Les chrétiens ne sont pas immunisés contre les théories du complot

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Au commencement, Dieu planta un jardin à l’est, en Éden et là il plaça Adam et Eve. Peu après Satan entra dans le jardin et y sema la première théorie du complot.

Une théorie du complot explique un événement ou un ensemble de circonstances comme étant le résultat d’un complot secret, habituellement conçu par de puissants conspirateurs. Satan a convaincu Eve que les plus puissants des « conspirateurs » — le Père, le Fils et le Saint-Esprit – étaient secrètement en train d’essayer d’empêcher les premiers humains d’avoir les yeux ouverts et de devenir  « comme Dieu, connaissant le bien et le mal. » Eve devint la première d’une longue lignée, depuis les Gnostiques jusqu’aux partisans de la terre plate, à croire que des forces puissantes dissimulent des informations secrètes.

Depuis lors, Satan n’a pas manqué de marquer des points parmi les enfants de Dieu. Mais l’ère technologique actuelle a donné la possibilité aux théories du complot de se répandre plus rapidement que le nouveau coronavirus. Le monde virtuel en ligne, qui peut promouvoir l’anti-intellectualisme et l’individualisme radical, est devenu un terreau fertile pour ces étranges conspirations.

Un premier exemple est l’idée d’un médecin généraliste belge, promue d’abord sur un site web complotiste français, que le COVID-19 est causé par le spectre d’ondes millimétriques utilisées par la technologie 5G. Vous pourriez penser qu’une telle croyance est stupide mais inoffensive. Vous auriez tort. Partout en Europe, les théoriciens du complot de la 5G mettent le feu aux tours de téléphonie cellulaire et s’en prennent aux travailleurs des télécommunications.

Et ce n’est là qu’une des dizaines de nouvelles théories du complot liées au coronavirus. Il en existe d’autres encore plus farfelues, comme celle selon laquelle le virus est une arme biologique fabriquée par l’homme et créée par Bill Gates. (Il n’est pas surprenant que celle-ci soit liée à QAnon, la théorie de l’uber-complot la plus ridicule de notre époque).

De nombreuses allégations fallacieuses sont également faites au sujet d’Anthony Fauci, directeur de l’Institut National des allergies et des maladies infectieuses et membre du groupe de travail de la Maison Blanche sur le coronavirus. Un ministère chrétien, l’American Family Association, fait la promotion d’un complot selon lequel Fauci « sait depuis 2005 que la chloroquine est un inhibiteur efficace des coronavirus ». Un autre groupe chrétien affirme que Fauci fait partie de la « tentative de l’État profond de détruire l’économie et de changer les règles électorales ». Comme l’a dit Robert Anton Wilson, co-auteur de la trilogie Illuminatus ! : « On ne peut tout simplement pas inventer une théorie du complot si ridicule et manifestement satirique soit-elle que certaines personnes, quelque part, n’y croient pas déjà ».

Quand on accepte le péché de la calomnie

Il n’est pas surprenant que certaines personnes, quelque part, croient à quelque chose de ridicule. Ce qui est choquant, cependant, c’est que tant de chrétiens non seulement croient en de telles conspirations mais les promeuvent également en public. Vous pouvez difficilement ouvrir Facebook sans voir un chrétien (trop souvent un pasteur ou un autre dirigeant d’église) afficher des affirmations dont il ne peut pas savoir si elles sont vraies. Il y a beaucoup à dire sur les raisons pour lesquelles tant de disciples du Christ répandent des informations erronées. Mais nous n’avons pas besoin d’une analyse sociologique sophistiquée avant de pouvoir dénoncer une telle calomnie comme un péché.

La calomnie advient, comme le note Jon Bloom, chaque fois que quelqu’un dit quelque chose qui n’est pas vrai sur quelqu’un d’autre et qui a pour résultat, intentionnellement ou non, de causer du tort à la réputation de cette personne. La Bible dit très clairement que Dieu hait la calomnie (Prov. 6:16, 19). Paul la mentionne comme un comportement de ceux qui haïssent Dieu (Rom. 1:30) et Jacques l’appelle un comportement démoniaque (Jacques 3:15–16). Nous ne devons pas calomnier même nos ennemis (Matt. 5:43-48).

Il est scandaleux que peu de personnes dans nos églises soient confrontées – et encore moins soumises à la discipline de l’église – pour s’être livrées à des calomnies.

Les théoriciens du complot peuvent prétendre qu’il ne s’agit pas de diffamation lorsque l’affirmation est vraie. Pour que ce soit le cas, ils doivent cependant avoir connaissance du fait que les conspirateurs sont impliqués dans un complot secret spécifique – et cette connaissance ils ne l’ont jamais.

De nombreux philosophes chrétiens définissent la connaissance propositionnelle – la connaissance qu’une proposition entière est vraie – comme une vraie croyance justifiée. Avoir la connaissance c’est représenter une réalité, en pensée ou en expérience, de la manière dont elle est vraiment, sur la base de fondements adéquats. Parce que le seul fondement des théories du complot consiste en des ouï-dire peu fiables, elles ne répondent pas à la norme de la connaissance. Elles ne sont donc pas en possession de la vérité, et elles sont donc coupables de diffamation.

Quand les chrétiens font le travail de Satan pour lui

Mais qu’en est-il s’ils croient que c’est vrai ? Ne pouvons-nous pas dire qu’ils ont tort mais qu’ils ne commettent pas de péché ?

Dans une critique de livre publiée en 1950 dans la revue de philosophie Mind, Sir Peter Medawar déclarait, à propos du catholique New Age Teilhard de Chardin : « [il] ne peut être excusé de sa malhonnêteté que parce qu’avant de tromper les autres, il a pris grand soin de se tromper lui-même ». Bien qu’il s’agisse d’un sentiment généreux, nous ne pouvons pas l’adopter pour nos frères et sœurs chrétiens. Tout comme Dieu ne donne pas aux politiciens chrétiens une exemption pour mentir, il ne donne pas à tel ou au untel  un laissez-passer pour la calomnie simplement parce qu’ils croient aux mensonges qu’ils répandent. Ils ont le devoir de déterminer la véracité d’une affirmation potentiellement calomnieuse. Après tout, au jour du jugement, les gens rendront compte de chaque mot irréfléchi qu’ils auront prononcé (Matt. 12:36).

De la même manière Dieu ne va pas nous excuser pour avoir fermé les yeux sur leurs calomnies. Jésus attend que nous confrontions nos frères et sœurs dans la foi quand ils s’engagent dans le péché et même de présenter ces cas à l’église s’ils refusent de nous écouter (Matt. 18:15-17). Il est scandaleux que peu de personnes dans nos églises soient confrontées – et encore moins soumises à la discipline de l’église – pour s’être livrées à des calomnies. Notre choix de rester silencieux puisqu‘« ils ne nous écouteront pas de toute manière » n’est ni aimant ni pieux. Nous sommes appelés à confronter ceux qui répandent des mensonges ; le Saint-Esprit est responsable de changer leur cœur.

Nous donnons aussi au monde qui nous observe l’impression qu’un tel comportement est admis parmi ceux qui suivent Jésus. Cela n’est pas le cas, et les chrétiens ne devraient pas tolérer l’étreinte du démon. Bien des théories du complot modernes répandues par des chrétiens ont été concoctées par des occultistes d’extrême droite, des païens du New Age ou quelque autre groupe voué à l’ésotérisme anti-chrétien. Mais en fin de compte, toutes les théories du complot calomnieuses proviennent de Satan. Si nous sommes un peuple rempli de l’Esprit de vérité (Jean 14:17), nous ne répandrons pas des messages venant du père des mensonges (Jean 8:44).

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