Si nous affirmons que les Écritures existent pour révéler Jésus-Christ, qu’il est au cœur d’une interprétation adéquate de la Bible, ou encore que nous sommes interpellés par un ministère centré sur l’Évangile, communiquons nous alors que nous sommes davantage axés sur la personne de Jésus que sur le Dieu trinitaire? Aurions-nous une herméneutique déficiente? J’ai déjà reçu cette critique de la part d’une connaissance. Souhaitant prendre cet avertissement au sérieux, j’ai pris le temps d’approfondir la question afin de l’examiner attentivement.
Premièrement, lorsque nous parlons de la centralité de Christ dans les Écritures, son ministère est inséparable des deux autres personnes de la Trinité. On ne peut séparer Jésus de la Trinité. Dieu est un en trois personnes. Celles-ci sont unies dans le mystère trinitaire et ne peuvent être isolées les unes des autres comme si elles agissaient indépendamment. Le Fils existe de toute éternité dans sa divinité au sein de la Trinité. Quand on prie au nom de Jésus, on ne néglige pas le Père. La notion biblique de l’intercession de Jésus auprès du Père pour nous est implicite.
Deuxièmement, le ministère de Christ, notamment à la croix, s’accomplit selon les desseins et la volonté du Père. C’est également le Père qui l’a ressuscité d’entre les morts. Luc est très clair dans Actes 2.23-24: «Cet homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu, vous l’avez crucifié […], mais Dieu l’a ressuscité.» De plus, le Saint-Esprit applique à nos cœurs, par la foi, la puissance de ces vérités afin de nous faire naître de nouveau. D’ailleurs, sans un Dieu en trois personnes, la croix perdrait tout son sens théologique: Dieu serait simplement mort.
Lire toutes les Écritures à la lumière de Christ
De plus, Luc nous rapporte les paroles que Jésus a lui-même prononcées en faisant référence à tout l’Ancien Testament, lorsqu’il s’adresse aux disciples après sa résurrection: «commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait» (Lc 24.27). Que ce soit Genèse, les Psaumes ou Jérémie, ces livres concernaient le Seigneur Jésus. Le travail herméneutique christocentrique n’est peut-être pas facile à faire, mais il existe. Même si certains interprètes prennent des voies raccourcies et maladroites, il n’en demeure pas moins que le principe est vrai.
Par ailleurs, que ce soit par la prophétie, la typologie ou les grands thèmes de la révélation biblique, Jésus-Christ apparaît toujours dans le cadre du plan divin déployé par notre Dieu trinitaire. Reprenant l’idée de Kevin Vanhoozer, dans mes propres mots, dans son livre Mere Christian Hermeneutics, je dirais: «lire l’Écriture théologiquement consiste à suivre la lettre du texte selon l’intention de Dieu, dans le contexte du canon, jusqu’à son accomplissement christologique au sein de l’histoire de la rédemption» (p.177).
Notre marche chrétienne se vit par la Vie de Dieu, en union avec Christ et comme temple du Saint-Esprit. Que nous parlions d’union avec Christ, de rédemption ou de substitution, il est bibliquement impossible d’aborder ces doctrines sans tenir compte de la réalité trinitaire. Bien que nous soyons profondément reconnaissants pour la substitution pénale et pour l’Évangile de Jésus-Christ, une foi mature, qui se manifeste par les œuvres, tient compte du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Notre marche chrétienne se vit par la Vie de Dieu, en union avec Christ et comme temple du Saint-Esprit.
Il est donc erroné de croire que ces expressions ou ces concepts, lorsqu’ils sont compris dans toute leur richesse, manifestent une foi chrétienne excessivement ou exclusivement centrée sur la personne du Christ.
Notre marche chrétienne se vit par la Vie de Dieu, en union avec Christ et comme temple du Saint-Esprit.
Une lecture qui façonne notre adoration
Toutefois, une mauvaise herméneutique aura un impact non seulement sur notre étude du texte, mais aussi, par ricochet, sur notre adoration individuelle et collective, ainsi que sur notre compréhension de la sanctification. Comprendre que Christ est au cœur du plan révélateur de Dieu, c’est comprendre que, sans la grâce, la vie chrétienne est moraliste, elle sera motivée à l’obéissance par la crainte et non à l’amour ineffable de Dieu. Elle cherchera à effacer le péché visible en surface, au lieu de s’attaquer à la racine dans le cœur qui a besoin de repentance et de foi.
Devons-nous rester vigilants en étudiant le texte inspiré? Bien sûr, notre lecture christocentrique pourrait nous rendre aveugles, et nous pourrions manquer la présence et les rôles du Père et de l’Esprit dans le grand plan rédempteur. Que votre herméneutique puisse vous conduire vers des pratiques qui honorent le Dieu trinitaire qui y est révélé. Bien que nous croyions à la lentille christocentrique, que notre lecture et notre étude des Écritures nous guident à adorer notre Dieu trois fois saint; Père, Fils et Saint-Esprit.
