La cicatrice sur le visage de Joël était encore fraîche – des dommages visibles laissés par une récente tentative de suicide. La vie de Joël semblait chaotique et hors de contrôle, même pour l’observateur le plus distant. Plus on s’approchait de sa situation, plus elle paraissait grave.
Joël était un ancien combattant qui avait perdu des amis proches pendant la guerre. Il pouvait à peine dormir ; les cauchemars et l’hypervigilance le tenaient éveillé. Joël avait également été infidèle à sa femme à de nombreuses reprises, et il était presque toujours intoxiqué ou sous l’emprise de quelque chose.
Il voulait que la douleur s’arrête. Il ne voulait plus être un fardeau pour ses amis et sa famille. Il pensait qu’une balle dans la tête ferait tout disparaître. Par la grâce de Dieu, la balle n’a pas eu l’effet escompté. Elle a laissé Joël avec un visage et une âme marquée.
Et voilà que Joël – ou quelqu’un comme lui – vient vous voir pour être conseillé. Alors qu’il est là, assis devant vous et qu’il sollicite votre aide, vous vous demandez : « Par où dois-je commencer ? » Avant de creuser dans les problèmes de Joël, il peut être utile de prendre du recul et d’examiner certains facteurs généraux qui sont à l’œuvre dans toute situation de counseling.
Les conseillers doivent comprendre les dynamiques en jeu dans chaque situation – leurs propres propensions, la perspective de la personne qui demande de l’aide, la réalité objective et ce que la Parole de Dieu a à dire. Il est malheureusement possible d’aggraver les réalités du péché et de la souffrance lorsque nous ne comprenons pas ces dynamiques. Mais avec la sagesse de Dieu, nous pouvons naviguer sagement dans les eaux tumultueuses du péché et de la souffrance dans nos propres cœurs, dans les cœurs de ceux dont nous nous occupons, et dans le monde dans lequel nous vivons.
Les propensions des conseillers
Chaque conseiller biblique a une propension subjective à traiter quelqu’un soit comme un pécheur, soit comme une personne qui souffre. Chaque penchant a des forces et des faiblesses.
Les conseillers qui considèrent les gens comme des personnes souffrantes ont tendance à être compatissants. Ils pleurent avec ceux qui pleurent (Rom. 12:15). Cependant, ils peuvent aussi négliger le péché dans la vie d’une personne ou même le justifier à cause de la souffrance qu’ils voient. Ce type de conseiller sera d’un grand réconfort pour Joël et lui montrera l’amour, la bonté et la sollicitude de Dieu, mais il ne s’attaquera peut-être jamais au péché qui réside dans le cœur de Joël.
Les conseillers qui ont tendance à considérer quelqu’un comme un pécheur sont généralement compétents pour identifier à la fois les comportements pécheurs et les désirs errants dans le cœur, désirs qui mènent au péché. Mais dans leurs pires jours, ils peuvent minimiser la souffrance d’une personne, ne pas exprimer l’amour compatissant du Christ, et ignorer le besoin de se lamenter sur des pertes importantes. Si Joël s’adressait à ce genre de conseiller, il n’aurait peut-être pas l’occasion de pleurer les pertes qu’il a subies, qui n’excusent pas ses péchés mais qui ont certainement contribué à le pousser à les commettre. Ses pertes doivent être portées à la connaissance de notre Sauveur qui souffre.
Le point de vue des personnes conseillées
Une personne qui vient consulter se considère soit comme un pécheur, soit comme une personne qui souffre.
Certaines personnes consultent parce qu’elles se sentent piégées dans un cycle de péché. Elles veulent se confesser, se repentir et s’engager dans la redevabilité. Mais voir d’abord le pécheur peut aussi conduire quelqu’un au légalisme, à un christianisme basé sur la performance, ou à une culpabilité et une honte excessives. Cela peut également l’amener à ignorer les souffrances importantes qui influencent sa vie.
Une personne qui a une vision de type « souffrant » peut avoir évalué honnêtement sa douleur, la considérant comme causée par une épreuve ou une tribulation. Mais elle peut aussi avoir développé une mentalité de victime, qui lui ferait rejeter la faute sur les péchés qu’elle a commis ou la ferait s’enliser dans le désespoir.
Naviguer dans la dynamique et la réalité
Que se passe-t-il lorsque la perspective de la personne conseillée se combine avec la propension du conseiller ?
Lorsqu’une personne qui se considère comme une personne souffrante rencontre un conseiller orienté vers le pécheur, elle peut se sentir jugée, non écoutée, non prise en charge et non aimée. À l’inverse, la personne souffrante qui trouve un conseiller axé sur la souffrance peut se sentir aimée, mais aussi se complaire dans le chagrin et lutter pour aller de l’avant et grandir. Lorsque la personne qui se considère avant tout comme un pécheur rencontre un conseiller qui partage ses idées, elle peut faire de grands progrès pour changer son comportement pécheur, mais si elle n’a pas appris à faire le deuil de la perte passée, sa croissance peut être motivée par un cœur axé sur la performance.
L’un des principaux problèmes de notre paradigme pécheur/personne en souffrance est qu’il est trop simpliste – il s’agit d’une dichotomie totalement fausse. Les gens sont à la fois des personnes qui souffrent et des pécheurs (etbien d’autres choses encore). Les pécheurs souffrent, et ceux qui souffrent pèchent. Parfois, le péché et la souffrance sont liés. Les gens pèchent, et cela entraîne des conséquences douloureuses. Parfois, nous péchons en réaction à notre souffrance. D’autres fois, notre péché et notre souffrance ne sont pas directement liés.
Les gens sont à la fois des personnes qui souffrent et des pécheurs (et bien d’autres choses encore). Les pécheurs souffrent, et ceux qui souffrent pèchent. Parfois, le péché et la souffrance sont liés.
En tant que conseillers, nous devons comprendre la totalité de la personne qui se trouve devant nous – son péché, sa douleur et tout le reste. Et nous devons aider les personnes en face de nous à se voir aussi.
Joël sera grandement béni par un conseiller qui ne l’approchera pas comme s’il était une personne en souffrance ou un pécheur, mais comme une personne à part entière. Un conseiller avisé explorera tous les aspects de chaque situation – les propensions du conseiller, les perspectives de la personne conseillée et la dynamique en jeu entre eux. Cette exploration permettra au conseiller d’éviter les erreurs et les oublis et l’aidera à répondre pleinement à tous les problèmes auxquels la personne en quête de conseil est confrontée.



























