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Celui qui s’est écrié, selon l’histoire, lors d’une réunion en 1534 : «Ma messe, la voici! C’est la Bible, et je n’en veux pas d’autre!»

Celui qui, dans la préface à la bible d’Olivetan fait l’éloge de la bible dans un langage imagé et riche :

C’est la « clé qui nous ouvre le Royaume de Dieu », le « miroir dans lequel nous contemplons le visage de Dieu », et « l’attestation de sa volonté bonne ». De plus, c’est le « chemin », « l’école de la sagesse », le « sceptre royal », la divine « houlette » (CO 9, 8-23)

Une clé pour nous ouvrir le royaume de Dieu – sans laquelle la porte reste fermée.

Le miroir dans lequel nous contemplons le visage de Dieu – sans lequel nous n’avons pas de moyen pour voir Dieu.

L’attestation de sa bonne volonté – sans laquelle nous vacillons ici et là, accablés par la crainte et l’incertitude.

Le chemin – sans lequel nous sommes perdus et errants.
L’école de sa sagesse – sans laquelle nous restons stupides et mal instruits.

Le sceptre royal – sans lequel nous risquons de désobéir à notre Seigneur et Roi.

La divine houlette – sans laquelle nous demeurons sans défense face à notre nature charnelle, le monde révolté contre Dieu et Satan lui-même. L’exemple de notre Sauveur dans le désert nous interpelle toujours.

Le choix d’images est réfléchi et fascinant, car tout cela a pour effet de nous maintenir dans l’humilité devant Dieu et devant sa parole.

Méditer ces images nous rend plus humbles devant la parole de Dieu, et l’humilité est ce qui convient le plus quand il s’agit d’écouter de la parole de Dieu. Esaïe 66.2 est un rappel sobre de cette vérité :

Voici sur qui je porterai un regard favorable : sur celui qui est humilié, et qui a l’esprit abattu, sur celui qui respecte, ma parole

Et, d’ailleurs, cette attitude est des plus propices pour ensuite répondre à la Parole de grâce avec repentance et foi.

Tenir la bible entre ses mains est déjà un signe extraordinaire de la grâce de Dieu et devrait nous remplir de gratitude et d’humilité

Car, dit Calvin dans son Institution chrétienne : « Dans la bible Dieu bégaie, comme par manière de dire, avec nous à la façon des nourrices pour se conformer à leurs petits enfants – les Ecritures nous apportent une connaissance propre à la rudesse de nos esprits : ce que l’Ecriture ne peut faire qu’elle s’abaisse, et bien fort, au-dessous de la majesté de Dieu. »

L’Institution chrétienne : 4 volumes, un classique de la théologie. On serait tenté de croire que c’est un livre destiné aux spécialistes, difficile à comprendre et trop dense pour plaire. Quelle surprise, alors, de la lire et de découvrir qu’elle est somptueuse. Voyons d’abord le but que Calvin s’est donné en l’écrivant :

En 1536, il voulait écrire pour enseigner les bases de la foi aux nouveaux convertis. D’accord, il l’a écrite en latin, la rendant quelque peu inaccessible pour la population en général, mais l’intention est bonne. Ensuite, il va en même temps changer de cap et la rendre plus accessible. Dans des éditions successives – il en fait 4 en tout – il traduit son œuvre en français et indique qu’il vise des lecteurs voulant se former dans la théologie.

Ceux qui renâclent à l’idée de lire Calvin devraient néanmoins prendre courage de ce fait. Il n’écrit pas pour les instruits, mais pour ceux qui désirent le devenir. Ce qui vaut pour chacun de nous, n’est-ce pas ?

Le but de cette instruction, de cette érudition ? Ecoutons le : il écrit pour que les étudiants « aient accès facile à la lecture des Saintes Ecritures, qu’ils y progressent en restant sur le bon chemin sans trébucher… pour pouvoir ensuite juger et décider pour eux-mêmes ce qu’il faut chercher dans les Ecritures et dans quel but.» Plus tard il réitère que « l’Institution peut être une clé et une entrée pour permettre à tout enfant de Dieu de bien comprendre les Saintes Ecritures.» L’Institution chrétienne, aux yeux de son auteur, est donc un outil qui sert à comprendre les Ecritures.

Ceci est d’une importance capitale. Les œuvres des réformateurs en général et de Calvin en particulier ne remplaçaient en aucun cas les Ecritures, mais devaient amener le lecteur à une meilleure compréhension de celles-ci, et à une lecture attentive. D’ailleurs, si nous sommes baptistes plutôt que réformés aujourd’hui, c’est parce que c’est la bible qui fait autorité dans ce qu’il en est de la pratique du baptême, question pour laquelle Calvin, me semble-t-il, a écouté plus l’histoire de l’Eglise que les Ecritures…

Mais constater que Calvin voulait que son Institution serve comme aide à la lecture de la bible nous reprend sérieusement.

Qu’en est-il des outils que nous lisons ? Si cela se résume à des pensées d’une page sur un calendrier dans les WC, peut-être faut-il se poser la question d’aller plus loin. Je me pose la même question, aussi. Ce n’est pas parce que nous les pasteurs passons beaucoup de temps dans les tomes imposants que nous lisons plus ou mieux la bible…

Mais il faut continuer notre étude. Une fois la bible en main, une fois que les pages commencent à tourner, que les paroles rentrent, comment lire ce livre pour qu’il soit vivant, pour qu’il nous rende vivants ?

D’abord, il faut une approche qui prône la clarté et l’explication concise.[1] Calvin se démarquait de ceux qui le précédaient, qu’ils soient avant la réforme ou après, par sa brièveté et sa lucidité. Ceci indique que, pour Calvin, la Bible est une parole claire et compréhensible : que nous n’avons pas besoin de longs discours ni d’allégories pour comprendre le sens d’un texte biblique : il faut tout simplement savoir lire attentivement. Sola scriptura va de pair avec claritas Scripturae, la clarté des Ecritures. Nous pouvons comprendre les Ecritures si nous les lisons attentivement.

Qu’est-ce j’entends par « lire attentivement. » La même chose que Calvin, ce qui peut se résumer en répondant à quatre questions essentielles : Quelle était l’intention de l’auteur ?[2] Quel était le contexte historique ?[3] Quel est le sens littéral / grammatical du texte ?[4] Quel est le contexte littéraire[5] ?

Cela est, me semble-t-il, une question de politesse par rapport à l’auteur. C’est la base de la lecture qui présuppose que l’auteur voulait dire quelque chose et que ce quelque chose est à portée de main. Qui présuppose que la communication est possible. Nous avons besoin de nous le rappeler lorsque les thèses prolifèrent, où il est prétendu que l’auteur et ce qu’il voulait dire n’ont rien à faire dans notre interprétation du texte.

A titre d’application intermédiaire, je dirais que cela implique que nous devrions lire les livres de la bible, et non pas des versets de ces livres hors contexte. Et peut-être aussi, que nous devrions devrait prêcher les livres bibliques…

Mais tout ce travail sur le texte en tant que texte sera inutile si nous oublions ce qui, pour Calvin, était la clé de la compréhension des Ecritures. Ecoutons ce qu’il dit, d’abord dans la préface à la Bible de Genève intitulée « Le vray but de l’Escriture » : dans la lecture de la bible « il n’est point donc licite de nous détourner ni divertir de la contemplation du Christ, tant peu que ce soit. Mais il faut que notre entendement soit du tout arrêté à ce point, d’apprendre en l’Ecriture à cognoitre Jésus Christ tant seulement, afin d’être droitement par luy conduits au Père, lequel contient en soy toute perfection. »

Et ce n’est pas uniquement dans cette préface mais partout dans son ouvrage que Calvin retient la même approche aux Ecritures. Voici son commentaire sur Romains 10.4 (Christ est la fin de la loi): « Quoi que la loi enseigne, quoi qu’elle commande, quoi qu’elle permette, elle a toujours Christ pour but ; c’est donc à lui que doivent être rapportées toutes les parties de la loi… la loi en toutes ses parties regarde à Christ ; c’est pourquoi jamais l’homme ne pourra en avoir droite intelligence, s’il ne vise toujours à ce but. »

Ou bien, en commentant sur 2 Corinthiens 1.20 (Car toutes les promesses de Dieu sont oui et amen en Christ), il dit : « le Christ est le fondement et la fermeté de toutes les promesses de Dieu…il faut aussi que ma prédication soit bien ferme, laquelle ne contient rien que Jésus-Christ, en qui toutes les promesses sont ratifiées…toutes les promesses de Dieu sont appuyées sur Christ… C’est une sentence digne de mémoire, et l’un des principaux articles de notre foi. » Plus tard dans le même passage, Calvin nous oriente vers la mort et la résurrection de Jésus pour comprendre de quelle façon les promesses de Dieu sont oui et amen en Christ: l’accomplissement des promesses faites à travers Moïse et les prophètes est, selon Calvin, le fruit de l’évènement de la croix.

Cette approche est si profondément calviniste, que nous pouvons même lire dans le 4e livre de l’Institution « Dieu ne s’est jamais révélé aux hommes autrement que par le Fils. Adam, Noé, Abraham, Isaac, Jacob et d’autres ont puisé à cette source tout ce qu’ils ont reçu d’enseignement céleste. » Ce qui est un constat provocateur ; pour le moins.

Voilà, donc, ce que Calvin visait quand il lisait, et quand il faisait lire la bible : il faut d’abord s’approcher humblement de la parole de Dieu, ensuite, il faut lire attentivement les textes, le tout afin de voir et de contempler le Christ dans toutes les Ecritures.

 

Dans la même série :
1. Introduction
2. Comment Calvin lisait-il la bible ?
3. Est-ce une manière biblique de lire la bible ?
4. Quel impact cette manière de lire la bible a-t-elle dans notre vie de chrétien ?


[1] ‘La principale vertu d’un expositeur consiste en une brièveté facile et qui ne comporte point d’obscurité’ Epitre aux Romains,lettre à Simon Grinée.

[2] ‘…quasi tout son office est compris en ce seul point, à savoir de bien déclarer et découvrir l’intention de l’auteur qu’il a entrepris d’exposer…’ Idem

[3] ‘…le droit sens de l’Ecritture depend souvent des circonstances…’ IV.16.xxiii
IV.22.xvii

[4] ‘…diligence que nous mettons à nous enquérir de vrai sens…quel est le sens vrai et naturel de ses paroles..’

[5] III.17.xiv ‘Les passages que nous avons ici amené ne nous empêcheront pas beaucoup, si nous les considérons en leur circonstance, qui est double.’

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