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Que tout chrétien doive être théologien peut paraître pour certains membres de nos Églises, une proposition exagérée. Sans doute y a-t-il à la base de ce point de vue l’argument que tout le monde n’est pas capable de l’être. De plus, raisonne-t-on encore, il n’est pas nécessaire que chacun le soit, étant donné qu’il existe des théologiens professionnels s’efforçant de résoudre, pour l’Église, les problèmes relatifs à la théologie en tant que science normative. Pour approfondir ses connaissances bibliques et théologiques, le chrétien « ordinaire » ne dispose-t-il pas, en effet, de la confession de foi et des nombreux ouvrages qui explicitent, en le simplifiant, l’enseignement biblique ? Ces consultations le dispensent d’effectuer de longues et difficiles recherches dans la Bible, pour lesquelles il n’a ni temps, ni formation.

Cette attitude nous semble dangereuse. Car, si chaque chrétien ne comprend pas, non seulement qu’il est capable d’être théologien, mais encore qu’il doit l’être, l’Église peut se trouver affectée d’une grave maladie spirituelle.

1) Qu’est-ce que la théologie ?

L’idée que, seule, une élite intellectuelle et quelques initiés ont les aptitudes nécessaires pour comprendre les profondeurs de Dieu, est fondée en effet sur une fausse conception de la véritable nature de la théologie.

L’objet de la théologie est de connaître le Dieu vivant. Cela ne peut pas se faire, en premier lieu, par une activité intellectuelle et spécialisée. Pour connaître Dieu, il faut, d’abord, avoir la conviction que Dieu veut entrer en communion personnelle avec Ses créatures et qu’il a établi lui-même les moyens de cette communion.

Sans une connaissance personnelle de Dieu, née de la réconciliation accomplie par Christ et appliquée à nous-même par Son Esprit Saint, personne, pas même un érudit, n’a le droit de se poser en théologien.

2) Comment connaître Dieu ?

Dans   la   prière   sacerdotale, Jésus déclare que les hommes laissés à eux-mêmes sont incapables de parvenir à une véritable connaissance de Dieu (Jean 17:25, 26). Connaître le Nom de Dieu, c’est reconnaître la gloire du Dieu éternel, qui est l’expression essentielle de Sa nature.

Dans Jean 17 :26, on voit que la connaissance de Dieu, communiquée par Jésus à Ses disciples, est la révélation de l’amour manifesté par le Père en envoyant Son Fils pour le salut des Siens. C’est ainsi que le Père est glorifié (Jean 17 :2). Cependant le monde ne reçoit pas cet enseignement (v. 6 ss.). Pourquoi ? Parce que toute la connaissance que nous pouvons avoir sur Dieu donc toute théologie vient de Sa grâce.

Faire de la théologie ne doit pas se réduire à faire une enquête, dans un esprit froid et scientifique, afin de découvrir si Dieu peut nous dire quelque chose de valable. Il ne s’agit pas d’examiner Dieu au microscope de la raison humaine, comme on peut le faire de n’importe quel autre objet. Faire de la théologie, c’est bien plutôt se rendre compte que Dieu est notre Souverain et cela suppose amour pour Lui et obéissance à Sa Parole.

La théologie naît d’une conviction personnelle en ce qui concerne la grâce de Dieu à notre égard. Son développement dépend de la grâce de Dieu, qui nous instruit. Son objet est d’approfondir notre connaissance du Dieu qui est la source de toute bénédiction.

3) Pouvons-nous tous être des théologiens ?

Chacun de nous est-il doué de l’intelligence nécessaire pour connaître Dieu ? L’homme sans instruction peut- il égaler en exégèse les spécialistes en la matière ?

Ces questions sont mal posées. L’homme, par ses propres efforts, ne peut ni connaître Dieu, ni avoir la certitude de pouvoir communiquer avec Lui. La vérité de Dieu lui reste cachée jusqu’à ce que Dieu l’illumine. L’homme, créé pour vivre en cet état d’alliance avec Dieu, a rompu cette alliance et, aveuglé par son péché, il refuse d’accepter ce qu’il peut savoir de Dieu, quoiqu’il soit entouré des signes de la gloire de Dieu et qu’il soit créé à Son image.

Ce refus de reconnaître le Créateur dans sa gloire le conduit à ne pas l’accepter davantage comme son Sauveur dans la faiblesse de la croix. Face à la clarté de la révélation de Dieu dans les œuvres de Sa main et dans Ses paroles centrées sur le Christ, l’homme s’obstine à ériger sa propre raison sans considérer Dieu. Sa sagesse tient pour folie la vérité révélée de Dieu.

Mais Dieu a restauré Son alliance grâce à l’obéissance de Christ. Jésus est le nouvel Adam qui fait toute la volonté de Dieu. La nouvelle alliance, établie sur le fondement des œuvres de Jésus-Christ promise dans l’Ancien Testament et réalisée dans le Nouveau fait, de ceux qui sont en Christ, des héritiers, par un acte gratuit de miséricorde de Dieu. A ces héritiers sont révélées, comme dit l’apôtre, « … des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui L’aiment. Dieu nous les a révélées par l’Esprit » (1 Cor. 2 : 9, 10).

Ainsi, si nous connaissons Dieu, c’est à cause de l’alliance qu’il a faite avec Son peuple en Jésus-Christ. En dehors de cette alliance, il n’y a ni connaissance, ni salut.

La Bible est le livre de l’alliance, le document établi comme témoin entre Dieu et Son peuple. C’est en entendant les paroles de ce livre que nous entrons dans l’alliance et que nous connaissons Dieu. Le chrétien connaît Dieu comme son Sauveur. Aussi, parce qu’il « pratique » la Parole de Dieu, est-il nécessairement théologien.

Peu importe que le chrétien soit professeur de dogmatique ou simple fidèle : l’un et l’autre connaissent le même Dieu dans l’alliance. La compréhension de l’un est sans doute plus intellectuelle et celle de l’autre plus simple ; mais les deux sont dans la même relation avec Dieu par leur Médiateur.

4) La foi fait de chaque chrétien un théologien

La foi, qui fait de chacun de nous un théologien, s’appuie sur la révélation de Dieu, c’est-à-dire sur Dieu Lui-même.

Dieu communique avec Ses créatures par des paroles humaines, intelligibles à ceux auxquels elles sont destinées. Sans doute se manifeste-t-il, à travers la Nature, la Providence et la conscience humaine, mais surtout, et cela est capital, Il s’est fait entièrement connaître dans Sa parole.

A cause de la nature même de cette révélation, l’homme qui la reconnaît comme telle, peut, avec l’aide de l’Esprit, en recevoir l’enseignement et s’en former une conception systématique. En bref, il fait œuvre de théologien.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Nous avons, les uns et les autres, des aptitudes intellectuelles et une pratique de la pensée abstraite plus ou moins étendue. Tous, pourtant, nous devons recevoir les vérités de la révélation divine et nous avons à chercher l’explication la plus complète et de cette révélation et de l’expérience de la grâce de Dieu que nous sommes appelés à faire.

A l’origine de l’activité théologique de tout chrétien, il y a sa foi et son engagement ; les moyens à sa disposition sont la lecture et l’étude régulière de l’Écriture, la prière. Les grandes lignes de la théologie qu’il développera auront pour sujet la personne de Dieu, le Christ et son œuvre. Son désir sera de faire passer toute sa vie et toute la vie au crible de l’Écriture. Le Saint-Esprit lui donnera une sagesse qu’il n’obtiendrait jamais en lisant son journal quotidien. Les doctrines qu’il découvrira le conduiront à un christianisme « expérimental ». C’est ainsi qu’il sera « rempli de la connaissance de la volonté de Dieu, en toute sagesse et intelligence spirituelle, pour marcher d’une manière digne du Seigneur, croissant par la connaissance de Dieu », comme l’apôtre aurait voulu voir les chrétiens de l’Église primitive. Or, cette Église ne pouvait pas être composée uniquement de professeurs et d’étudiants en théologie !

5) Pourquoi faut-il que chaque chrétien soit un théologien ?

Il y a plusieurs raisons à cela. Même les chrétiens qui se refusent à exposer de façon systématique ce qu’ils croient sont obligés de faire œuvre de théologien lorsqu’ils témoignent de leur foi à ceux qui ne croient pas. Impossible de faire autrement, si l’on veut être un chrétien véritable. En effet, la Bible n’est pas un manuel de théologie systématique, avec une table des matières pour faciliter les recherches. C’est tout le contraire : la révélation s’est faite progressivement au cours de l’Histoire dont Christ est le centre et la signification. C’est donc la personne du Christ qu’il faut chercher dans l’Écriture entière. La Bible nous encourage à nous appliquer assidûment à l’étude de son message et à y rechercher le Christ. Les gemmes qui gisent au fond de la mine sont parfois les plus précieuses. Notre devoir est d’étudier l’Écriture et de pouvoir, ainsi, nous présenter devant Dieu « comme un homme éprouvé… qui dispense droitement la parole de la vérité » (2 Tim. 2 :15).

En second lieu, le chrétien doit être théologien parce qu’il est un être de raison. Loin de se contenter de connaissances fragmentaires, il ne peut que désirer approfondir celles qu’il possède. Ainsi, qu’il en soit conscient ou non, il sera tout de même théologien.

Un préjugé fort répandu veut que la théologie risque de nuire à la vie spirituelle. Pourtant, la foi de celui qui pratique la théologie avec sagesse ne peut être que mieux fondée et plus riche. La théologie, en effet, permet à l’homme de connaître ce que Dieu veut. Elle le conduit à devenir digne de sa vocation et elle l’encourage à affermir son élection par la persévérance dans l’assurance de la foi. Celui qui a été saisi par la grâce de Dieu et qui a saisi les merveilles de cette grâce, se confie de façon inébranlable en son Dieu souverain. Loin d’être atteint par un pessimisme fataliste, il a l’assurance que le Dieu souverain contrôle tout ce qui arrive à ceux qu’il aime, et il vit de cette vérité.

La véritable théologie ne mène ni à l’orgueil, ni à l’intellectualisme mais à la pratique des vérités bibliques et, par conséquent, à la sanctification de l’individu. La compréhension des normes scripturaires et l’obéissance à celles-ci sont inséparables de la croissance spirituelle ; elles sont indispensables au progrès de la vie chrétienne. Trop souvent nous avons vu des chrétiens frustrés, découragés, retardés dans leur développement spirituel et l’œuvre de l’Évangile déshonorée, par l’incompréhension de l’enseignement biblique ou le refus d’appliquer aux problèmes de la vie ce qu’il dit clairement. Nous avons besoin de théologie dans nos Églises : avec l’aide de l’Esprit, c’est elle qui édifie et corrige.

Enfin, dans les temps d’incroyance où nous sommes, il est encore plus nécessaire que jamais que chaque chrétien soit théologien. Beaucoup trop de théologiens professionnels et célèbres ont manqué de fidélité à la Parole de Dieu, en niant les vérités bibliques pour se créer leurs vérités à eux. Face à ces enseignements pernicieux, les chrétiens doivent être en état de défendre et de propager leur foi ; s’ils sont théologiens comme nous l’avons indiqué, c’est-à-dire si leurs paroles sont le complément d’une vie sainte, leurs contemporains s’apercevront que la Bible n’est ni « un livre pour enfants », ni « un recueil de mythes respectables » mais bien plutôt un livre toujours actuel. Il sera évident que la Bible propose à nos problèmes fondamentaux humains des solutions bien différentes de toutes celles qui sont offertes par trop de politiciens et de philosophes.

De nos jours, ce qui manque à l’Église ce ne sont pas des chrétiens mais des théologiens, c’est-à-dire des personnes qui reconnaissent l’autorité de la Bible et s’y soumettent d’une façon intelligente par amour pour Jésus-Christ. Contrairement à ce que certains pensent, chacun, qu’il soit savant ou non, peut y trouver et y connaître Dieu.

C’est par la foi que vient la connaissance de Dieu, c’est certain. Cependant, Dieu encourage tous les chrétiens à soumettre leur pensée à Sa Parole pour en accroître la compréhension.

Aujourd’hui, l’Église connaît une grande défaite intellectuelle. La théologie, en tant que discipline, a été trop souvent abandonnée aux sages de ce monde : ils en ont fait une folie manifeste ! Aussi la tâche de tous les chrétiens est-elle de la restaurer et d’annoncer la victoire finale de Dieu.

Note de l'éditeur : 

Ichthus N°38 – Décembre 1973– Pages 26 à 29

NOUS SOMMES TOUS DES THEOLOGIENS

Paul Wells

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