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Noël, marketing, tradition et Incarnation

Et comme chaque année, Noël arrive. Il est partout. On célèbre, on consomme, on s’échange des cadeaux. Dans une société largement sécularisée, Noël demeure pourtant étonnamment résistant. On enlève les crèches, mais on garde le sapin. On met Jésus de côté, mais on conserve le Père Noël. On maintient la fête en la justifiant autrement: par la famille, la générosité, la nostalgie. Comme si la forme pouvait survivre au fond.

Bref, on n’arrive pas vraiment à s’en débarrasser.

Et ce n’est pas nouveau. Bien avant les débats laïques modernes, certains chrétiens eux-mêmes ont tenté d’effacer Noël. Au XVIIᵉ siècle, par exemple, les Pèlerins, fondateurs de Boston, avaient interdit sa célébration, la jugeant trop marquée par les excès populaires et trop associée, selon eux, à l’Église catholique.

Il existe donc tout un spectre de positions face à Noël: entre ceux qui le rejettent complètement, ceux qui le célèbrent surtout culturellement, et ceux qui en embrassent pleinement le sens spirituel. Mais peu importe où l’on se situe sur ce spectre, une chose demeure : chaque année, Noël revient.

Mais peut-on vraiment célébrer une fête en se coupant de ce qui lui donne son sens?

Le mot Noël vient du latin natalis, «naissance». En anglais, Christmas signifie littéralement «la messe du Christ». Dans les deux langues, le nom même de la fête est profondément chrétien. Noël n’est pas d’abord une ambiance ou une tradition culturelle: c’est une affirmation.

On entend parfois que Noël ne serait qu’une fête païenne recyclée, héritée du Sol Invictus romain. L’argument est répandu, mais historiquement fragile. Le Sol Invictus était associé au solstice d’hiver, célébré autour du 21 décembre, et non du 25. De plus, ces célébrations n’étaient ni uniformes ni solidement établies avant le IVᵉ siècle.

À l’inverse, dès les IIᵉ et IIIᵉ siècles, des auteurs chrétiens réfléchissaient déjà à la date de la naissance de Jésus à partir de sa mort, située autour du 25 mars, selon une ancienne tradition juive voulant que les grands prophètes meurent le jour même où ils ont été conçus. En comptant neuf mois, on arrive naturellement au 25 décembre.

Noël n’est donc pas né d’un compromis avec le paganisme, mais d’une réflexion théologique cohérente. Noël célèbre l’Incarnation: Dieu qui entre dans l’histoire, Dieu fait chair. C’est ce que l’Évangile de Jean affirme sans détour: «La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous» (Jean 1.14). Dieu ne sauve pas de loin. Il se rend présent.

La figure du Père Noël que nous connaissons aujourd’hui, manteau rouge, barbe blanche, sourire bonhomme, est largement le fruit d’un coup de marketing de génie de Coca-Cola au XXᵉ siècle. Si la campagne avait été menée par Pepsi, le Père Noël serait sans doute vêtu de bleu. Preuve que l’icône moderne relève moins d’une tradition ancienne que d’une construction publicitaire efficace.

Mais derrière le Père Noël se trouve une personne bien réelle. Nicolas, pour les intimes. Et, pour la tradition chrétienne, Saint Nicolas.

Si nous pouvions le rencontrer aujourd’hui, dans un centre commercial, déguisé en Père Noël pour arrondir ses fins de mois, il nous raconterait simplement son histoire, juste avant de lancer un joyeux «Joyeux Noël», sous le flash de l’appareil photo.

Il nous parlerait de cette lumière dont parle l’Évangile de Jean.

Nicolas était un homme du IVᵉ siècle. Un croyant pour qui cette espérance a eu un coût. Il a connu la persécution, sous Dioclétien. Qui sait, sous sa barbe blanche se cachent peut-être quelques cicatrices. Il nous dirait que ce Jésus, né dans une crèche, l’a façonné de l’intérieur. Que c’est en recevant ce Dieu venu parmi les humains qu’il est devenu un homme généreux. Un homme qui, ayant reçu un cadeau, est devenu un donneur de cadeaux pour les enfants.

Et avant de partir, je l’imagine nous tendre un texte ancien, auquel il a lui-même participé il y a plus de 1700 ans: le Symbole de Nicée. Un texte par lequel l’Église a affirmé clairement que Jésus n’est pas une créature parmi d’autres, mais pleinement Dieu.

Autrement dit, Nicolas nous rappellerait que la lumière que nous célébrons à Noël n’est pas une idée abstraite. C’est l’Incarnation, et elle a un nom: Jésus.

Voilà pourquoi sa générosité n’était pas du folklore. Elle était une réponse au vrai sens de Noël. Dieu ne sauve pas de loin. Il descend. Il habite parmi les siens. Et lorsqu’on reçoit un Dieu qui s’abaisse, on apprend à s’abaisser à son tour. Ce message dépasse largement le cadre religieux.

Croyant ou non, l’Incarnation nous enseigne quelque chose de fondamental: tout dirigeant qui veut réellement servir doit accepter de s’abaisser et de vivre parmi les siens. À l’inverse, celui qui se désincarne de son peuple finit par ne plus le comprendre, ni le rejoindre.

«Jésus leur parla de nouveau, et dit: Je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie» (Jean 8.12).

Noël est ainsi une invitation à reconnaître que Dieu est venu parmi nous et qu’en se révélant comme lumière, il nous interpelle à le suivre.

Voulons-nous célébrer une fête vidée de ses racines, ou accueillir ce qu’elle proclame vraiment? Noël, ce n’est pas une fête qu’on défend. C’est une personne qu’on reçoit. C’est l’Incarnation.

Joyeux Noël.



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