"Redécouvrir l'Église locale" nous invite à revenir à la case départ et à nous interroger sur notre conception de l’Église. Il nous oblige à réfléchir à notre rôle en tant que membre, à notre rapport avec l’autorité, à notre besoin de relations significatives, ainsi qu’à notre responsabilité envers un monde en souffrance.

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Nous connaissons tous la célèbre phrase de Jiminy Cricket dans Pinocchio, le dessin animé Walt Disney : « Laisse ta conscience être ton guide » lui disait-il à chaque fois que Pinocchio était confronté à un choix. Pour notre époque postmoderne, que le philosophe Charles Taylor a qualifié d’« ère de l’authenticité », cette phrase est vraiment dans l’air du temps. L’important, pour la plupart de nos contemporains, c’est d’être sincère : de faire ce qui me semble juste et bon, d’être « en phase » avec moi-même, peu importe les diktats de la société. Il faut suivre son cœur, laisser notre conscience nous guider. Rien ni personne ne saurait nuire à mon droit d’être « authentique ».

Il va de soi que cette approche de la vie est profondément anti-biblique. Créés par un Dieu souverainement bon, nous ne pouvons être « en phase » avec nous-mêmes qu’en nous soumettant à sa volonté pour notre vie. Ayant dit cela… certaines affirmations bibliques ressemblent étrangement à la phrase de Jiminy Cricket ! En Romains 14, en particulier, l’apôtre Paul insiste sur l’importance, la nécessité même, de suivre sa conscience : « Tout ce qui n’est pas le produit d’une conviction est péché » (v. 23). Aller à l’encontre de ses convictions, écrit Paul, équivaut à pécher. Il s’agit donc d’écouter notre conscience.

Mais est-ce toujours le cas ? Un chrétien peut-il toujours suivre sa conscience ? Si oui, qu’est-ce qui garde le chrétien du « culte de l’authenticité » si caractéristique de notre culture ? Si non, comment savoir jusqu’où nous devrions la suivre et où s’arrêter ? « Laisse ta conscience être ton guide »… Vraiment ?

Ne pas suivre la conscience est mal

Dans leur excellent livre (Conscience. What It Is, How to Train It, and Loving Those Who Differ, Crossway, 2016) Andy D. Naselli et John F. Crowley expliquent que l’enseignement du Nouveau Testament sur la conscience peut se résumer à deux grands principes. Principe n°1 : Vous devez (presque) toujours suivre votre conscience ! Ne pas le faire est mal , cela revient à pécher ! C’est ce que l’apôtre Paul enseigne dans le texte de Romains 14 déjà cité. Il explique qu’aller à l’encontre de  sa conscience, quand on pense qu’elle nous avertit correctement, est toujours un péché aux yeux de Dieu. Toujours. Même si l’action n’est pas un péché en soi.

Certains, dans l’église de Rome, étaient convaincus qu’il n’y avait pas de problème à consommer de la viande sacrifiée aux idoles (« Tel croit pouvoir manger de tout ») et l’apôtre Paul partage leur conviction (« Je suis persuadé qu’aucun aliment n’est impur en soi »). Mais d’autres membres de l’église avaient des scrupules à le faire (« Tel autre ne mange que des légumes »). Et Paul explique que, dans leur cas, manger de la viande serait mal, même si ce n’est pas un péché en soi, car cela reviendrait à aller à l’encontre de  leur conscience : « Que chacun, en son jugement personnel, soit animé d’une pleine conviction… Si quelqu’un estime qu’un aliment est impur, alors il est impur pour lui… Et celui qui mange, alors qu’il a des doutes, est condamné, parce que son comportement ne procède pas d’une conviction de foi. Or, tout ce qui ne procède pas d’une conviction de foi est péché. »

Ainsi, aller à l’encontre de  sa conscience est mal – c’est un péché, aux yeux de Dieu – même si l’action n’est pas un péché en soi. Pourquoi ? Parce que votre intention est de pécher. Dans votre conscience, vous penser que ce n’est pas bien. Mais vous le faites quand même !

Ne pas suivre la conscience est dangereux

Mais aller à l’encontre de sa conscience est également dangereux. C’est ce qu’on peut lire en 1 Timothée 1.18-19 où Paul dit à Timothée de « combattre le bon combat en gardant la foi et le témoignage d’une bonne conscience. » Et il ajoute, en parlant d’Hyménée et Alexandre, que « en rejetant cela [c’est-à-dire en rejetant le témoignage de leur conscience], certains ont fait naufrage de leur foi. » Le danger dont Paul parle ici, c’est le danger de ne pas écouter sa conscience ou d’aller à l’encontre de celle-ci, et ce même si elle se trompe ! Si vous faites cela, vous allez petit-à-petit émousser votre conscience : vous allez la rendre insensible au péché et endurcir votre cœur, au point où votre conscience vous laissera tranquille lorsque vous pécherez. C’est ce qui s’est produit avec Hyménée et Alexandre, au point qu’ils rejettent la foi !

Imaginez qu’un voyant sur votre voiture soit constamment allumé à cause d’un problème d’électronique. Avec le temps, vous vous habituez à avoir le voyant allumé. Si bien que le jour où un voyant s’allume pour une vraie raison, vous n’y prenez pas garde, car vous êtes devenus insensible à ces signaux d’alerte. Résultat : vous continuez à rouler… jusqu’à détruire votre voiture ! Ignorer les signaux d’alerte de la conscience peut nous mettre dans la même position dangereuse.

Martin Luther avait donc raison quand il disait qu’« aller à l’encontre de  sa conscience n’est ni juste ni sûr » – c’est mal et dangereux ! Donc, premier principe : vous devez toujours obéir à votre conscience !

Le Seigneur de votre conscience

Cela signifie-t-il que votre conscience est toujours correcte ? Non ! D’où le principe n°2 : Dieu est le seul Seigneur de votre conscience ! Votre conscience n’est pas son propre Seigneur. (Pas plus, d’ailleurs, que ne le sont vos parents, votre pasteur, ou d’autres chrétiens.) Cela signifie qu’il existe une restriction cruciale au principe qui vient d’être énoncé, selon lequel vous devez toujours obéir à votre conscience : Si Dieu (le Seigneur de votre conscience) vous montre par l’action conjointe de la Parole et de l’Esprit que votre conscience porte un jugement moral erroné, votre conscience doit se plier à Dieu. Donc, le principe n°1 demeure, mais si Dieu vous convainc que votre conscience se trompe, vous devez suivre Dieu plutôt que votre conscience, et « recalibrer » cette dernière. En cela comme en tout, nous devons « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5.29).

L’exemple classique d’un tel « recalibrage » est celui de l’apôtre Pierre, en Actes 10.9-16. Pierre était Juif. Manger une côtelette de porc, un steak d’autruche ou un tartare de crevette,  très peu pour lui ! Sa conscience, en réalité, le lui interdisait, parce que ces aliments étaient considérés comme « impurs » par la loi mosaïque (cf. Lv 11). Et voilà qu’en Actes 10, Pierre a une vision : Dieu dresse une nappe devant lui avec tous ces aliments, et lui ordonne d’en manger. Pierre refuse. Trois fois. Au même instant, des hommes envoyés par Corneille – un centurion romain, d’origine païenne et donc considéré comme « impur » par les Juifs – frappent à sa porte d’entrée. Et soudain, Pierre comprend : « Dieu m’a montré [par cette vision] qu’il ne faut dire d’aucun homme qu’il est impur » (Ac 10.29). Et il se rend donc chez Corneille sans objection, y prêche l’évangile et des païens sont sauvés !

Pierre, dans cette histoire, a dû « recalibrer » sa conscience en la soumettant à son Seigneur. Sa conscience se révoltait à l’idée de manger ce que Dieu lui présentait : il lui manquait la conviction qu’il pouvait manger ces animaux « impurs ». Mais parce que le Seigneur lui-même le commandait, il a dû calibrer sa conscience pour avoir la pleine conviction qu’il ne péchait pas en mangeant ces animaux ou en se rendant chez un païen.

Apprendre à (re)calibrer sa conscience

L’histoire de Pierre est très instructive. On peut imaginer que, lorsque l’apôtre a mangé sa première côtelette de porc, il devait encore hésiter un peu ! Après tout, sa vie durant, Pierre avait habitué sa conscience à envoyer des signaux d’alerte lorsqu’on lui présentait de tels aliments. Ce n’est pas en un jour qu’on se débarrasse d’habitudes tellement bien ancrées. Pierre a donc dû apprendre à ne plus écouter la voix de sa conscience pour écouter la voix de Dieu.

Et de même, quand vous essayez de « recalibrer » votre conscience sur un point ou un autre, il se peut que vous ayez le sentiment de pécher. Mais dans ce cas-là, vous n’êtes pas en train de pécher en allant contre votre conscience. Parce que vous êtes convaincu que les signaux qu’elle émet sont erronés. Il est donc juste, dans ce cas précis, de ne plus écouter votre conscience, et même d’aller contre elle ! La voix de votre conscience ne doit pas être confondue avec la voix de Dieu.

La conscience n’est donc pas notre guide. Dieu est le guide de notre conscience

Alors comment cultiver une conscience qui s’aligne sur la voix de Dieu, qui est de plus en plus juste ? Comment calibrer votre conscience ? Naselli et Crowley le résument ainsi : « Au fur et à mesure que nous comprendrons la volonté révélée de Dieu, nous aurons l’occasion d’ajouter à notre conscience des règles que la Parole de Dieu enseigne clairement et d’éliminer les règles que la Parole de Dieu considère comme facultatives. Cela prendra toute une vie, mais nous avons l’Esprit de Dieu, la Parole de Dieu et l’Église de Dieu pour nous aider. Comment discerner entre votre conscience et le Saint-Esprit ? Vous ne pouvez pas savoir infailliblement, maisais vous pouvez savoir quand ce n’est pas l’Esprit Saint car si i le message contredit l’Écriture, alors il ne vient pas de l’Esprit Saint mais de votre conscience mal calibrée. Mais lorsque le message est conforme à l’Écriture, il est probable que le Saint-Esprit agit par l’intermédiaire de votre conscience. » (p. 28-29)

N’en déplaise à Jiminy Cricket, la conscience n’est donc pas notre guide. Dieu est le guide de notre conscience. Par sa Parole et son Esprit, Dieu forme notre conscience, pour qu’elle devienne un moyen toujours plus fiable par lequel Il nous parle et peut nous guider.

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