Jésus a-t-il réellement existé ? S’il y a bien un homme qui a bouleversé le cours de l’histoire de l’humanité, et la vie de milliards de personnes, c’est bien Jésus. Mais, après tout, si l’on a beaucoup écrit sur lui, Jésus lui-même n’a jamais rien écrit. Nous n’avons aucune preuve directe qu’il ait bien existé, et la majorité des écrits à son sujet sont le fait de ses disciples. Beaucoup doutent donc de la fiabilité de leurs écrits, qui paraissent être particulièrement partiaux. Comment peut-on alors savoir si Jésus a bien existé ?
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Jésus a-t-il réellement existé ? S’il y a bien un homme qui a bouleversé le cours de l’histoire de l’humanité, et la vie de milliards de personnes, c’est bien Jésus. Mais, après tout, si l’on a beaucoup écrit sur lui, Jésus lui-même n’a jamais rien écrit. Nous n’avons aucune preuve directe qu’il ait bien existé, et la majorité des écrits à son sujet sont le fait de ses disciples. Beaucoup doutent donc de la fiabilité de leurs écrits, qui paraissent être particulièrement partiaux. Comment peut-on alors savoir si Jésus a bien existé ?
La première chose à noter, c’est que si l’historien ne devait travailler qu’à partir de sources impartiales, il ne travaillerait pas beaucoup et nous ne saurions pas grand-chose de notre passé. Mais nous rediscuterons de la fiabilité des auteurs des évangiles dans une autre émission. Aujourd’hui, nous allons plutôt nous tourner vers les sources non-chrétiennes. Parlent-elles de Jésus ?
Eh bien, oui ! C’est un fait quasi-consensuel parmi les historiens : Jésus a bien existé. Comment en arrivent-ils à cette conclusion ? Tout simplement parce que plusieurs auteurs non chrétiens font mention de Jésus dans leurs écrits.
Ainsi, l’historien Juif du Ier siècle Flavius Josèphe signale, dans l’un de ses écrits, la mort de Jacques, qu’il présente comme étant, je cite : « frère de Jésus, appelé Christ ». Il y fait également allusion dans un long passage du Testimonium Flavianum, le décrivant notamment comme un faiseur de prodiges, crucifié par Ponce Pilate. L’authenticité de ce passage fait débat parmi les spécialistes, dont certains soupçonnent plusieurs interpolations chrétiennes tardives. Notons simplement que la mention de sa crucifixion et des prodiges qui lui étaient attribués ne sont pas les mentions les plus discutées.
Outre Josèphe, d’autres auteurs non chrétiens du début du IIe siècle comme Suétone, Tacite ou Pline le Jeune mentionnent un certain « Christus », duquel les chrétiens tirent leur nom, qui fut livré au supplice par Ponce Pilate, et qui est à l’origine d’une religion nouvelle dont les membres ont l’habitude de le louer comme un dieu. Autant de sources qui corroborent les écrits des évangiles, et qui ne sont pas soupçonnées de partialité.
Citons également Mara Bar Sérapion, un philosophe stoïcien emprisonné à Rome et qui compare, sans le nommer explicitement, Jésus à Socrate ou Pythagore, de par sa sagesse ; ou encore Lucien de Samosate, qui parle des Chrétiens de Palestine en disant qu’ils, je cite, « adorent encore aujourd’hui l’homme qui fut empalé en Palestine parce qu’il avait introduit dans le monde cette nouvelle forme d’initiation ». Nommons encore, comme sources non chrétiennes, Jules l’Africain, qui, citant l’historien Thallus, mentionne les ténèbres qui sont apparus suite à la crucifixion de Jésus ; ou encore le talmud babylonien qui parle de Yeshou, « pendu au soir la veille de la Pâque », sans nier son existence, ni la responsabilité juive dans son exécution, et en lui attribuant des activités de guérisseur.
Nous venons donc de faire état de huit sources non chrétiennes différentes qui mentionnent toutes Jésus. Au premier regard, certains pourraient trouver cela léger, mais il faut garder en tête plusieurs choses. Tout d’abord, il est normal que l’on ne soit pas en possession d’un grand nombre de sources relatives à Jésus dans un contexte où le christianisme est encore très modeste et peu développé, d’autant plus que le ministère de Jésus fut court, il ne dura que trois ans, et se restreint à un espace géographique très limité qui fut détruit par les Romains quelques années après sa crucifixion. Notons ensuite qu’aucun de ces auteurs, ni aucune autre source, ne nient l’existence de Jésus. Finalement, ce qui est le plus étonnant, c’est que des auteurs non chrétiens parlent de Jésus ! Comme le dit Daniel Marguerat, au sujet du faible nombre de sources non chrétiennes sur Jésus : « L’explication la plus évidente n’est pas l’inexistence de Jésus (aucun rabbi juif palestinien n’est cité par ces historiens), mais leur désintérêt pour la vie et l’exécution, parmi beaucoup d’autres, d’un obscur rabbi dans une obscure province de l’Empire. L’historiographie gréco-romaine célèbre les généraux et leurs batailles, les empereurs et leur politique. Il est justement significatif que le mouvement de Jésus n’éveille leur intérêt (et leur inquiétude) qu’au moment où il menace de perturber l’ordre social. »
Ajoutons enfin que si l’on prend en compte les sources chrétiennes, nous sommes alors en possession d’une documentation au sujet de Jésus qu’aucun homme de l’Antiquité ne peut se targuer d’avoir à son sujet. La question, pour les historiens, n’est donc plus de savoir si Jésus a existé, mais quel Jésus a existé.
Nathanaël Delforge est passionné de théologie et de philosophie, il est également le créateur et l’animateur de Kurious, une chaîne YouTube d’apologétique chrétienne. Professeur de mathématiques dans le secondaire, il poursuit des études de théologie en parallèle. Il est marié et père d’une petite fille.
































