Ranger et nettoyer sont deux choses très différentes. Je m’occupe volontiers de la première ; ma femme, plutôt de la seconde. Ranger, c’est remettre les choses à leur place : les chaussures sur le meuble, les vêtements dans les tiroirs, les livres dans la bibliothèque et les jouets dans leurs caisses. Nettoyer, c’est une autre affaire : il faut aspirer, frotter, désinfecter, récurer, faire disparaître les traces et les taches comme par magie. À mes yeux, ranger transforme instantanément l’espace. Tout semble plus net, plus ordonné. Mais le nettoyage, lui, va en profondeur, et ses bienfaits durent bien plus longtemps.
Pour beaucoup, le grand ménage devient un rituel annuel : ce fameux ‘nettoyage de printemps’. Une fois par an, chaque recoin est inspecté, chaque surface astiquée, comme si la maison elle-même devait renaître.
Saviez-vous que, dans la Loi transmise par Moïse, Dieu lui-même ordonne au peuple d’Israël de nettoyer sa propre maison une fois par an ? Mais comment cela se passait-il exactement ? Et surtout, quel sens cela peut-il avoir pour nous, chrétiens, aujourd’hui ?
Lévitique 16 : purifier le peuple et la demeure de Dieu
Lévitique 16 est un passage bien connu, mais un aspect essentiel nous échappe souvent. Dans les instructions relatives à ce qu’on appelle le ‘Jour des expiations’ — Yom Kippour — Dieu prescrit une purification non seulement pour le peuple, mais aussi pour sa propre demeure, le tabernacle. Pourquoi la maison de Dieu avait-elle besoin d’être nettoyée ?
Au cœur du chapitre 16 de Lévitique — et au centre même des rites prescrits pour ce jour — se trouve le sacrifice pour le péché, dont le sang est porté jusqu’au Saint des saints, le lieu très saint du tabernacle, la demeure portative de Dieu parmi son peuple (Lévitique 16.15-19). C’était le seul moment de l’année où l’on pouvait pénétrer dans ce lieu très saint, et seul le grand prêtre en avait l’autorisation (voir Hébreux 9.6-7). Celui-ci devait immoler le bouc destiné au sacrifice pour le péché, recueillir son sang dans un récipient, entrer dans le Saint des saints et en asperger le propitiatoire ainsi que l’espace devant lui (Lévitique 16.15).
Mais dans quel but ? « C’est ainsi qu’il fera l’expiation pour le sanctuaire à cause des impuretés des Israélites et de toutes les transgressions par lesquelles ils ont péché. Il fera de même pour la tente de la rencontre, qui est établie avec eux au milieu de leurs impuretés » (Lévitique 16.16).
Lévitique 16 nous enseigne que le péché ne se contente pas de nous accabler de culpabilité : il nous souille, nous et tout ce que nous touchons. Le péché nous rend non seulement impurs, mais aussi vecteurs d’impureté. Par le tabernacle, Dieu habitait d’une manière particulière au milieu des Israélites. Pourtant, leur péché était un obstacle entre eux et Dieu. Il souillait la maison de Dieu, menaçant de chasser celui qui, par grâce, avait choisi de demeurer parmi eux (Exode 29.45-46 ; Lévitique 26.11-12).
Ainsi, ce grand nettoyage annuel, ordonné par Dieu, avait deux objectifs : le Jour des expiations purifiait à la fois le peuple de Dieu et sa demeure. Cela se manifeste clairement en Lévitique 16.33 : « Il fera l’expiation pour le saint sanctuaire, il fera l’expiation pour la tente de la rencontre et pour l’autel, et il fera l’expiation pour les prêtres et pour tout le peuple de l’assemblée. »
Lévitique 16 nous enseigne que le péché ne se contente pas de nous accabler de culpabilité : il nous souille, nous et tout ce que nous touchons.
L’offrande de Jésus dans l’épître aux Hébreux
Les conséquences du péché vont bien au-delà de ce que nous révèle Lévitique 16. Les péchés d’Israël s’accumulèrent tellement que, comme le Seigneur l’avait averti, la terre elle-même les « vomit » (Lévitique 18.24-25). Finalement, ce sont ces péchés qui éloignèrent Dieu de son sanctuaire (Ézéchiel 8.6). En signe de jugement, la gloire de Dieu quitta ce lieu saint (Ézéchiel 10.1-22). Et même si Dieu restaura son peuple et permit la reconstruction du temple, la racine du problème, le péché, demeurait.
Cette situation a perduré — jusqu’à ce que Jésus vienne nous libérer. L’épître aux Hébreux souligne que le simple fait de devoir célébrer chaque année le Jour des expiations montrait bien que ce rite n’apportait pas une solution définitive au problème du péché : « La loi, en effet, possède une ombre des biens à venir, et non l’exacte représentation de la réalité ; elle ne peut jamais, par l’offrande annuelle et toujours répétée des mêmes sacrifices, conduire à la perfection ceux qui y participent. » (Hébreux 10.1). C’est précisément ce que Jésus est venu accomplir.
Le simple fait de devoir célébrer chaque année le Jour des expiations montrait bien que ce rite n’apportait pas une solution définitive au problème du péché.
Sur la croix, Jésus a donné sa vie à la place de la nôtre, payant le prix que nous méritions pour nos péchés. L’épître aux Hébreux, en écho à Lévitique 17.11, nous rappelle que « presque tout est purifié avec du sang et, s’il n’y a pas de sang versé, il n’y a pas de pardon » (Hébreux 9.22). Par sa mort, Jésus a « port[é] les péchés de beaucoup d’hommes » (Hébreux 9.28). Et le troisième jour, il est ressuscité d’entre les morts, recevant ainsi « une vie impérissable » (Hébreux 7.16). Jésus a alors accompli ce que le grand prêtre, le jour de Yom Kippour, annonçait sans pouvoir l’accomplir pleinement : il est entré dans le véritable Saint des saints — la présence même de Dieu dans les cieux — et s’y est présenté devant le Père comme le sacrifice parfait, suffisant, offert une fois pour toutes. Ce n’est qu’à la lumière de Lévitique 16 que des passages comme celui-ci prennent tout leur sens :
« S’il était nécessaire de purifier de cette manière ce qui n’était que l’image des réalités célestes, il fallait que les réalités célestes elles-mêmes soient purifiées par des sacrifices meilleurs encore que ceux-là. En effet, Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait par la main de l’homme, dans une simple copie du véritable, mais il est entré dans le ciel même afin de se présenter maintenant pour nous devant Dieu. Et ce n’est pas pour s’offrir lui-même plusieurs fois qu’il y est entré, comme le grand-prêtre qui entre chaque année dans le sanctuaire pour offrir un autre sang que le sien ; si tel avait été le cas, il aurait dû souffrir plusieurs fois depuis la création du monde. Mais maintenant, à la fin des temps, il s’est révélé une seule fois pour abolir le péché par son sacrifice. »(Hébreux 9.23-26 ; voir 9.11-12)
En entrant dans la demeure céleste de Dieu et en se présentant lui-même devant lui, Jésus a accompli une purification parfaite — à la fois pour le peuple de Dieu et pour sa demeure. Sur la croix, il a été immolé comme une victime sans défaut, et son sang a acquis pour nous la vie éternelle (Hébreux 9.22, 28 ; voir 9.15 ; 13.20). Après sa résurrection, il a été établi grand prêtre selon l’ordre de Melchisédek (Hébreux 5.7-10 ; 7.11-28). Puis, monté aux cieux (Hébreux 4.14 ; 7.26), il s’est offert lui-même, son corps, son sang, en se présentant vivant devant Dieu, dans la salle du trône, au cœur du véritable tabernacle céleste (Hébreux 7.27 ; 8.1-5 ; 9.11-14, 23-28 ; 10.10-14 ; 12.24).
Par son offrande céleste, Jésus n’a pas seulement purifié la demeure de Dieu dans les cieux : il nous a conduit à la perfection (Hébreux 10.14), nous a obtenu un rachat éternel (Hébreux 9.12), le pardon complet de nos fautes (Hébreux 10.18), et un accès libre et permanent auprès de Dieu pour toujours (Hébreux 4.16 ; 10.19-20).
Une œuvre de purification en profondeur
Certains aspects de cette lecture de l’épître aux Hébreux vous sembleront peut-être nouveaux. Beaucoup de chrétiens considèrent que l’offrande de Jésus se résume à sa mort sur la croix. Pourtant, une lecture plus approfondie de Lévitique 16 peut enrichir notre compréhension de l’épître aux Hébreux. Le moment central du Jour des expiations n’était pas le sacrifice en lui-même, mais ce que faisait le grand prêtre à l’intérieur du Saint des saints. L’auteur de l’épître aux Hébreux nous le rappelle explicitement : seul le grand prêtre pouvait entrer dans ce lieu très saint, « et ce une fois par an, non sans y apporter du sang qu’il offre pour lui-même et pour les péchés du peuple » (Hébreux 9.7).
Où et quand le grand prêtre offrait-il son sacrifice ? Lorsqu’il entrait dans le sanctuaire intérieur terrestre de Dieu. Où et quand le Christ a-t-il offert le sien ? Lorsqu’après sa résurrection, il est monté au ciel dans le sanctuaire céleste de Dieu. Cela n’enlève rien à la croix, bien au contraire : c’est là que Jésus a donné sa vie pour la nôtre, qu’il a vaincu la mort, porté la malédiction de l’ancienne alliance et inauguré la nouvelle (Hébreux 2.9, 14-15 ; 9.15-17 ; 13.20). En se présentant vivant devant Dieu dans les cieux, Christ a offert au Père l’accomplissement parfait de ce que sa mort sur la terre avait réalisé. C’est dans le ciel que Jésus a remis à Dieu le fruit de son sacrifice sur la croix.
C’est de ce nettoyage intérieur, bien plus essentiel que n’importe quel grand ménage de printemps, dont nous avons besoin. Une purification si profonde qu’elle ne doit jamais être répétée — et ne le sera jamais.

