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SOLA donne la parole à un enseignant en cette rentrée scolaire

Lorsqu’un jeune ayant grandi dans un milieu chrétien entre au secondaire, comme plusieurs le feront dans les jours à venir, il découvre un environnement beaucoup plus vaste que celui qu’il connaissait à l’école primaire. Il rencontre de nouveaux enseignants, il se fait de nouveaux amis et il entre en contact avec des manières de penser parfois bien différentes de celles qui lui ont été transmises à la maison ou à l’Église.

Cette rencontre avec d’autres manières de voir le monde ne se produit pas seulement dans les conversations entre amis dans les corridors, mais aussi directement en classe. En français, par exemple, les œuvres étudiées présentent différentes conceptions de l’être humain et du sens de la vie. Le cours de culture et citoyenneté québécoise (CCQ), lui, aborde des questions éthiques qui peuvent amener certains jeunes chrétiens à examiner des convictions différentes de celles qui leur ont été transmises. Les cours d’histoire et de sciences peuvent également soulever des questions concernant la religion, les origines du monde ou la nature humaine. Et c’est tant mieux! Le contact avec d’autres convictions peut amener le jeune à examiner plus sérieusement ce qu’il croit et à approfondir ses propres convictions.

Les connaissances enseignées dans ces cours, en soi, ne s’opposent pas nécessairement à la Bible, mais certaines interprétations ou certains présupposés peuvent entrer en tension avec la foi chrétienne. Il ne s’agit pas d’encourager le jeune à contester systématiquement les contenus enseignés. Au contraire, il s’agit de l’aider à les comprendre et à y réfléchir avec discernement. Le jeune doit donc apprendre à reconnaître cette tension et à y réfléchir par lui-même. Pour la première fois, il devra peut-être décider s’il parlera de ce qu’il croit.

Dans mon travail auprès des adolescents, j’observe que cette transition place le jeune devant un défi important: apprendre à parler de sa foi sans tomber en mode défensif ni se cacher. Les parents ne pourront pas l’accompagner dans chacune des situations qu’il vivra, mais ils peuvent l’y préparer. L’enjeu n’est pas de lui enseigner le compromis par peur du conflit ni de l’envoyer à l’école comme un combattant chargé de gagner tous les débats. Le rôle de l’adulte est d’abord et avant tout de l’aider à développer des convictions personnelles et à les articuler honnêtement. Cette responsabilité rappelle exactement celle que Dieu confie aux parents lorsqu’il leur demande de transmettre ses commandements à leurs enfants dans les activités ordinaires de la vie (Dt 6.7; 11.19). Cet accompagnement ne devrait donc pas reposer seulement sur quelques conversations tenues avant la rentrée; il s’accomplit progressivement, au fil du quotidien.

Comprendre la tension que certains jeunes peuvent vivre

Il serait faux de réduire la laïcité à un rejet systématique de la foi chrétienne, ce n’est du moins pas tout à fait ce que j’observe sur le terrain. Donc, l’école ne devrait pas être présentée aux adolescents comme un territoire ennemi où ils devront constamment se défendre face aux attaques. La grande majorité des enseignants — pour ne pas dire la presque totalité — cherchent sincèrement à accueillir les élèves avec respect, quelles que soient leurs convictions.

En fait, la tension vécue par certains jeunes chrétiens prend souvent une forme beaucoup plus subtile. Un jeune peut comprendre que la foi est tolérée tant qu’elle demeure privée. Il peut croire en Dieu, mais il ne devrait pas laisser cette croyance influencer sa manière de comprendre le monde. Il peut dire que Jésus est important pour lui, mais il ne devrait pas affirmer que Jésus est véritablement Seigneur. L’adolescent apprend alors à diviser sa vie en deux. À l’Église et chez lui, il parle de Dieu et adopte le langage de l’Évangile. À l’école, il peut être tenté de réfléchir et de se comporter comme si Dieu n’existait pas. Sa foi peut demeurer présente dans son cœur tout en devenant invisible dans sa manière de vivre.

Cette tension est parfois difficile à reconnaître parce qu’elle se présente rarement comme une opposition ouverte. Il suffit que le jeune craigne que ses convictions soient perçues comme étranges ou qu’elles lui fassent perdre l’approbation de ses amis. Et là, l’effacement peut s’installer progressivement.

Pour préparer les adolescents à cette réalité, nous devons d’abord leur apprendre que le christianisme n’est pas une activité religieuse que l’on ajoute à sa vie comme on assaisonne un plat pour lui donner du goût. La foi chrétienne transforme notre compréhension de toute la réalité, puisque toutes choses ont été créées par Dieu et pour Dieu. Elle concerne donc également la manière dont nous étudions, entretenons nos relations et réfléchissons aux grandes questions. Paul exhorte d’ailleurs les croyants à ne pas se conformer au monde présent, mais à être transformés par le renouvellement de leur intelligence afin de discerner la volonté de Dieu. (Rm 12.2) Ce renouvellement de l’intelligence n’implique pas de tout rejeter en bloc. Au contraire, il donne à l’adolescent la capacité d’analyser ce qu’il entend plutôt que de l’absorber sans filtre.

Un adolescent bien préparé peut accueillir des idées qui lui sont nouvelles avec discernement. Il prend le temps de comprendre ce qu’on lui présente, l’examine à la lumière de la Bible et se forme progressivement un jugement personnel. Cette habitude lui permet de réfléchir sans craindre automatiquement ce qui s’éloigne de ce qu’il connaît.

Former des convictions avant de préparer des réponses

Lorsqu’un jeune commence à rencontrer des objections à la foi chrétienne, notre premier réflexe peut être de lui fournir une série de réponses apologétiques. Oui, de telles réponses peuvent être utiles, mais elles ne suffisent pas, car avant d’apprendre à défendre sa foi, l’adolescent doit d’abord comprendre ce qu’il croit réellement. Il est là, le vrai défi. Cette réflexion fera parfois apparaître des questions qu’il n’avait jamais osé exprimer. Paul David Tripp rappelle alors que «le doute, au lieu d’être une tragédie, est une occasion. Si un enfant vous dit: “Je ne crois pas cela”, c’est une invitation à la conversation».[1]. Les parents peuvent donc accueillir ses questions sans y voir immédiatement un abandon de la foi. Ils doivent aussi veiller à ce que leurs réactions ne découragent pas leur enfant de s’ouvrir à eux. Paul exhorte d’ailleurs les pères à ne pas irriter leurs enfants, de peur qu’ils ne se découragent. (Col 3.21) Une réponse impatiente ou alarmée pourrait pousser le jeune à dissimuler ses doutes, alors qu’une vraie écoute attentive peut ouvrir la porte à une conversation plus profonde sur ce qu’il croit.

Cette distinction est importante lorsqu’on accompagne des jeunes qui ont grandi dans l’Église. Leur connaissance des récits bibliques et du vocabulaire évangélique ne signifie pas nécessairement qu’ils ont placé leur foi en Jésus. Les parents doivent donc continuer à leur présenter l’Évangile et leur permettre d’exprimer leurs véritables questions. Ils peuvent aussi leur demander d’expliquer avec leurs propres mots qui est Jésus et ce qu’il est venu accomplir. Comme l’écrit John Zacchio Jr., «au lieu d’appeler les jeunes à s’approprier leur foi, appelons-les à répondre à Christ, l’auteur de leur foi et celui qui la mène à la perfection».[2]. Cette distinction évite de faire porter au jeune la responsabilité de produire lui-même la foi qui le sauve. Il doit répondre personnellement à l’Évangile, mais Dieu seul peut faire naître cette foi dans son cœur. Les parents sont appelés à enseigner et à accompagner en demeurant conscients de cette limite.

D’un côté, une simple conformité aux habitudes religieuses des parents résiste difficilement à la pression sociale, mais, d’un autre côté, une foi personnelle ne naît pas seulement parce qu’on accorde davantage d’autonomie au jeune. Dieu agit par sa Parole et par son Esprit. Comme Paul l’écrit à propos de son propre ministère: «J’ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître.» (1Co 3.6) Les parents doivent alors prendre au sérieux l’appel à instruire l’enfant dans la voie qu’il doit suivre (Pr 22.6). Ils peuvent lui présenter régulièrement l’Évangile, répondre à ses questions et lui montrer, par leur manière de vivre, que Jésus mérite sa confiance. Ils doivent aussi prier pour que Dieu fasse croître ce qui a été semé.

Apprendre à parler avec douceur et respect

Lorsqu’un adolescent commence à développer des convictions personnelles, il aura aussi à apprendre à les exprimer devant des personnes qui ne les partagent pas. Cette prise de parole peut être difficile, surtout les premières fois, car elle touche directement au besoin d’appartenance. À cet âge-là, se distinguer du groupe peut donner l’impression de risquer une amitié, une réputation ou une place au sein de son cercle social. C’est bien souvent la dernière chose qu’un jeune désire. Qu’elle se traduise par le silence ou la combativité, cette réaction découle souvent d’une même crainte: celle du regard de l’autre. Les parents doivent aider l’adolescent à reconnaître cette crainte, en plus de l’aider à comprendre que son identité peut, plus encore, s’enraciner dans le regard que Dieu porte sur lui.

L’exhortation de Pierre peut guider cet apprentissage: «Soyez toujours prêts à défendre l’espérance qui est en vous, devant tous ceux qui vous en demandent raison, mais faites-le avec douceur et respect» (1P 3.15-16). Avant de demander aux croyants d’expliquer leur espérance, Pierre les invite à reconnaître Jésus comme leur Seigneur. Le jeune doit donc commencer par savoir en quoi il croit et à qui il appartient. C’est cette foi qui influencera sa manière de vivre et pourra amener certaines personnes à lui poser des questions. Son courage grandira à mesure qu’il comprendra que son appartenance à Christ a bien plus de valeur que l’approbation de ses camarades.

La douceur et le respect mentionnés par Pierre font eux aussi partie du témoignage. Celui qui reconnaît avoir été sauvé par grâce n’a aucune raison de traiter avec mépris la personne qui pense autrement. Il peut exprimer ses convictions avec fermeté tout en gardant en tête que Dieu seul ouvre les cœurs. Cette manière de voir les choses l’amène à écouter avant de répondre, à vérifier s’il a bien compris son interlocuteur et à reconnaître ce qu’une autre position peut contenir de juste. Elle lui permet également de distinguer une véritable déformation du christianisme d’une simple opinion différente de la sienne. Évidemment, une telle maturité est longue à développer, mais elle protégera le jeune d’une attitude constamment défensive qui transformerait ses enseignants ou ses camarades en adversaires idéologiques.

Enfin, parler avec douceur et respect exige, bien entendu, du discernement. D’une part, ce ne sont pas toutes les affirmations entendues à l’école qui requièrent une intervention, et, d’autre part, certaines conversations gagneraient à se poursuivre dans un autre contexte. Le jeune doit apprendre à reconnaître les occasions où sa parole peut être utile et à choisir une manière respectueuse de s’exprimer. Selon la situation, il pourra poser une question devant le groupe, demander une précision ou reprendre la discussion en privé avec son enseignant. Lorsqu’il ignore comment répondre, il peut aussi l’admettre honnêtement. Dire «Je ne sais pas encore comment répondre à cette question» témoigne souvent d’une bien plus grande maturité qu’une réponse improvisée pour sauver les apparences.

Préparer les adolescents à des situations réelles

Les parents peuvent préparer les adolescents en discutant avec eux de situations qu’ils pourraient vivre au secondaire. Ces échanges n’ont pas besoin de prendre la forme d’une leçon structurée. Ils peuvent simplement naître d’une conversation au retour de l’école, pendant un repas ou à la suite d’une question posée spontanément. Par exemple: comment réagir si un ami remet en question sa foi, se moque de la Bible ou l’incite à un comportement contraire à ses valeurs?

Bien entendu, à l’école, ces situations ne se présenteront pas toujours dans un contexte d’hostilité. Ces échanges permettent néanmoins au jeune de chercher ses propres mots avant de se retrouver sous pression. Les parents peuvent même devancer certaines conversations. Kevin DeYoung recommande que les adolescents rencontrent, «dans le cadre sécurisant de la famille et de l’Église, les meilleures versions des idées séculières».[3] Les parents peuvent donc leur présenter honnêtement certaines objections au christianisme et les aider à comprendre pourquoi des personnes réfléchies parviennent à des conclusions différentes des leurs. Le jeune sera mieux préparé s’il comprend réellement ce qu’il croit et s’il a appris à écouter avant de répondre.

Les parents peuvent aussi rappeler à leur enfant qu’être en mesure de comprendre une position ne signifie pas qu’il doit y adhérer. Un élève peut démontrer qu’il a compris une idée enseignée tout en conservant ses convictions personnelles. Cette distinction peut lui éviter de percevoir inutilement certains travaux comme une attaque contre sa foi. Les parents peuvent l’aider à réfléchir à ce qu’il entend en classe en lui posant des questions simples: «Qu’est-ce que ton enseignant voulait dire?», «Qu’est-ce que tu en penses?» ou «Est-ce que cela ressemble à ce que tu as appris dans la Bible?» Si le jeune remarque une différence, ils peuvent lui demander de l’expliquer avec ses propres mots. Ils peuvent ensuite chercher avec lui ce que la Bible enseigne. Ils n’ont d’ailleurs pas besoin de connaître immédiatement toutes les réponses. En ouvrant la Bible avec leur enfant et en reconnaissant leurs incertitudes, ils lui montrent que ses questions sont prises au sérieux et qu’il est normal de prendre le temps d’écouter la Parole..

Bien entendu, cet accompagnement doit se poursuivre après les situations vécues à l’école. Un adolescent reviendra peut-être à la maison en regrettant d’être demeuré silencieux. Il aura peut-être répondu trop durement ou découvert qu’il comprend encore mal une conviction qu’il répète pourtant depuis longtemps. La réaction des parents déterminera en partie si le jeune voudra se confier de nouveau. Il faut donc lui laisser le temps de raconter ce qui s’est passé et d’exprimer ce qu’il a ressenti. Les parents pourront ensuite l’aider à comprendre sa réaction et à envisager une meilleure réponse. Si le jeune croit qu’il doit toujours avoir la bonne réponse devant sa famille ou son groupe jeunesse, il risque de cacher ses doutes. Il a besoin d’un milieu où il peut poser ses questions honnêtement pendant que ses convictions se développent.

En somme, les parents ne peuvent pas garantir que leur enfant deviendra un disciple de Jésus. Cette œuvre appartient à Dieu. Ils peuvent néanmoins lui présenter l’Évangile, accueillir ses questions et lui montrer ce que signifie vivre pour Jésus. Leur manière de parler des personnes qui ne partagent pas leur foi fera elle-même partie de cet enseignement. Ils sont appelés à cheminer aux côtés de leur adolescent pendant que ses convictions mûrissent, sans faire reposer sur eux-mêmes le résultat de cet accompagnement. C’est d’ailleurs ce que Rebecca McLaughlin a écrit: «notre foi peut être faible, mais notre Sauveur est fort».[4]  L’espérance des parents ne repose donc ni sur la perfection de leur accompagnement ni sur la capacité de leur enfant à répondre à toutes les objections. Elle repose sur Jésus-Christ, qui peut soutenir une foi encore fragile et la faire grandir. C’est ainsi que les parents pourront accompagner leur adolescent dans sa foi au secondaire: en l’aidant à connaître Jésus, à réfléchir avec discernement et à exprimer ses convictions courageusement, avec douceur et respect.


1. Paul David Tripp, « Podcast: What Your Teenager Needs Most (Paul Tripp) », Crossway, le 25 mars 2024 [https://www.crossway.org/articles/podcast-what-your-teenager-needs-most-paul-tripp/?srsltid=AfmBOoqKZm7Rr6rCfhaCHtCzOCMVgBzwDzUpYQMMcO0YvSWCs1Yijbqb] (page consultée le 29 juillet 2026).
2. John Zacchio Jr., « Stop Telling Teens to “Make Their Faith Their Own” », The Gospel Coalition, le 7 mars 2026 [https://www.thegospelcoalition.org/article/teens-make-faith-own/] (page consultée le 29 juillet 2026).
3. Kevin DeYoung, « Podcast: If You Don’t Catechize Your Kids, the World Will (Kevin DeYoung) », Crossway, le 28 mars 2022 [https://www.crossway.org/articles/podcast-if-you-dont-catechize-your-kids-the-world-will-kevin-deyoung/?srsltid=AfmBOopoODk1kh1MQM0J3RyX-WHLyaZ-7EBe3WAoPeZNQBsKvUjtlw7r] (page consultée le 4 août 2026).
4. Rebecca McLaughlin, « An Open Letter to Teens Facing Doubts about Christianity », Crossway, le 1er mai 2023 [https://www.crossway.org/articles/an-open-letter-to-teens-facing-doubt-about-christianity/?srsltid=AfmBOoqH8cMpbUbGAtEE4ba2hCsPfG9HbSEy__s6iibtQ9vz3PY8qgR1] (page consultée le 4 août 2026).
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