Le Rôle du mentor 2 – Quelques règles pratiques pour le mentorat

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Un « contrat » clair

Avant de se lancer dans une relation mentorale, il est important, selon moi, de clarifier les attentes du mentoré, afin d’établir un « contrat » clair. Je n’accepte pas de nouveau protégé sans lui avoir demandé :

  • Qu’est-ce que tu attends de moi ?
  • Explique-moi comment devrait se dérouler notre relation mentorale ? Etc.

Les attentes sont en réalité bien différentes. Certains désirent un entretien tous les 6 mois, d’autres un appel téléphonique une fois par mois… d’autres me rencontrer chaque fois qu’ils sont dans ma région.

Bien entendu j’ai besoin que soit formulée cette « permission » dont j’ai parlé dans l’article (mettre le lien avec l’article « le rôle du mentor »)

Faute de quoi l’imprécision sera source de frustration, tant pour le mentoré que pour le mentor. Le protégé désirerait peut-être plus de contact avec son mentor mais n’ose pas l’exprimer…

C’est sur la base de ce contrat clair, qu’un mentor peut prendre l’initiative de recontacter son mentoré, quand il perçoit que le silence, l’absence de contact, peut cacher des difficultés de son protégé.

Un silence prolongé, est aussi l’occasion de vérifier que la relation mentorale est toujours désirée et d’actualité. J’ai eu très peu de contacts avec l’un de mes protégés depuis plusieurs mois, malgré qu’il ait formulé, à plusieurs reprises, son intention d’entrer en contact avec moi. Je vais lui poser la question de confiance.  – Suis-je toujours ton mentor ?

Question : faut-il un contrat écrit ? Pour moi, il s’agit bien d’un contrat moral. J’ai rencontré un mentor qui fait signer un document à ses mentorés. Cela me gêne. Le mentorat est, je l’ai souligné, une histoire d’amitié. Un écrit place la relation sur un autre plan que celle d’une amitié offrant le cadre d’un mentorat spirituel.

La confidentialité

La profondeur, la qualité, la pérennité de la relation mentorale dépend en très grande partie de cette confidentialité. Le mentor se doit d’être étanche. Totalement étanche. Même vis-à-vis de son épouse. (Ma femme, de son coté, accompagne certaines épouses de mes protégés…) La relation de mentorat spirituel est fondée sur l’absolue certitude que ce que le protégé partage avec son mentor restera définitivement entre eux. Le mentor est tenu aux obligations déontologiques de tout serviteur de Dieu.

Pour ma part je préfère taire le nom de mes protégés… tant qu’ils ne disent pas eux-mêmes publiquement que je suis leur mentor. L’existence de cette relation est, pour certains protégés, confidentielle ! Cette confidentialité, oblige aussi le mentor vis-à-vis de « l’employeur » de son mentoré. Le mentor n’a pas à répondre à des questions que pourraient lui poser, l’église, la mission, dans laquelle est engagé son protégé, si celle-ci connaît l’existence de cette relation.

Questions autour de la confidentialité

Le protégé doit-il dire à son Église, sa mission etc. qu’il a un mentor ? Certains mentors ont pour principe la transparence en ce domaine et encouragent leur mentoré à dévoiler l’existence de leur relation. Je ne partage pas totalement cet avis. Par expérience. Certains protégés arrivent avec un « bagage » douloureux avec leur église ou la structure chrétienne dans laquelle ils exercent leur ministère. Ils ont besoin que la relation mentorale se développe dans la confidentialité. Certains protégés me l’ont expressément demandée sur ce point précis. D’autres, qui occupent des fonctions de direction, m’ont présenté à tout leur staff comme leur mentor ! Mon principe est donc de suivre le désir ou le souhait du protégé.

Le mentor peut-il évoquer le nom de ses protégés ?

Pour moi : pas tant que le protégé n’a pas lui-même rendu publique l’existence de la relation mentorale. J’accompagne des leaders nationaux, mais je n’évoque jamais leur nom, si ce n’est pas eux qui le font en premier. Même dans ce cas j’évite de mentionner leur nom par principe. Ne serait-ce que pour ma propre humilité… Qui suis-je pour être le mentor de certains serviteurs brillants, renommés, qui ont du succès… Franchement je me sens même plutôt indigne… D’ailleurs je ne réponds jamais à la question :

Combien as-tu de protégés !

Je n’en fais pas le recensement, les besoins et les attentes de chacun sont différentes, donc le nombre n’est pas significatif… Je veux me protéger de tout orgueil : même si Dieu m’a confié pour cette dernière partie de ma vie active, un ministère de mentor, je reste moi-même à l’école de la grâce.

Un mentor peut-il demander conseil

Un mentor peut-il demander conseil à quelqu’un -psychologie par exemple-s’il présente une question qui le dépasse. (Sachant qu’il renverra son mentoré vers un spécialiste si le besoin s’en fait sentir). Oui à condition de respecter la confidentialité et l’anonymat.

Au début de mon ministère un de mes protégés m’a adressé en le formulant un problème personnel qui me semblait dépasser mes compétences. J’ai croisé mon cher ami Paul Millemann, psychiatre, à l’IBG. Je lui ai demandé son avis. Il m’a répondu :

  • À ta place je lui poserais quatre questions.

Je me suis empressé de noter les questions, sans bien réaliser leur portée et leur pertinence, que j’ai bien sûr transmises à mon protégé.
Plusieurs semaines après celui-ci m’a répondu

  • Merci Alain c’est bon, j’ai compris, c’est réglé !

Il est bon, pour les mentors de savoir qu’ils peuvent trouver de l’aide, dans une certaine mesure, en respectant ce principe de la confidentialité.

Le mentor doit-il avoir un mentor ?

Oui bien sûr, c’est indispensable. Comment le mentor sera-t-il crédible, s’il n’est pas lui-même accompagné. Cet aspect n’est d’ailleurs pas sans rapport avec le point précédent. Comment encourager les autres à être redevable, à accorder à quelqu’un d’autre le droit de poser toutes les questions, si soi-même on n’est pas disposé à le faire. On n’accompagne pas d’autres sans être accompagné. J’ai le même mentor depuis plus de 40 ans. J’ai besoin de m’ouvrir à lui, dans les moments positifs, comme dans les moments plus difficiles. J’aurai l’occasion de revenir sur le rôle très important qu’a joué mon mentor dans ma vie spirituelle et de serviteur de Dieu

1 homme + 1 homme, 1 femme + 1 femme

Pour le mentorat spirituel, cette règle conserve toute sa pertinence. Inutile de se voiler la face, la relation mentorale conduit le mentor au cœur de l’intimité personnelle et spirituelle de son protégé. Entrer dans l’intimité d’une personne de l’autre sexe, n’est jamais sans risque.

Le secret de la confidentialité renforce ce danger.

Personnellement je sais que je suis sensible à certaines expressions de la féminité plus qu’à d’autres. Ce qui, je le sais pertinemment, m’interdit tout engagement envers certaines femmes. C’est moi le problème pas elles !

Mais comme toute règle claire, elle supporte des exceptions.

La différence d’âge par exemple. J’ai été, dans le cadre du Réseau des Évangélistes Émergents, mentor pour deux ans d’une très belle jeune femme, brillante et pétillante de vie que j’appréciais beaucoup. C’était la première fois que j’accompagnais une femme dans le cadre d’un mentorat spirituel. En riant elle s’était proclamée « My first lady ! ». Cependant elle a mis les choses au clair dès le départ.

  • Ce qui est bien avec toi Alain, c’est que tu as l’âge d’être mon grand-père !

Les choses étaient définitivement claires !

La distance peut constituer une exception. J’ai quatre protégées femmes actuellement. Deux sont des femmes remarquables à plus d’un titre. Mais elles vivent en Afrique. Je ne les rencontre que tous les deux ou trois ans…. Pour celles qui vivent en France, j’ai préalablement demandé à mon épouse la permission de prendre ces sœurs en Christ comme protégées.

Je n’ignore pas que les jeunes femmes leaders ont de réelles difficultés à trouver un mentor féminin. Avec d’autres je tente d’encourager des femmes d’expériences à s’engager dans la voie du mentorat spirituel.

La bienveillance et l’écoute

Difficile pour le mentor de taire ses émotions, lorsqu’il écoute son protégé. J’ai récemment découvert que Saint-Benoit, en parlant de la manière dont les moines devraient s’écouter, définit en fait parfaitement l’écoute qu’un mentor devrait offrir !

«Pour Benoît, humilité et respect vont de pair et il associe souvent les deux termes quand il traite du discours adressé à une personne. Par le respect, je laisse l’autre être tel qu’il est. Avec mes paroles, je ne changerai pas autrui, je ne le convaincrai pas avec violence et je ne m’imposerai, pas à lui à coup d’arguments, mais je le prends tel qu’il est, je l’estime et je respecte son mystère. Cela vaut aussi pour la critique, que je dois pratiquer avec humilité. Je dois faire preuve là aussi d’humilité. »[1]

Benoit parle aussi de la manière de reprendre un frère.

« […] s’il a quelque blâme à adresser à la communauté, qu’il le fasse en toute humilité.  Qu’il ne porte pas de urgement, mais il signale les fautes. L’humilité implique une liberté intérieure : je me prends la liberté de rendre attentif à des anomalies, sans m’ériger en juge et sans forcer autrui à changer. Je lui laisse la liberté de tirer le meilleur parti de mes remarques comme bon lui semblera. »[2]

Cette pensée d’associer humilité et respect dans l’écoute au cœur de la relation de mentorat spirituel est sans doute une des clés d’un mentorat béni.

[1]Apprendre le silence. Anselm Grün Editions Desclée de Brower, pages 45 et 46

[2]Ibid 45 et 46

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