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La réponse chrétienne à la dysphorie de genre

Le magazine Time a publié en 2016 un article écrit par Jessi Hempel. racontant l’histoire de l’ami de son frère, Evan, qui a donné naissance à un fils.

Cette phrase peut vous surprendre, d’autant plus que la biologie humaine ne permet pas aux hommes biologiques d’accoucher. Cette idée est connue de tous, mais à notre époque, l’affirmation selon laquelle seules les femmes sont capables d’accoucher doit être réaffirmée. La photo présentée dans l’article est conçue pour attirer l’attention, puisqu’elle montre ce qui semble être un homme allaitant son fils en bas âge. Mais le titre de l’article – « La grossesse de mon frère et la création d’une nouvelle famille américaine » – est destiné à illustrer la nouvelle frontière courageuse que les transsexuels promettent d’apporter à l’Amérique, une frontière qui exige d’accepter la réalité supposée selon laquelle les hommes peuvent donner naissance.

Hempel raconte l’histoire déchirante de son frère qui, à l’âge de 19 ans, a subi une transition de femme à homme, mais qui souhaitait toujours donner naissance à un enfant – ce qu’elle a fait à 35 ans. L’écrivaine décrit la transition qui avait eu lieu bien avant impliquant des injections de testostérone, ces dernières produisant des poils épais sur les doigts de son ancienne sœur, concept ancestral de la masculinité des mains. Evan a choisi de ne pas se faire enlever les seins. Se souvenant de sa similarité avec sa sœur, Hempel se désole de la perte de son sosie.

Le récit n’est pas exempt d’aveux douloureux. À un moment donné, Hempel fait remarquer que son frère, alors enceinte, a vécu une « déconnexion traumatisante entre sa masculinité et les attributs féminins de son corps ». Il faut s’attendre à un tel traumatisme lorsqu’une personne tente de vivre dans son esprit ce que son corps contredit.

Hempel poursuit en posant une question qui encadre bien la manière dont les chrétiens devraient commencer à réfléchir à la révolution transgenre : « Que se passe-t-il si vous êtes né dans un corps de femme, que vous savez que vous êtes un homme, et que vous voulez quand même participer au rite traditionnellement exclusif de la féminité ? Quel genre d’homme est-ce que cela fait de vous ? »

Nous pourrions être tentés de répondre à ce type de question – et à ce type de personne – par le choc et le rejet, réduisant les expériences psychologiques de dysphorie de genre1 d’une personne comme Evan à une nouveauté bizarre ou même à un dérangement. Mais ce n’est certainement pas la réponse chrétienne qu’on puisse donner à une personne souffrant de dysphorie de genre. Au contraire, nous devons aborder ces personnes à la fois avec grâce et vérité (Jn 1.14).

Certains répondent que rejeter la légitimité des expériences d’une personne revient à rejeter la personne en masse. Pour être clair, nous ne devrions pas rejeter, mais ressentir de la compassion pour toute personne qui éprouve une détresse mentale liée à un décalage perçu entre son identité de genre et son corps. Ne pas rejeter la réalité de leurs sentiments intérieurs n’est toutefois pas la même chose que soutenir ces sentiments. Il est important que les chrétiens comprennent que les personnes qui éprouvent de la détresse, de l’angoisse et des conflits liés à la perception de leur identité sexuelle propre existent réellement. Ce ne sont pas des monstres. Ce ne sont pas simplement des travestis ou des personnes désireuses de « changer de sexe ». Dans la plupart des cas, leur expérience ne peut être réduite à « vivre un mensonge », car la plupart d’entre eux n’ont pas l’impression de se mentir à eux-mêmes. En fait, c’est le contraire qui est vrai. Les personnes souffrant de dysphorie authentique croient que c’est leur corps biologique qui ment. Une personne dans cette situation croit vraiment qu’elle est un membre du sexe opposé.

Nous ne devrions pas rejeter, mais ressentir de la compassion pour toute personne qui éprouve une détresse mentale liée à un décalage perçu entre son identité de genre et son corps.

Bien que statistiquement peu nombreuses, les personnes souffrant de dysphorie de genre sont plus proches que nous ne le pensons. Ce sont nos fils et nos filles, nos frères et nos sœurs. Ce sont des personnes qui sont peut-être assises à la rangée derrière nous à l’église depuis des décennies, des personnes qui ont lutté contre le désir de se voir comme étant du sexe opposé et qui rencontrent des difficultés.

Et chacune d’entre elles est porteuse de l’image de Dieu, imprégnée d’une dignité infinie et d’une valeur éternelle.

La psychologie ne change pas l’ontologie

Alors comment évaluer ce phénomène ?

Premièrement, les chrétiens accueillent tout le monde dans la grâce de l’Évangile, parce que notre Évangile est applicable et disponible pour tous (1 Tm 2.4 ; 2 Pi 3.9). Ainsi, en premier lieu et par-dessus  tout, nous devons offrir un amour authentique à notre prochain dysphorique (Mc 12.30-31).

Du même auteur : Dieu et le débat transgenre aux éditions BLF

Mais en tant que chrétiens, nous sommes également tenus de confronter les nouveaux défis avec la vérité biblique. Dieu a fait les hommes et les femmes différents (Gn 1.27). Contrairement à certaines interprétations erronées, la différence sexuelle n’existe pas dans un continuum où certains hommes ressemblent plus aux femmes ou vice versa. Les hommes et les femmes sont différents au plus profond de leur être. Nos chromosomes sont différents. Nos cerveaux sont différents. Nos voix sont différentes. La forme de notre corps est différente. Nos forces corporelles sont différentes. Nos systèmes de reproduction sont différents. La conception de ce à quoi nos corps sont structurés et destinés est différente, et ces conceptions témoignent de différences qui reflètent la volonté créatrice de Dieu pour l’humanité. Parce que les hommes et les femmes sont différents, il est philosophiquement impossible pour un homme de devenir une femme ou pour une femme de devenir un homme. Ceux qui disent le contraire font des spéculations fictives de ce qu’est la nature humaine. En fait, il n’existe aucune preuve scientifique permettant de vérifier l’affirmation selon laquelle on est piégé dans le mauvais corps.

Si Dieu a fait les hommes et les femmes fondamentalement et intégralement différents, alors l’idée qu’un homme puisse un jour devenir une femme (ou vice versa) est tout simplement impossible. Les différences entre les hommes et les femmes ne peuvent être surmontées simplement parce qu’une personne a le sentiment d’appartenir au sexe opposé. Votre psychologie (vos sentiments) ne peut pas changer votre ontologie (votre être).

Les différences entre les hommes et les femmes ne peuvent être surmontées simplement parce qu’une personne a le sentiment d’appartenir au sexe opposé. Votre psychologie (vos sentiments) ne peut pas changer votre ontologie (votre être).

Le chemin de la liberté et de la joie

Comprendre pourquoi les personnes peuvent se percevoir comme elles le font, et les aider bibliquement, d’une manière qui ne se contente pas de répéter ce que le politiquement correct exige, offre une opportunité pour des conseils et une compassion authentique (Pr 3.5-6). Le conseil biblique commencerait en aidant la personne à comprendre, aussi difficile que cela puisse paraître, que son sexe de naissance est un témoignage de sa vraie nature et que la perception d’une identité de genre différente, bien que sincère, ne constitue pas un véritable changement d’identité.

En tant que personnes qui croient que l’amour se réjouit de la vérité (1 Co 13.6) et que la vérité libère les gens (Jn 8.32), nous devons affirmer ce que le Time et notre culture de l’émancipation ne veulent pas dire : si Evan est né avec des chromosomes XX, Evan n’est pas un homme et ne pourra jamais l’être.

Hempel se donne beaucoup de mal pour nier la féminité innée et inéluctable d’Evan. Pourquoi ? Parce qu’il faut faire des efforts extraordinaires pour passer sous silence la façon dont nos corps sont conçus. Hempel indique qu’Evan (dont l’ancien nom féminin n’est pas donné) est née femme en bonne santé. Le fait que la biologie féminine d’Evan réapparaisse naturellement après avoir arrêté les traitements hormonaux afin de mener à bien la grossesse révèle que c’est vrai. Nous ne pouvons pas nous refaire selon notre volonté propre ou même selon nos perceptions les plus profondes. Aucune quantité de suppression ou de répression ne peut nier ce qui est vrai de notre corps.

Supprimer ce que nous savons être vrai ne produira jamais la joie que nous désirons. Quel que soit l’état de la perception de soi ou des sentiments d’un individu, le fait de contrecarrer un corps sain ne peut produire un bonheur durable. C’est l’une des raisons pour lesquelles parmi les personnes transgenres en transition on peut encore relever des taux élevés d’anxiété et de dépression.

Aller plus loin

Sous couvert d’appels à la compassion et à la sympathie, des histoires comme celle publiée dans le Time vont devenir la nouvelle norme en Amérique. Et vu le rythme de l’accélération, les implications seront énormes, touchant presque tous les domaines de la vie. Cela exigera des chrétiens une compréhension de la compassion et de la compassion – ainsi que de l’amour et de l’espoir – plus profonde que la simple affirmation des expériences d’autrui comme étant normatives et louables.

Nos désirs, nos perceptions et nos corps témoignent tous du désordre d’une création ravagée par le péché. La bonne nouvelle pour des personnes comme Evan, comme pour chacun d’entre nous, est que les corps brisés dans lesquels nous vivons ont tous besoin de rédemption (Rm 8.18-25). Et en Jésus-Christ, il est promis que toutes choses seront rendues nouvelles (Es 65.17 ; Ap 21.5). Bien que le christianisme ne garantisse pas un soulagement total dans cette vie, il garantit une résurrection future de nos désirs, de nos perceptions et de nos corps qui sont aujourd’hui sujets à la pourriture et à la mort (1 Co 15.50-56). Parce que notre sexe biologique ne ment pas, et parce que notre esprit est enclin à la confusion, la repentance et la sanctification de la personne dysphorique impliquent un long travail pour ramener son identité de genre perçue en conformité avec son sexe biologique. Il se peut qu’une personne ne parvienne jamais complètement à la paix, mais revêtir le nouvel Homme, recréé en Jésus-Christ, signifie embrasser et faire confiance à l’autorité de Dieu sur toutes les facettes de notre existence (Col 3.1-11).

Bien que cela puisse apporter de nouvelles conversations et des expériences que beaucoup d’entre nous ne comprendrons pas, le ministère auprès des personnes atteintes de dysphorie de genre implique une marche avec chaque âme précieuse à travers ce qui pourrait être des années de vallées psychologiques (Ga 6.2). Nous avons besoin de chrétiens qui marcheront aux côtés de ces personnes à chaque saison, dans la victoire comme dans la défaite, en encourageant chacun d’entre elles à vivre une plus grande foi dans le Seigneur Jésus (Rm 12.12 ; Jc 1.12).

Seuls les chrétiens suffisamment humbles pour reconnaître leur propre fragilité seront capables d’accompagner les gens dans des luttes qui semblent très différentes des leurs.

 

 

 

1D’après Mark Yarhouse, la dysphorie de genre est « une détresse associée à une incongruence dans laquelle l’identité de genre psychologique et émotionnelle d’une personne diffère de son sexe biologique ».

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