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De quoi parle-t-on ?

Il s’agit d’une première médicale : Des chirurgiens ont transplanté dans un patient humain, un cœur issu d’un porc génétiquement modifié. Mais une telle transplantation d’un animal à un humain est-elle éthique ?

Quel est le contexte ?

C’est une grande première en ce qui concerne ce type d’opération chirurgicale : Un homme de 57 ans qui souffrait d’une maladie cardiaque au stade terminal a subi une transplantation d’un cœur issu d’un porc génétiquement modifié, transplantation couronnée de succès. D’après l’équipe de l’Université du Maryland qui a mené l’opération, la procédure était la seule option envisageable pour ce patient.

Pour la toute première fois, selon le Centre Médical de l’Université du Maryland (UMMC), cette transplantation est la preuve qu’un cœur issu d’un animal génétiquement modifié peut fonctionner de la même manière qu’un cœur humain, sans être rejeté immédiatement par le corps du patient. C’est dans l’urgence, et dans le cadre d’une autorisation temporaire d’utilisation (en l’occurrence une autorisation d’accès compassionnel), que, le 31 décembre, l’Agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux, la FDA (Food and Drug Administration) a donné son feu vert.

Les premières tentatives de greffes issues d’animaux dans des corps humains ont eu lieu au cours des années 1980. Un des cas les plus célèbres est celui de Stephanie Fae Beauclair (connue sous le nom de Baby Fae). Elle était née avec une malformation cardiaque et avait reçu le cœur d’un bébé babouin. Mais elle allait mourir seulement une vingtaine de jours après la procédure, parce que son système immunitaire avait rejeté ce cœur étranger. Les autres tentatives du même genre durent elles aussi être abandonnées.

Les chercheurs en médecine espèrent que l’utilisation d’organes de porcs s’avéreront dès lors plus efficaces. Pour cette transplantation à l’UMMC, quatre gènes ont été éliminés de l’organe du porc donneur afin de le rendre plus compatible avec l’humain. Six gènes humains ont également été insérés dans le génome porcin (pour que le cœur de porc soit mieux accepté d’un point de vue immunitaire).

« C’est une avancée chirurgicale majeure et elle nous rapproche encore un peu plus d’une solution à la pénurie d’organes. Il n’y a simplement pas assez de cœurs disponibles venant de donneurs humains pour faire face à la longue liste de receveurs potentiels. » affirme Bartley P. Griffith, le docteur qui a transplanté le cœur porcin chez ce patient. « Nous procédons avec prudence, mais nous sommes également optimistes, nous avons l’espoir que cette première chirurgicale mondiale constituera à l’avenir une option notable proposée aux patients. »

Selon le gouvernement fédéral des États-Unis, plus de 100 000 américains sont aujourd’hui dans l’attente d’une transplantation d’organe et 17 meurent chaque jour parce qu’ils attendent une telle transplantation.

Qu’est-ce que tout cela signifie ?

Est-ce éthique de transplanter des organes issus d’animaux dans des corps humains ?

La plupart des chrétiens n’ont jamais eu à réfléchir sur le sujet de la xénotransplantation, à savoir la transplantation d’un organe ou de tissus prélevés dans une espèce et greffés dans une autre espèce. Mais à la suite de ces avancées technologiques en biomédecine, cela pourrait bientôt changer.

En réalité, cela fait près de 300 ans que l’on essaye d’effectuer des transplantations comme celle-ci, entre deux espèces.

Cela fait près de 300 ans que l’on essaye d’effectuer des transplantations comme celle-ci, entre deux espèces.

En France, en 1667, le docteur Jean-Baptiste Denis, médecin à la cour de Louis XIV, avait essayé de transfuser le sang d’un agneau dans un humain (il pensait que le sang d’un agneau, symbole du sang du Christ, serait la plus pure forme de sang animal). En 1838, la première greffe de cornée d’un animal (en l’occurrence, un porc) a eu lieu chez un patient- 65 ans avant la première greffe de cornée d’humain à humain. Au 19ème siècle, les greffes de peau provenant de diverses espèces animales (moutons, lapins, chiens, chats, rats, poulets et pigeons) sur des humains se sont aussi répandues. Plus récemment, des valves cardiaques de porc ont été utilisées avec succès pour remplacer des valves humaines.

Bien évidemment, ce n’est pas parce qu’une chose est pratiquée depuis des siècles, qu’elle est moralement acceptable. Mais, si cela a pu se produire sans jamais provoquer de tollé général, c’est parce que de nombreux bioéthiciens chrétiens (mais aussi des bioéthiciens juifs et musulmans) ne considèrent pas que de telles transplantations soient contraires à l’éthique, ni qu’elles outrepassent les limitations naturelles applicables. Créer des chimères « animo-humaines », voilà une procédure qui dépasserait ces limites. Les chimères sont des animaux composés de cellules provenant de deux, ou plus, espèces différentes. Pour créer des chimères animo-humaines, les scientifiques introduisent des cellules d’une espèce donnée dans un embryon ou un fœtus en développement d’une autre espèce.

Les bioéthiciens chrétiens marquent souvent cette distinction entre les différentes utilisations des éléments prélevés sur des animaux. Par exemple, en 2005, le Docteur. Ben Carson, qui était alors le directeur de l’unité de neurochirurgie pédiatrique à l’hôpital Johns-Hopkins de Baltimore et un membre du conseil présidentiel de bioéthique disait au sujet des chimères « humano-animales  » :

« Je pense que c’est très important, que nous nous assurions, en tant que conseil, de faire une distinction entre l’utilisation d’éléments humains et animaux, comme l’insuline, les valves cardiaques, ou d’autres éléments de cette nature, et le mélange de matériel génétique qui est capable de proliférer. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une énorme différence entre ces deux choses. Nous devons nous assurer que le public comprenne que nous faisons une distinction entre ces deux choses. »

Ce qui distingue les deux, c’est que dans le cas des chimères, les éléments issus d’animaux et d’humains s’entremêlent au stade du développement, ce qui franchit les frontières morales. Par exemple, les cellules humaines pourraient finir dans les tissus testiculaires et former des gamètes humains (œufs ou spermatozoïdes) dans le corps de l’animal. On ne se préoccupe pas de la même manière des mélanges entre espèces quand il s’agit d’utiliser les organes d’un animal dans le corps d’un individu humain. (L’éventualité d’un virus mutant entre différentes espèces est encore plus inquiétante, surtout si elle devait se répandre comme une épidémie de peste.)

Dans la Genèse, Dieu a fait les vêtements d’Adam et Ève à partir d’animaux (Genèse 3.21) puis il leur permet de manger les animaux (Genèse 9.3). On pourrait soutenir l’idée selon laquelle la xénotransplantation consiste à étendre de manière légitime cet usage des animaux pour assurer la survie des hommes.

Nous ne devons jamais cesser de prendre nos précautions afin de ne pas outrepasser notre rôle d’intendants du royaume animal et d’éviter de franchir les barrières évidentes entre les espèces. Nous devrions aussi remercier Dieu pour les vies qui pourraient être sauvées grâce à de telles transplantations.

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