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Note de l'éditeur : 

Traduction de l’article What Is Magnifica Humanitas All About? par Wyatt Graham paru le 29 mai 2026 sur wyattgraham.com
Traduction: Océane Mouyeket

Cliquez ici pour lire le Magnifica Humanita

 

 

 

Le 15 mai 2026, le pape Léon XIV a publié une lettre encyclique intitulée Magnifica Humanitas («noble humanité»). Faisant partie de l’enseignement ordinaire de l’Église, cette lettre expose la réponse de l’Église aux «choses nouvelles» de notre époque. Plus particulièrement, cette encyclique s’appuie sur plus d’un siècle d’enseignement social catholique. Elle applique cet enseignement aux réalités du pouvoir concentré des entreprises et à l’usage toujours croissant de l’intelligence artificielle dans la société (§96).

Dans l’enseignement social catholique, plusieurs principes fondamentaux sont à l’origine de l’action sociale. Dans le contexte de Magnifica Humanitas, il s’agit de «la dignité inaliénable de la personne humaine, le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité, la solidarité et la justice sociale» (§96). À la lumière de ces principes, Magnifica Humanitas propose une approche prudente et humaine face aux technologies émergentes comme l’intelligence artificielle.

À la lumière de ces principes, Magnifica Humanitas propose une approche prudente et humaine face aux technologies émergentes comme l’intelligence artificielle.

Ce point est important et il est nécessaire pour comprendre Magnifica Humanitas. Par prudence pastorale, la lettre s’inspire de certains principes (mentionnés ci-dessus). Cette méthode ou cette approche accomplit deux choses. Premièrement, elle garantit que l’encyclique puisse être appliquée dans des lieux et des époques différents; deuxièmement, son acte démontre une manière particulièrement humaine d’être et de penser. En résumé, le cadre de la lettre est humain, au même titre que les recommandations qu’elle propose.

Alors que certains lecteurs en ligne ont accusé cette lettre d’être anti-IA, Magnifica Humanitas met plutôt en garde contre l’adoption irréfléchie de l’intelligence artificielle et défend une approche prudente face à cette technologie émergente. Selon les mots du pape Léon XIV, «Appeler à la prudence, à une évaluation rigoureuse et même, parfois, à un rythme plus lent dans l’adoption de l’IA ne signifie pas s’opposer au progrès; c’est plutôt exercer un soin responsable envers la famille de l’humanité» (§106).

Dans cette perspective, Magnifica Humanitas utilise l’image biblique de deux villes: Babel et Jérusalem à l’époque de Néhémie, alors que les murailles n’avaient pas encore été reconstruites. La première montre ce qui arrive lorsque nous avançons trop loin sans chercher l’humilité; la seconde montre comment chaque famille doit se rassembler pour reconstruire la muraille. Cette parabole met en évidence l’apport de l’enseignement catholique et fournit une image fondamentale de la société à l’ère de l’IA. «La construction de Babel ou la reconstruction de Jérusalem commence en chacun de nous» (§130).

Ainsi, Magnifica Humanitas se termine par une parabole appelant l’Église à reconstruire les murs de la cité: «Néhémie entendit le cri d’une ville dévastée, apporta cette douleur devant Dieu dans la prière, discerna devant Dieu, demanda de l’aide, reçut la permission de revenir, organisa le travail, affronta les résistances internes et externes et reconstruisit les murs de Jérusalem avec l’aide du peuple, pierre après pierre. 

En cette époque de transformation numérique, je vois en [Néhémie] une parabole frappante de notre propre appel, qui n’est pas d’être des spectateurs passifs des fractures sociales et culturelles, ni de simples commentateurs de ce qui s’effondre, mais des hommes et des femmes prêts à entrer sur les chantiers de l’histoire — laboratoires de recherche, entreprises technologiques, écoles, médias, institutions et communautés locales — afin de reconstruire ce qui s’est écroulé et de protéger ce qui est menacé. Comme Néhémie, nous sommes nous aussi appelés à unir l’écoute et le courage, la prière et la responsabilité, afin que, même lorsque la mentalité technocratique ou les intérêts partisans semblent dominer, la cité humaine puisse devenir un lieu d’habitation plus adéquat» (§241).

Remarquez ici que l’appel n’est pas de se retirer de la technologie, mais de construire.

Ainsi, lorsque Léon XIV ne considère pas la technologie comme neutre — «la technologie n’est jamais neutre, car elle prend les caractéristiques de ceux qui la conçoivent, la financent, la réglementent et l’utilisent» (§8) — il comprend également que ce n’est pas l’usage de la technologie en lui-même, mais la vision qui la sous-tend, qui la rend bonne ou mauvaise.

Comme il l’explique: «Du point de vue de la doctrine sociale de l’Église, la question clé n’est pas l’usage de la technologie en tant que tel, mais la vision qui la sous-tend. Si l’être humain est considéré comme quelque chose à perfectionner ou à dépasser, il devient plus facile d’accepter que certaines vies soient moins utiles, moins désirables ou moins dignes» (§117). Ainsi, les êtres humains ne sont pas de simples machines, placées efficacement dans un système visant un gain économique. Les humains ne devraient pas être considérés selon une logique mécanique, que ce soit comme travailleurs ou comme projets en vue d’une transformation en quelque chose de nouveau.

Autrement dit, une vision transhumaniste du salut pourrait finir par simplement abolir ce que signifie être humain. Ou, plus précisément, «Ce qui sauve l’humanité n’est pas une autosuffisance améliorée, mais une relation qui libère, une communion qui transforme. Dans cette perspective, une technologie qui se contente de classer et d’optimiser ce qui existe déjà peut, même involontairement, devenir un obstacle au changement et à la croissance. Pour un algorithme, une erreur est un défaut à corriger; pour une personne, cependant, une erreur peut être un catalyseur de changement profond. L’avenir d’une personne n’est pas calculable, mais dépend de sa propre liberté — élevée par la grâce inépuisable de Dieu — et des relations qu’elle cultive» (§128).

L’expression selon laquelle «l’avenir d’une personne n’est pas calculable» pourrait surprendre certains lecteurs. Mais si cette affirmation semble improbable, cela pourrait être le signe que l’on a déjà accepté le discours des «conditionneurs», ceux qui imposent leur volonté au plus grand nombre par un pouvoir excessif.

Et ces «conditionneurs» utilisent la technologie pour encadrer la société, voire notre imagination, de sorte que nous ne pouvons même plus comprendre la possibilité d’être humain en dehors du langage technologique. Nous demandons: «As-tu eu un week-end productif?» J’espère que non! J’espère qu’il a été improductif, inefficace, et donc profondément humain.

Comme le mentionne Léon XIV, «Lorsque [la technologie] devient la norme selon laquelle tout est jugé, elle commence à dicter ce qui compte et ce qui peut être rejeté, réduisant la création à un objet d’exploitation et les êtres humains à de simples rouages dans un système poussé vers une efficacité toujours plus grande» (§92). Mais l’efficacité n’est pas un bien naturel, même si elle peut servir certains biens.

Voici une autre manière de l’exprimer. L’IA peut-elle être intelligente, être consciente comme nous le sommes? Si la réponse est oui, je suggérerais alors que nous avons transformé notre imagination en étant enfermés dans le cadre d’une société technologique. En termes simples, le fait même de considérer que la possibilité que l’IA ait une conscience suppose déjà une définition de la conscience qui ressemble à celle d’une machine.

Par conséquent, il est rafraîchissant d’entendre Léon XIV dire: «Il n’est pas possible de fournir une définition unique et complète de l’IA. Ce que l’on peut cependant affirmer, c’est que nous devons éviter l’erreur d’assimiler ce type d’“intelligence” à celle des êtres humains» (§99).

Pourquoi cela ?

Il explique: «Ces systèmes imitent simplement certaines fonctions de l’intelligence humaine. Ce faisant, ils dépassent souvent l’intelligence humaine en vitesse et en capacité mathématique, offrant des avantages concrets dans de nombreux domaines. Pourtant, cette puissance reste entièrement liée au traitement des données. Les intelligences dites artificielles ne font pas d’expériences, ne possèdent pas de corps, ne ressentent ni joie ni douleur, ne mûrissent pas à travers des relations et ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié ou la responsabilité. Elles n’ont pas non plus de conscience morale, puisqu’elles ne jugent pas le bien et le mal, ne saisissent pas le sens ultime des situations et ne portent pas la responsabilité des conséquences.

Elles peuvent imiter le langage, le comportement et les capacités analytiques, ou même simuler l’empathie et la compréhension/compassion, mais elles ne comprennent pas ce qu’elles produisent, car elles n’ont pas la perspective affective, relationnelle et spirituelle par laquelle les êtres humains grandissent en sagesse. Même lorsque ces outils sont décrits comme capables d’“apprendre”, ils le font d’une manière si différente de celle d’une personne humaine. Ce n’est pas l’expérience de ceux qui se laissent façonner par la vie et grandissent avec le temps à travers les choix, les erreurs, le pardon et la fidélité. Il s’agit plutôt d’une forme d’adaptation statistique basée sur les données et les retours, qui peut être très efficace, mais qui n’implique pas de croissance intérieure» (§99).

Évidemment, beaucoup seront en désaccord avec ces points. Mais l’idée fondamentale est la suivante: si l’on pense que l’intelligence de l’IA est comparable à l’intelligence humaine, alors on part d’une conception différente de l’intelligence que celle de la personne qui nie cette ressemblance.

Il faut lire le document lui-même pour saisir l’ensemble de l’argumentation, mais mon appréciation (pour ce qu’elle vaut) est que l’encyclique réussit à articuler l’enseignement social catholique face à cette «chose nouvelle». En tant que protestant, je peux apprécier ces arguments parce que nous (le catholicisme romain et le protestantisme) partageons un accord fondamental sur la théologie morale et donc sur l’enseignement social.

Pour terminer, l’encyclique fait référence à Romano Guardini, dont j’ai lu les œuvres et sur lequel j’ai écrit.

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