pour ceux qui veulent une approche plus structurée, nous recommandons l’excellent ouvrage de Don Carson, Le Dieu qui est Là, qui trace l’histoire du salut à travers la Bible. Ce livre ainsi que la série de vidéos de Don Carson en français est disponible sur notre site.

 

« En raison principalement de la croissance de la population mondiale, le nombre de personnes non-évangélisées augmente de 19 millions par an, et atteindra 2,3 milliards d’ici 2025. Dans le même temps, la force missionnaire occidentale diminue chaque année »

 

Je choisis délibérément d’inclure dans cette rubrique la mission transculturelle. La crise migratoire, les étudiants universitaires étrangers et la population musulmane nous obligent à reconnaître que la mission est à notre porte. Mais la mission au loin est présentement mise à mal puisqu’il y a de moins en moins de candidats des pays occidentaux pour la mission outremer. Pierre Klipfel, écrit : « En raison principalement de la croissance de la population mondiale, le nombre de personnes non-évangélisées augmente de 19 millions par an, et atteindra 2,3 milliards d’ici 2025. Dans le même temps, la force missionnaire occidentale diminue chaque année »

 

2. Affirmer et vivre la différence

Affirmer notre identité évangélique implique non seulement une adhésion à un socle commun mais aussi une acceptation, voire une affirmation, de nos différences avec la société et de la culture ambiantes. Être chrétien, c’est forcément être différent sans pour autant être désobligeant ! « Jamais la différence entre l’Église fondée sur le message biblique et le monde n’a été aussi nette. Il faut profiter pleinement de cet écart et savoir pourquoi on est différent. Il faut développer une vraie philosophie de l’altérité » écrit Paul Wells. Le constat de Pierre Klipfel est solennel : « Les chrétiens évangéliques sont mieux acceptés par la société postmoderne, où chacun a le droit d’avoir sa croyance, mais ces croyants courent le risque de s’installer et de vivre repliés sur leur communauté en n’osant plus confronter le monde de peur de se démarquer. »

Mais, et malheureusement dirais-je, cette affirmation de la différence ne se constate pas uniquement par rapport au monde mais aussi, par moment, par rapport à l’Église. Paul Wells est bien placé pour l’exprimer avec sa pertinence habituelle : « Il faut élargir l’écart entre ce qui est biblique et la pratique des Églises pluralistes au lieu d’essayer de diminuer les différences. Il faut avoir le courage de dire que le « christianisme » libéral n’est pas chrétien selon la Bible (c’est une autre religion, celle de l’homme), et que l’Église en occident dans son ensemble, y compris l’Église romaine a besoin d’une nouvelle réformation. »

 

À cet égard, nous voulons exprimer notre reconnaissance pour la clairvoyance et le courage d’Étienne Lhermenault, qui, en tant que président du CNEF, a pris position contre les compromis en se retirant du grand rassemblement Protestants en Fête. À ce sujet, Brad Dickson écrit : « Ce geste montre les limites de la démarche de la recherche de la respectabilité. Le monde et la religion détachée de ses fondements bibliques ne peuvent tolérer l’Évangile. Nous nous devons alors d’être bons voisins avec l’État et les religions du monde, tout en affirmant la vérité, au risque d’être rejetés. Exercice difficile ! »

 

3. Former, former et encore former

Pour combattre l’illettrisme biblique, il est urgent de mettre l’accent sur la formation de ceux qui ont en charge l’enseignement de la Parole. Il existe aujourd’hui de plus en plus de moyens pour acquérir de solides connaissances : la littérature de référence et les commentaires, les prédications sur Internet, la formation online et j’en passe… Mais, attention au danger de brader la formation sur l’autel de l’instantané. Il ne faut surtout pas substituer tous ces outils d’instruction, fort utiles pour ceux qui n’ont pas l’occasion de suivre un cursus formel, à une solide formation biblique et théologique.

Le besoin de pasteurs, d’implanteurs et de docteurs n’a jamais été plus urgent ! « Le déficit de plein temps dû au Papy-boom qui s’est amorcé en 2006, et qui durera jusqu’en 2025, a atteint son pic de départ à la retraite en 2017 » écrit Pierre Klipfel.

 

Quel rôle pour Évangile 21 et comment pouvez-vous nous aider ?

Une question est récurrente : quel est le sens du titre Évangile 21 ?

Notre vocation est d’affirmer la centralité de l’Évangile pour la vie chrétienne, la vie de l’Église et le ministère au 21e siècle.

D’où Évangile 21 !

Vous pouvez nous aider à réaliser cet objectif en :

  • participant aux séminaires tout en encourageant d’autres personnes à vous accompagner : pasteurs, anciens, animatrices de groupes de dames, responsables de jeunesse… Le prochain séminaire aura lieu du 27 au 30 Mai 2018.
  • faisant connaître notre site avec ses articles, ses prédications, ses recensions et bientôt sa formation online à la relation d’aide
  • faisant connaître notre site pour jeunes (www.larebellution.com) qui touche les 15 à 20 ans et qui veut préparer la nouvelle génération aux responsabilités et à la vie d’adulte
  • visitant notre boutique pour acquérir des livres de référence, y compris la Bible interfoliée qui vient de paraître
  • finançant nos activités qui prennent de l’ampleur et qui nécessitent plus de moyens
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