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Le pasteur avait l’air hésitant. En temps normal, c’est de persévérance spirituelle dont il aurait parlé à ce membre d’Église découragé. Il l’aurait encouragé avec un psaume. Mais aujourd’hui, il était plutôt silencieux. Il était compatissant mais n’offrait aucune piste d’espoir en rapport avec l’œuvre salvatrice de Christ ou l’aide immédiate du Sauveur. Pourquoi ? Parce que ce pasteur craignait que ces encouragements spirituels soient peu pertinents voire inutiles pour ce fidèle qui venait d’apprendre qu’il souffrait de dépression.

La plupart des gens croient que la dépression est causée par un déséquilibre chimique, mais cette hypothèse est contestée par une étude médicale récente intitulée « La théorie de la sérotonine concernant la dépression ». Cette étude, menée par le Dr Joanna Moncrieff du University College de Londres, est une méta-analyse ; autrement dit une étude sur les recherches psychiatriques majeures portant sur le lien entre la dépression et la sérotonine, ce neurotransmetteur que les psychiatres ont identifié depuis longtemps comme étant la cause chimique la plus probable de la dépression. Après avoir collecté et réexaminé la plupart des recherches fiables et pertinentes sur le sujet, l’étude du Dr Joanna Moncrieff conclut qu’il n’y a « aucune preuve convaincante que la dépression soit causée par des anomalies de la sérotonine. »

Depuis que cette étude est parue le 20 juillet 2022 dans la revue Molecular Psychiatry, elle a fait des vagues et a suscité des critiques. La publication de cette étude procure une nouvelle opportunité de réaffirmer ce que nous savons (et ne savons pas) sur l’expérience de la dépression. Voici quatre questions que l’étude a soulevées. Nous y répondons dans une perspective de conseillers chrétiens.

1) Cette nouvelle recherche signifie-t-elle que la dépression n’est qu’une question spirituelle ?

Le discrédit de l’hypothèse de la sérotonine ne signifie pas que le corps et le cerveau sont à présent des acteurs marginaux dans la dépression. Il y a des années, Charles Spurgeon décrivait sa dépression comme un évènement physique, dépassant largement son contrôle. Il écrivait « Un foie léthargique produira la plupart de ces redoutables appréhensions que nous sommes si prompts à considérer comme des émotions spirituelles. » Les failles de notre cerveau et de notre corps sont complexes. L’étude du Dr Joanna Moncrieff suggère uniquement que les médecins auraient tort de dire que les médicaments traitent un déficit sous-jacent en sérotonine tout en omettant une cause physique contribuant à la dépression.

Le discrédit de l’hypothèse de la sérotonine ne signifie pas que le corps et le cerveau sont à présent des acteurs marginaux dans la dépression

2) Est-ce que cette étude sur la sérotonine impacte la quantité et le type de médicaments prescrits pour la dépression ?

Même si cette méta-analyse récente semble faire l’effet d’un tremblement de terre, la conclusion n’est pas surprenante. Des voix au sein de la psychiatrie traditionnelle ont toujours exhorté à être prudent vis-à-vis des médicaments et des théories relatives aux déséquilibres chimiques. La mesure directe en temps réel des taux de neurotransmetteurs dans le cerveau humain s’est révélée quasi impossible. Personne n’a mis en évidence un déficit de neurotransmetteur puis a décidé de le réparer. Au lieu de cela, les plus anciennes classes d’antidépresseurs, comme beaucoup de médicaments psychoactifs, ont été découvertes de façon fortuite : des médicaments créés pour d’autres indications avaient un effet bénéfique avéré chez les patients souffrant de dépression. Et alors que les ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de Recapture de la Sérotonine) comme la Fluoxétine (Prozac°) ont été développés de façon spécifique pour cibler l’hypothétique déficit en sérotonine, leurs effets exacts sur le cerveau humain demeurent obscurs.

Les ISRS restent le traitement le plus courant pour la dépression pour une raison très simple : la plupart du temps, ils sont efficaces. A ce jour, les médecins généralistes et les psychiatres les prescrivent non pas à cause d’une efficacité démontrée par la recherche en neurobiologie mais à cause de leur expérience clinique.

En fait, si une personne dépressive se porte mieux grâce à un médicament que les autorités sanitaires ont approuvé suite à des essais cliniques (et que cette amélioration n’est pas contre-balancée par des effets indésirables), cela est jugé suffisant. Le mécanisme chimique permettant cette amélioration n’a pas besoin d’être complètement compris, et il y a tout lieu de penser qu’il ne l’est pas. L’étude du Dr Joanna Moncrieff ne signifie pas que les patients prenant des médicaments pour la dépression doivent interrompre cette forme de traitement. Elle nous rappelle plutôt que les facteurs qui font que les antidépresseurs sont efficaces sont, à l’heure actuelle, mal compris.

3) Si ce n’est pas la sérotonine, qu’est-ce qui est à l’origine de la dépression ?

Le cerveau est un réseau complexe de connections interdépendantes. Nous serions naïfs de penser que la dépression peut être réduite à l’action d’un neurotransmetteur quand il en existe des dizaines. Les recherches sur la sérotonine espéraient identifier un lien dans une chaîne complexe d’évènements en se focalisant sur un neurotransmetteur principal. Mais alors que la piste de la sérotonine semble s’éloigner, d’autres neurotransmetteurs pourraient être plus prometteurs.

Pour autant, leur implication n’équivaut pas nécessairement à un lien de cause à effet. On peut affirmer tout au plus que les variations des neurotransmetteurs coexistent avec la dépression. C’est comme pour les incendies et les camions de pompiers : ils se retrouvent souvent ensemble, mais le camion de pompier ne cause pas nécessairement l’incendie. La recherche sur le cerveau n’est pas encore en mesure de prouver que la dépression est causée par un problème de neurotransmetteurs.

S’il y a une tendance dans la littérature actuelle sur le sujet de la dépression, ce serait plutôt le lien qu’elle entretient avec les évènements traumatiques. Par exemple le récent confinement dû à la Covid-19 et le bouleversement qu’il a engendré commence à révéler des effets sur la santé mentale de nombreuses personnes. C’est comme si elles avaient rassemblé toute leur énergie pour traverser une crise et quand la crise s’est éloignée, leur corps s’est écroulé. Les modifications émotionnelles sont au premier plan de ces effondrements physiques. Il est vraisemblable que les réseaux de neurotransmetteurs font partie du processus, même si notre compréhension est assez limitée. Ce que nous savons en revanche, c’est que les taux d’anxiété et de dépression ont explosé durant la pandémie. Cela devrait motiver les pasteurs à aimer les personnes en souffrance de façon appropriée.

4) Que devrions-nous faire face à la dépression ?

La méta-analyse ne signifie pas qu’en l’absence de preuve d’un déséquilibre chimique, la dépression résulte nécessairement de choix pécheurs ou stupides ! La tristesse, la fatigue ou l’épuisement, le sommeil perturbé et les troubles alimentaires, la perte du plaisir, le manque de concentration et la sensation d’être physiquement vidé ou de manquer d’énergie et d’élan ne sont pas des péchés en eux-mêmes. Présupposer qu’une personne qui souffre d’un sentiment profond et durable de noirceur et de découragement est forcément en train de pécher, c’est suivre la voie des mauvais conseillers de Job. De nombreux psaumes présentent le sentiment d’abattement comme une saine expérience. Les mots durs du psaume 88 sont frappants. Le psalmiste déclare : « Ma seule compagnie est celle des ténèbres. » (Ps 88.19, Semeur)

S’il y a certainement des cas où la dépression résulte d’un péché (par exemple être découvert dans une situation d’adultère et ne pas supporter la perte de cette escapade idolâtre secrète), la dépression n’est pas nécessairement un péché.

En revanche, la dépression est toujours une souffrance.

Quand vous écoutez quelqu’un qui est dépressif, vous entendez sa douleur. Parfois nous connaissons la cause de la souffrance – la mort d’un bien-aimé ou une maladie chronique – et parfois nous ne la connaissons pas. L’Écriture nous donne la faculté d’aider les personnes en souffrance sans connaître toutes les causes précises de leur souffrance, parce que Dieu, lui, les connaît. Même si nous nous intéressons également aux causes, nous n’avons pas besoin d’attendre de les trouver pour pouvoir apporter du réconfort. Nous pouvons offrir l’espoir de la présence de Dieu dans la souffrance (Ps 23.4), que celle-ci soit le résultat d’un monde déchu, d’un corps défaillant, de choix fautifs ou d’une combinaison de tout cela. Nous pouvons dire aux personnes en souffrance que Dieu s’intéresse à leur souffrance et qu’il parle avec des mots d’espoir, dignes de confiance, quelle que soit la violence de l’orage qu’elles traversent.

L’Écriture nous donne la faculté d’aider les personnes en souffrance sans connaître toutes les causes précises de leur souffrance, parce que Dieu, lui, les connaît.

Jésus offre aux personnes qui sont dans des moments de ténèbres un soutien fidèle et durable. Et parfois, aussi, une délivrance des ténèbres significative. En tant que conseillers expérimentés, nous pouvons affirmer qu’il y a dans nos assemblées plus de personnes prenant des antidépresseurs que ce que la plupart des gens imaginent. Peut-être que vous ne comprenez pas tout ce qui se passe dans leur corps ou dans leur cœur, mais vous pouvez leur offrir un encouragement dans leur souffrance… en évitant de banaliser la foi comme une solution miracle, mais en refusant également de vous tenir à l’écart comme si seuls les traitements à base de médicaments suffisaient.

Notre but, lorsque nous accompagnons quelqu’un touché par la dépression, est de chercher à comprendre l’expérience de la personne, de sonder les profondeurs du conseil de Dieu exprimé dans l’Écriture pour trouver les mots appropriés pour l’occasion. Nous cherchons aussi, avec sagesse, à apporter la grâce à ceux qui écoutent (Ep 4.29). Peut-être que cette nouvelle étude à propos de la sérotonine est une invitation à redoubler d’efforts pour le soin biblique. Nous nous associons ainsi à d’autres aidants potentiels (amis, pasteurs, médecins, conseillers). En faisant cela, nous sommes confiants que nous avons tout ce qui est nécessaire à la vie et à la piété dans notre connaissance de Christ (2 Pi 1.3).

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