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Il ne faut pas faire une analyse très poussée pour constater que les films nouveaux et véritablement originaux ne se vendent plus très bien ces temps-ci. Selon Box Office Mojo, voici les dix films ayant généré les plus importantes recettes aux États-Unis en 2025:

  1. Minecraft, le film
  2. Lilo & Stitch
  3. Superman
  4. Jurassic World: Renaissance
  5. Zootopia 2
  6. Wicked: Pour de bon
  7. Pécheurs
  8. Les quatre fantastiques: Premiers pas
  9. Dragons
  10. Avatar: Feu et cendre

Cette liste comprend quatre suites, deux redémarrages de franchises et deux adaptations en prises de vue réelles. Le seul film reposant sur une prémisse véritablement originale est Pécheurs. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance et ils ne s’excluent pas mutuellement. Cependant, je crois que la principale raison est un phénomène culturel qui touche particulièrement la génération Z.

Ayant grandi dans une culture en changement constant et presque entièrement numérique, ma génération éprouve un désir de plus en plus fort de retrouver ce que l’on appelle « le bon vieux temps ». Nous sommes en quelque sorte ivres de nostalgie.

La nostalgie se caractérise surtout par un profond sentiment de manque. C’est une douleur difficile à saisir, la conviction qu’il manque quelque chose d’essentiel au présent et qu’une meilleure manière de vivre demeure enfouie dans un passé depuis longtemps disparu. Nous savons que le monde dans lequel nous vivons se désagrège. Nous savons que l’ère numérique dans laquelle nous sommes nés ne fonctionne pas.

Nous éprouvons de la nostalgie pour des époques dont nous ne savons en réalité rien, car nous sommes convaincus que, quelque part dans les années 1980 et 1990, se trouve ce qui nous manque. Ou bien nous éprouvons de la nostalgie pour notre enfance, à l’époque où se connecter à Club Penguin ou au salon de Modern Warfare 3 représentait l’ensemble de notre vie sur les médias sociaux.

Notre attachement à la musique des années 1980 a duré bien plus longtemps que la rivalité entre Drake et Kendrick Lamar. Nous sommes attirés par des vêtements rétro provenant d’époques que nous n’avons connues qu’à travers les films. Nous aimons les machines à écrire, les ciné-parcs, les vieilles consoles de jeux vidéo et les tourne-disques. Nous apportons des appareils photo jetables en voyage et épinglons des Polaroids aux murs de nos résidences étudiantes.

Nous sommes une génération profondément marquée par la nostalgie. Et ce qui est frappant, c’est que nous sommes nostalgiques d’une vie dont nous n’avons souvent aucun souvenir personnel. Comment en sommes-nous arrivés là?

Une génération blasée par l’ère numérique.

Même selon les estimations les plus prudentes, plus de la moitié des membres de la génération Z passent au moins trois heures par jour sur les réseaux sociaux. Durant ces heures, ils consomment continuellement du nouveau contenu: soit des mèmes, des courtes vidéos, des publications, des vidéos YouTube et même des vidéos Youtube réagissant à d’autres vidéos YouTube. Nous sommes exposés à du nouveau contenu à chaque heure de chaque jour.

Parmi les nombreux problèmes que cela engendre, la culture de la création de contenu a nourri un profond cynisme. Notre génération est écrasée par la pression constante d’être «originale» et «authentique».

L’ère numérique nous a rendus blasés envers tout ce qui est nouveau.

Cette tendance est renforcée par l’éloignement progressif de notre culture de tout ce qui ressemble à la simplicité. Cela est particulièrement évident avec l’essor du contenu généré par l’intelligence artificielle. Alors qu’une grande partie de ce que nous voyons sur Internet est produite par des algorithmes, il est tout à fait compréhensible que nous trouvions du réconfort dans les photos imprimées, les tourne-disques, les vieux livres ou les cassettes VHS.

Nous nous dirigeons rapidement vers un monde où rien ne semble digne de confiance, sauf ce que nous pouvons toucher de nos propres mains. L’ère numérique pousse ainsi ma génération à s’accrocher à une vision du monde dominée par la nostalgie.

Même si nous vivons dans une société marquée par le cynisme, le scepticisme et le rejet du spirituel, nous ressentons bien que le monde postmoderne est en train d’épuiser nos âmes. Dans la nostalgie, nous recherchons la tradition, la stabilité et les choses qui durent. Nous sommes convaincus que la solution consiste à retourner vers une époque plus simple.

Pourtant, la nostalgie ne satisfait jamais réellement nos aspirations. Il n’y a aucune paix dans l’idée que «tout était mieux avant», et encore moins dans les tentatives désespérées de faire revivre le passé. Comme l’affirme clairement l’Ecclésiaste: «tout est vanité et poursuite du vent» (Ec 1.14).

Si ma génération veut trouver un remède à cette soif intérieure, elle devra chercher une voie meilleure que la nostalgie.

Une meilleure voie.

Lorsque j’étais en troisième année du primaire, ma soirée idéale du vendredi consistait à manger une pointe de pizza de mon restaurant préféré, boire un Coke à la cerise bien froid et passer plusieurs heures à jouer à Super Mario Galaxy avec mon frère. C’était le repos dont j’avais besoin après mes efforts de la semaine.

Seize ans plus tard, il m’arrive encore de ressentir de la nostalgie pour ces fins de semaine simples de mon enfance. Je pourrais parcourir jusqu’à mille kilomètres pour retrouver ma pizzeria d’enfance, ressortir ma vieille console Wii du sous-sol de mes parents et inviter mon frère à rejouer à Super Mario Galaxy. Ce serait agréable, mais cela ne ferait absolument rien pour soulager le vide que je ressens au plus profond de mon âme.

Ni l’agitation permanente de l’ère numérique ni un mode de vie obsédé par la nostalgie ne correspondent à la manière dont Dieu nous appelle à vivre le présent. Les deux promettent le repos, mais ne produisent finalement que davantage d’agitation.

Ma génération s’est laissée séduire par ces deux illusions, et aucune d’entre elles n’a réussi à combler la profonde aspiration qui nous habite. Pourquoi?  Parce que les choses nouvelles comme les choses anciennes, aussi bonnes soient-elles, n’ont jamais été destinées à porter le poids de notre joie ultime: Dieu lui-même.

Dieu nous a créés pour trouver notre joie ultime dans ce qui est éternel, c’est-à-dire en lui. L’auteur de l’Ecclésiaste explique pourquoi lorsqu’il écrit que Dieu «a mis dans le cœur de l’homme la pensée de l’éternité» (Ec 3.11). Cette soif intérieure n’est pas un défaut de conception. Elle est un signal qui nous indique notre véritable destination. Nous avons été créés pour quelque chose qui ne vieillit pas, qui ne se dérègle pas et qui n’a jamais besoin d’être mis à jour. Aucun tourne-disque vintage et aucun fil d’actualité généré par l’intelligence artificielle ne peuvent répondre à cette aspiration. Seul ce qui est éternel le peut. Et ce qui est éternel, finalement, ce n’est pas une chose, mais une personne.

«Les bontés de l’Éternel ne sont pas épuisées, ses compassions ne prennent pas fin; elles se renouvellent chaque matin» (Lm 3.22-23).

Voici le paradoxe que ma génération a besoin d’entendre: l’amour de Dieu est à la fois la réalité la plus ancienne de l’univers et la plus nouvelle que nous rencontrerons aujourd’hui. Il est plus ancien que toutes les époques que nous idéalisons et plus frais que toutes les nouveautés que nous faisons défiler sur nos écrans.

Jésus-Christ est «le même hier, aujourd’hui et éternellement» (Hé 13.8). Il est le seul «retour aux sources» qui ne déçoit jamais et le seul «original» qui ne se démode jamais. Son amour est la seule réalité capable d’apaiser la douleur profonde d’une génération ivre de nostalgie.

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