"Redécouvrir l'Église locale" nous invite à revenir à la case départ et à nous interroger sur notre conception de l’Église. Il nous oblige à réfléchir à notre rôle en tant que membre, à notre rapport avec l’autorité, à notre besoin de relations significatives, ainsi qu’à notre responsabilité envers un monde en souffrance.

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Alors que le gouvernement vient d’annoncer un nouveau confinement sur l’ensemble du territoire, l’atmosphère anxiogène augmente à nouveau d’un cran au sein de la société. Il est alors opportun de remarquer que cette pandémie virale ne possède pas simplement un effet révélateur sur les insuffisances structurelles sanitaires qui caractérisent le pays et sur la fragilité physique caractéristique de notre corps, mais cette pandémie nous permet aussi d’observer deux angoisses tapies au fond du cœur de nos contemporains, deux angoisses qui nous parlent de notre humanité et de ce qui la caractérise.

L’angoisse de la solitude

Une des choses que nous avons pu tous ressentir de façon particulière durant le premier confinement est combien il est difficile d’être privé de ce lien sociétal caractéristique et vital de la communauté à laquelle nous nous rattachons et nous nous identifions. Nous avons besoin de « l’autre ». Quel que soit le cercle « communautaire » qui nous caractérise, force est de constater que la nécessité de la « communion » transcende l’ensemble de ces cercles « communautaires ». Que ce soit la famille, l’église, le travail, le club de gym, le restaurant, le match de foot … nous avons profondément besoin d’être « en relation ».

Notre société expérimente alors un écho de cette déclaration divine fondatrice de la relation conjugale : « il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gen 2.18). Bien que, dans le contexte de la Genèse, Dieu nous parle de ce vis-à-vis conjugal qu’il va créer pour l’homme, il s’en dégage néanmoins une réalité caractéristique de notre humanité : notre humanité est « humanité » parce qu’elle est en « relation ». Une relation au sein de laquelle l’individu humain peut communiquer et communier avec la diversité de l’humanité et ainsi appréhender, comprendre et jouir de l’humanité qui la caractérise, lui, en tant qu’individu. D’ailleurs cette réalité interrelationnelle, au sein de laquelle le « un » et le « multiple » jouissent d’une complémentarité, ne doit son existence et sa rationalité que parce qu’elle se fonde sur l’image du Dieu trinitaire qui la caractérise. C’est en effet uniquement parce que Dieu est à la fois « un » et « trine », et qu’il se définit depuis toute éternité par un mode de subsistance trinitaire, que la réalité relationnelle et les bénéfices qui en découlent ne sont pas illusoires mais profondément vrais et rationnels pour chacun d’entre nous.

Ainsi, cette angoisse montante face à l’obligation de demeurer « seul » témoigne avec profondeur et clarté de cette image du Dieu trine qui caractérise chacun d’entre nous.

C’est un témoignage clair et limpide que notre humanité n’est fondamentalement pas la somme de différents processus évolutionnaires et sociétaux. Mais notre humanité, au travers de son « angoisse » au sein de la pandémie, crie dans un silence déchirant que l’homme ne peut pas et ne doit pas être réduit à son corps et à sa seule santé physique, mais l’homme est une « âme vivante » (Gen 2.7) pour laquelle le fait d’être « en relation » est une nécessité.

Lui seul est la source d’eau intarissable qui étanchera de façon pérenne son cœur.

Mais au-delà de notre relation avec « l’autre humain », ce cri du cœur face à l’angoisse de la solitude est aussi l’écho d’un autre cri que beaucoup de nos contemporains étouffent et suppriment (Rom 1.18ss). Ce cri est celui de la nécessité d’être « en relation » avec Dieu. Ceci ne veut pas dire que l’incroyant ne possède aucune relation avec son Créateur. Elle existe bien. Cependant cette relation est marquée par le rejet et le dédain de la part de l’homme envers son Créateur, et cette relation est marquée par une sainte colère et une juste condamnation de la part de Dieu envers sa créature rebelle. Et bien que l’homme « naturel » se refuse éperdument de recevoir et d’apprécier le Dieu qui se révèle au sein de sa création, il n’en demeure pas moins que son « mal être » et son « sentiment d’incomplétude », qu’il tente d’ailleurs de noyer dans l’ivresse d’une autonomie illusoire alors boulimique du matérialisme qui l’entoure, ne cessent de témoigner de la nécessité d’une saine relation avec son Créateur… car lui seul est la source d’eau intarissable qui étanchera de façon pérenne son cœur.

L’angoisse de la mort

Il est indubitable que cette crise nous oblige de façon assez violente à réfléchir notre rapport avec la « mort ». L’énergie qui est mise en œuvre pour préserver la « vie » au travers de la médecine, l’arrêt de l’économie de toute une nation pour protéger de la « mort » les personnes les plus fragiles, le refus de devoir « choisir » quel patient devrait être pris en charge et sauvé de la « mort » aux urgences alors que la capacité de l’hôpital est saturée… tout cela souligne, entre autres et à juste titre, que la « mort » est une chose inacceptable… et cela, que vous soyez croyant ou non.

Que vous soyez croyant ou non, la « mort » n’est pas cet ami dont la venue vous réjouit. Bien au contraire, elle est cet « ennemi » que nous aimerions n’être qu’un mauvais souvenir.

Ainsi, cette pandémie nous oblige, pour un instant, à réfléchir à propos de cet ennemi qui, pour beaucoup, n’était qu’une forme de fatalité ne concernant toujours que « l’autre ». L’ennemi s’est approché, et la froideur et l’angoisse qui l’accompagnent mettent K.O, dès le premier round, le chaos des promesses illusoires d’une victoire définitive sur la mort par la technologie de nos pays « si » développés.

Quelle est la raison de cette angoisse ?

L’inconnu de « l’après » ? La rupture de communion avec nos proches ? La fin de l’ivresse que nous offre cette société de consommation ?

Pour beaucoup la « mort » est donc cet « ennemi » car elle est synonyme de privation et d’inconnu.

Cependant, il est important de noter que la « mort » est aussi cet « ennemi » face auquel l’arrogance humaine la plus outrancière se trouve alors réduite au silence. La « mort » nous met face à notre « finitude » et nous fait réaliser que la « vie » n’est pas une chose que nous possédons, mais bien plutôt une grâce dont nous « profitons » pour un instant plus ou moins long… une vapeur qui nous est impossible d’attraper. La « mort » nous parle donc de façon paradoxale de la « vie », de sa grande valeur… bien qu’étant chose fugace. La « mort » nous humilie… et nous rappelle que nous ne sommes que « poussière » et que nous retournons à la « poussière ».

La « mort » nous dévoile aussi… ses ténèbres nous révèlent, par son horreur, la noirceur de notre cœur.

Mais la « mort » nous dévoile aussi… ses ténèbres nous révèlent, par son horreur, la noirceur de notre cœur.

En effet, la « mort » nous révolte, et cela à juste titre. Mais cet « inacceptable » dont nous qualifions la « mort » et la révolte qui en découle devraient nous questionner sur la « cause profonde » de la « mort ». La « mort » est le témoin que l’être humain, en tant que personne morale, vit dès sa conception sous une condamnation. La « mort » est une condamnation universelle qui est à la mesure de la faute à propos de laquelle ce verdict a été émis. Et le caractère intolérable de la « mort » témoigne du caractère « intolérable » de la faute dont est coupable chaque être humain : Rejeter le Créateur pour offrir son allégeance et son adoration à la création. La « mort » est l’écho du verdict divin qui fut donné par Dieu au couple primordial en Eden. Et ainsi, la « mort » a le dernier mot car la « mort » n’est que l’exécution du verdict divin… car Dieu a toujours le « dernier mot ».

Mais pour le croyant, la mort n’est plus le dernier mot et elle n’est plus le verdict « actuel » de son existence. Pour le croyant, la mort a perdu sa puissance et son aiguillon n’est plus. Elle demeure toujours une réalité pour le croyant… mais une réalité précédant une expérience glorieuse : le revêtement d’un corps glorieux pour vivre éternellement dans la présence de notre Créateur… et ce n’est que là que la « mort », mais aussi le « mal » sous tous ses aspects, ne sera qu’un souvenir… un mauvais souvenir… car, là aussi, Dieu a toujours le dernier mot.

C’est parce que Jésus-Christ affronta, malgré l’angoisse, la mort de la croix afin de recevoir à notre place notre condamnation, que nous pouvons, dès à présent, par la foi, vivre les prémices de cette gloire dans la puissance du Saint-Esprit. Nous ne sommes plus seul… Dieu est « avec » nous.

C’est parce que Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts que, unis à Lui par la foi, nous jouissons dès à présent de la présence de Dieu dans notre vie et que la vie éternelle future dans un corps glorifié est une réalité attestée. Nous ne sommes plus condamnés… Dieu est « pour » nous.

Notre devoir est ainsi d’être présents, avec compassion, aux côtés de nos contemporains afin de leur rappeler que chacune de ces deux angoisses, qui sont réelles et rationnelles, ne trouvent que leur ultime résolution dans la personne et l’œuvre du Christ, Lui Dieu le Fils incarné, en qui seul se trouve l’expression d’une « humanité » parfaite et glorieuse.

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