Aidez TGC Évangile21 à équiper les croyants pour qu'ils restent fermement attachés à l'Évangile dans une culture qui change radicalement.

×
Parcourir

Jusqu’aux années 1970, la province canadienne de Québec était presque plus catholique que le Pape.

“Je me trouvais pour la première fois dans une ville où vous ne pouviez pas lancer une brique sans briser une fenêtre d’église,” dit l’auteur Mark Twain en 1881. Il se trouvait à Montréal, où, jusqu’aux années 1950, 90% de la population assistait à la messe chaque semaine— peut-être la plus forte fréquentation de l’église dans le monde, selon l’historien Mark Noll.

Les prêtres imposaient d’avoir des familles nombreuses et le Québec avait le plus haut taux de natalité au Canada. Les fonctionnaires du Gouvernement étaient presque tous catholiques et la majeure partie de la société était sous l’influence ou la surveillance de l’Église Catholique. Les gens du Québec étaient si catholiques que, même aujourd’hui, leurs blasphèmes ne sont pas sexuels mais religieux – ostie se réfère à la communion, tabarnak signifie “tabernacle,” et câlisse est le calice sacré.

La société est demeurée stable jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale. Puis, dans les années 1960 et 1970, la montée rapide des difficultés économiques, l’individualisation et la révolution sexuelle ont fait perdre pied au Québec francophone. L’Église Catholique traditionnelle et hiérarchique s’est effondrée.

PHOTO : François Turcotte / Courtoisie de François Turcotte

« En une décennie, tous ont quitté le catholicisme,” dit François Turcotte, président d’un Séminaire Baptiste à Montréal. “Ce fut la plus rapide sécularisation au monde. »

En cinq ans seulement, l’assistance hebdomadaire à l’église a chuté de 80% de la population en 1968 à 30% en 1974. Le gouvernement a séparé l’église de l’éducation, la médecine, le travail et les services sociaux. Les mariages catholiques et les baptêmes, de même que le taux de natalité ont commencé à baisser.

“Aujourd’hui, si vous marchez dans les rues ici et demandez aux jeunes de moins de 30 ans s’ils peuvent vous dire qui est mort sur la croix —Mohammed ou Jésus—ils n’en ont pas la moindre idée,” dit Yanick Ethier, président de Sola – Coalition pour l’Évangile (Québec).

Dans cette société post-chrétienne, l’avortement est financé par l’état. Le taux de divorces a diminué mais seulement parce que moins de gens se marient. Le changement de genre pour X sur votre certificat de mariage est gratuit, mais c’est illégal pour une femme de prendre le nom de famille de son mari après le mariage. Le Québec est en tête des suicides assistés par un médecin au Canada —ils représentaient plus de 6% des décès in 2022. Et un sondage récent montre que les Québécois ont des opinions plus défavorables sur la religion que partout ailleurs au Canada.

“Si vous dites que vous êtes un évangélique au Québec, les gens pensent que vous faites partie d’une secte,” dit François Turcotte. “Ils n’en ont jamais entendu parler.”

Il espère changer cela. SEMBEQ—Séminaire Baptiste Évangélique de Québec—est passé d’un seul cours biblique en 1973 à un séminaire à part entière avec diplômes de fin d’études remis à environ 12 étudiants par année.

L’un de leurs enseignants invités favoris fut le co-fondateur de TGC (The Gospel Coalition), Don Carson, qui est né à Montréal et a grandi au Québec. “Il nous a partagé l’idée de rassembler un groupe de gens basé sur ce que nous sommes, et non sur ce à quoi nous sommes opposés,” dit François Turcotte. En 2011, lui et quelques autres personnes ont tenu leur premier événement TGC, mais ils ne purent maintenir l’élan.

Alors ils ont essayé à nouveau en 2018 et, cette fois, cela a fonctionné. Au cours des cinq dernières années, SOLA—le chapitre régional du Québec de TGC—a élargi son conseil à 22 membres, faisant de lui le plus grand conseil TGC en dehors des États-Unis. Le ministère des femmes est en plein essor. Deux membres du conseil ont débuté des centres de counseling biblique and SOLA espère ajouter ensuite des ateliers de prédication par exposition.

“L’évangile est la puissance de Dieu,” dit Yanick Ethier, “et nous sommes émerveillés chaque jour de ce que Dieu fait au Québec.”

Plus chrétien que les États-Unis

Si quelqu’un vous avait demandé en 1955 quel pays—des États-Unis ou du Canada—était plus chrétien, vous auriez dit le Canada. Plus de 99% des Canadiens disaient qu’ils étaient affiliés à une église et l’assistance à l’église était de 50 à 60% plus grande au nord de la frontière.

Une seule raison: contrairement aux États-Unis, le Canada ne séparait pas réellement l’église de l’état. Au lieu de cela, l’Église Catholique au Québec—et les dénominations protestantes dans les autres provinces—travaillaient de près avec le gouvernement pour élaborer des politiques chrétiennes et mettre en place des systèmes chrétiens dans presque tous les domaines de la vie.

“Le Québec est longtemps demeuré une société qui faisait confiance au leadership centralisé de l’église et alors aux chefs d’entreprises et du gouvernement de concert avec l’église,” écrit Noll dans “What Happened to Christian Canada?” (Qu’est-il arrivé au Canada chrétien?) Depuis le début, “l’indépendance du Canada a adopté l’autorité centralisée que l’indépendance de l’Amérique dédaignait.”

Dans un monde parfait, cela semble très bien. Mais dans un monde déchu, avoir un gouvernement religieux signifie souvent avoir une église politisée.

« Rétrospectivement, il est évident qu’en coopérant avec empressement avec le [gouvernement], les catholiques cléricaux et traditionnels du Québec ont échangé leur droit de naissance religieux contre un potage de patronage politique corrompu », a fait remarquer M. Noll.

Les catholiques [du Québec] étaient très médiévaux », a déclaré François Turcotte. C’est le même mot que Don Carson utilise pour les décrire.

“Je me rappelle des indulgences qui étaient vendues, du spectacle de pieux pèlerins gravissant à genoux les marches de l’Oratoire St-Joseph en récitant le chapelet à chaque marche, et des formes populaires d’adoration de Marie que je n’ai vues reproduites nulle part au monde, sauf en Pologne », écrit-il dans Mémoires d’un pasteur ordinaire. « Je me souviens des grandes foules qui sont venues voir le cardinal Léger descendre lentement la rue principale de notre ville dans une voiture ouverte et, à son passage, tout le monde – enfin, tout le monde sauf les Carson – tombait à genoux ou même à plat ventre devant lui sur le bord de la route, une vague humaine qui suivait la progression de la voiture.

En grandissant, Carson a vu les choses changer. Plus de gens déménageaient dans les villes, où ils gagnaient plus d’argent, rencontraient plus de personnes et entendaient davantage d’idées. Certaines de ces idées—comme un amour libre et l’individualisme affirmé—sont montées des États-Unis.

Bientôt, des intellectuels dans l’église ont commencé à plaider en faveur d’une rupture avec le passé.  Ils ont promu une nouvelle version actualisée du catholicisme—une version ayant plus de liberté personnelle et sexuelle, qui fait confiance aux institutions laïques pour le rétablissement de la société.

Ils y sont parvenus à demi.

Au début des années 1960, deux choses se sont produites en même temps: D’abord, le Concile Vatican II tenta d’“ouvrir les fenêtres de l’église et laisser passer l’air frais de l’Esprit ».  Les leaders changèrent les liturgies et les rites, encouragèrent l’œcuménisme et permirent aux hommes mariés d’être ordonnés diacres. Mais ce qui devait être une brise légère s’est transformé en un coup de vent glacial pour beaucoup de Catholiques qui ont été dépassés et désorientés par les changements.

Au même moment, un nouveau gouvernement libéral a pris le pouvoir au Québec et a rapidement rompu avec l’Église catholique, créant des ministères laïques pour l’éducation, la santé et les affaires sociales.

“Tout est devenu séparé de l’église,” dit François Turcotte. Le résultat : en l’espace de quelques années, les Québécois ont rompu en masse avec les vieilles habitudes du Catholicisme. Mais au lieu d’adopter une nouvelle forme de leur religion, la plupart d’entre eux l’ont complètement abandonnée.

Les parents de François Turcotte – et ceux de la plupart de ses amis – en faisaient partie.

“Beaucoup de personnes âgées étaient réticentes à tout ce qui était religieux,” dit François Turcotte. “Mais beaucoup disaient que même si les idées du Catholicisme romain étaient mauvaises, ils croyaient toujours en Jésus. Et c’est là que Dieu a opéré un réveil.”

Réveil protestant

L’oncle et la tante de François Turcotte entendirent l’Évangile d’un de ses cousins et furent sauvés. Environ une semaine plus tard, ils se sont présentés à la maison où il vivait avec sa mère. “Ils nous ont annoncé l’Évangile,” dit François Turcotte, qui avait alors 14 ans. “Nous avons été sauvés.”

La mère de Yanick Ethier rencontra l’Évangile quand elle l’envoya dans une école protestante de langue française, cela rendu possible par la libéralisation de l’état.

PHOTO : François Turcotte / Courtoisie de François Turcotte

“Mes parents y rencontrèrent des Baptistes Évangéliques,” dit-il. “Nous avons commencé à fréquenter l’église.”

“Dans les années ‘70, l’œuvre évangélique explosa au Canada français,” écrit Don Carson.  « D’une quarantaine d’églises évangéliques, l’œuvre est passée à un peu moins de cinq cents églises et lieux de prédication avant de se stabiliser à un peu plus de quatre cents ».

François Turcotte et sa mère ont commencé à fréquenter une église baptiste avec son oncle et sa tante, puis allèrent dans une autre église après le divorce de ses parents.

C’est là qu’il commença à servir et ressentit l’appel au ministère quelques années plus tard.  Il s’inscrivit à SEMBEQ, qui avait été fondé par des contemporains et amis du père de Don Carson en 1973. Avec tous les nouveaux convertis, les Baptistes évangéliques avaient besoin d’un lieu pour former des leaders de langue française.

“Dans les années 1970, notre dénomination passa de 500 personnes à 5,000,” dit François Turcotte. “Cela fut une explosion. Pendant cette décennie, les pasteurs avaient environ six mois d’expérience de vie chrétienne de plus que leurs congrégations. SEMBEQ allait offrir des cours intensifs. Chacun allait prendre ce cours, retourner à l’église et le prêcher. Quand un enseignant invité venait, ils pouvaient lui poser des questions jusqu’à 1h00 du matin. Ce fut un temps de réveil.

Don Carson, qui était un enseignant invité régulier, se souvient des cours. “Nombre de ces cours étaient en fait des traductions de matériel missionnaire espagnol et d’Amérique Latine… parce qu’ils étaient essentiellement orientés vers l’évangélisation des Catholiques,” dit-il.

Il se souvient également des longues rencontres en soirée, après avoir enseigné pendant une heure et demie, où il répondait aux questions pendant une autre heure, puis écoutait les requêtes de prières. Il n’était pas rare qu’il soit le premier à partir à 1h00 du matin.

“Presque tous disaient : ‘Priez pour mon cousin éloigné. Je lui ai parlé de l’Évangile et je pense qu’il est très près. Il est convaincu de péché. Priez que le Seigneur le convertisse.” se souvient Don Carson. “C’était vraiment vivant.”

En 1981, l’unique cours du séminaire était passé à sept cours et 130 étudiants. Le réveil continua de brûler pendant encore cinq ans. Puis, en 1985 ou 1986, “une porte se ferma,” dit François Turcotte. “Il n’y eut plus de fruits semblables.”

Différents types de fertilité: Les institutions

Il est difficile de dire exactement pourquoi les choses ont changé. La récolte avait peut-être été cueillie.

“Les québécois sont devenus si séculiers qu’ils n’avaient aucun intérêt, pendant deux ou trois générations,” dit François Turcotte. “Nous avons perdu beaucoup de personnes de la deuxième et troisième génération… Les gens du Québec sont ouverts à la spiritualité, mais pas à une vérité unique—pas à la façon de Jésus.”

Bien que 54% de Québécois se disent toujours catholiques, 2% seulement assistent chaque semaine à la messe. Et moins de 1% sont évangéliques, ce qui fait des Canadiens Français le plus grand groupe de personnes non atteintes en Amérique du Nord.

Mais les Protestants du Québec n’ont pas cessé de travailler.

“L’énergie de ces mouvements soutenus par l’Esprit vient d’abord vous donner beaucoup d’élan, de passion et d’énergie pour commencer, mais ce qui préserve cette oeuvre, ce qui transmet les choses à une autre génération, c’est la création d’institutions” dit Carson. “Si vous n’institutionnalisez pas dans un sens quelconque, vous ne préservez pas grand-chose. Cela devient une sorte de bref moment de succès.”

SEMBEQ fut ainsi, une institution importante, dit-il. Le séminaire a continué de se développer—décernant son premier baccalauréat en 1984 et sa première maîtrise en 1990. Quand le séminaire et sa dénomination célébrèrent leur 50e anniversaire cette année, plus de 1,000 personnes ont participé à la célébration.

Une autre institution croissante, ce fut la Coalition pour l’Évangile du Canada Français.

Il y a 15 ans, “Don Carson commença à nous parler du fait qu’il n’y avait pas de «lieu commun » où aller pour trouver la vérité,” dit François Turcotte. “Dans notre mouvement, nous n’arrêtions pas de parler de ce que nous n’étions pas, de nos distinctions”.

Comme beaucoup de minorités, les Protestants se définissaient par la façon dont ils étaient différents des Catholiques, et cela favorisait la distance entre familles évangéliques. Don Carson expliqua qu’au lieu de cela, ils voudraient peut-être se rassembler autour de ce qu’ils avaient en commun.

“Il est venu enseigner chaque année et nous a partagé de ce qu’il entreprenait avec Tim Keller,” dit François Turcotte. “Depuis le début, nous avons eu un peu le même rêve”.

PHOTO : En Janvier 2023, SEMBEQ et sa association ont célébré leurs 50 ans / Courtoisie de François Turcotte
PHOTO : En Janvier 2023, SEMBEQ et sa association ont célébré leurs 50 ans / Courtoisie de François Turcotte

En 2011, SEMBEQ a parrainé un événement de TGC. Plus de 1,000 personnes y ont assisté.

“Ce fut un grand succès,” dit François Turcotte. “Le problème, c’est que mon groupe [confessionnel] fit 90% du travail. Tous les autres groupes nous ont ensuite communiqué, avec raison : ‘Ce n’est pas notre événement.’ Nous avons tout mis sur pause, pour reprendre, en invitant cette fois, chacun à venir autour de la table.”

Nous parlons des leaders d’une dizaine de dénominations—Baptistes Réformés, Frères, Baptistes de l’Union, Baptistes de l’Association, Églises Réformées Canadiennes, Églises Évangéliques Associées du Canada, Calvary Chapel et La Bible Parle. “Leur amour et leur attachement à la Bible est très fort,” dit Yanick Ethier, qui dirige maintenant le groupe.

À cause de cela, “l’idée de prêcher par exposition fut rapidement adoptée dans les églises,” dit-il. “Et si vous prêchez vraiment par exposition, vous devrez aborder les questions de la théologie réformée à un moment ou l’autre. Vous ne pouvez pas y échapper.”

Avec l’influence de Don Carson, John Piper, Tim Keller, John MacArthur et d’autres, les leaders ont aiguisé leur théologie. Ils ont reconnu posséder une théologie suffisamment commune pour former leur propre chapitre de la TGC. Puisqu’ils débutaient environ 500 après la Réforme, ils s’appelèrent SOLA.

Mais c’est difficile de rassembler un groupe disparate de pasteurs, qui ont différentes perspectives et priorités. La deuxième tentative de lancement eut un succès mitigé.

SOLA

François Turcotte, Yanick Ethier et leur petit groupe de pasteurs n’ont pas abandonné.

“Nous avons fait un redémarrage en 2018,” dit François Turcotte. “Nous étions très relationnels. Nous avons pris beaucoup de temps pour construire des ponts.”

PHOTO : Yanick Ethier / Courtoisie de Desiring God

“C’était la bonne façon de le faire,” dit Yanick Ethier. “Nous avons commencé des rencontres, partageant la vision et discutant de l’avenir.  Les événements sont devenus plus petits, mais les relations et les amitiés plus profondes.”

Nous avons eu un projet commun, un centre de counseling biblique, ainsi que d’autres projets par la suite. Avant cela, dit Yanick Ethier, “Quand je n’avais pas de réponse ou que j’étais dépassé comme pasteur, je devais référer les gens de mon assemblée à un psychologue non chrétien ou un thérapeute chrétien aux approches pseudo bibliques.” Avec l’aide de David Powlison de CCEF et un pasteur rural canadien français ayant ses diplômes de counseling du Reformed Theological Seminary, il débuta un centre de counseling biblique à son église à Montréal.

“Le mouvement de counseling biblique centré sur l’Évangile a créé des ponts autour de tous les groupes,” dit François Turcotte. “Dieu l’a utilisé comme une sorte de colle pour nous regrouper.”

Un autre projet commun fut la formation de femmes à l’enseignement auprès des femmes. “Nous l’avons débuté il y a deux ans et c’est devenu viral,” dit François Turcotte.

SOLA: Le ministère des femmes

Angie Velasquez Thornton est née en Californie, de parents immigrants colombiens qui étaient des Catholiques nominaux. À l’école secondaire, elle tomba en amour avec Jésus et la langue française. Durant une année sabbatique entre le secondaire et le collège, elle suivit des cours bibliques en France et au Sénégal et s’engagea dans des missions en Afrique.

De retour à la maison, elle obtint une maîtrise de l’UCLA en études africaines, puis une maîtrise en théologie du Moody Theological Seminary.

PHOTO : Angie Velasquez Thornton, conférencière lors d’une conférence pour femmes du TGCC (The Gospel Coalition of Canada) en Novembre / Courtoisie d’Angie Velasquez Thornton

“Je voulais m’impliquer dans l’enseignement théologique, mais avec ma position complémentarienne, je ne voulais pas servir premièrement à former des hommes en Afrique,” dit-elle. “Je voulais vraiment travailler aux côtés d’un homme ayant le même appel. Mais le bassin d’hommes qui correspondaient à cette description était inexistant.”

Quand elle dit à sa mère qu’elle recherchait un mari qui voulait aller en Afrique française pour une formation théologique réformée, sa mère fut sous le choc.

“Comment vas-tu rencontrer quelqu’un comme cela?” a-t-elle demandé à sa fille. “Tu devras réduire tes attentes!”

“Maman, je fais confiance au Seigneur,” dit-elle.

Sur un site pour célibataires chrétiens, elle a trouvé le profil d’un Canadien qui projetait d’être missionnaire en Afrique. Elle lui a tendu la perche.

“J’ai bientôt découvert que non seulement il projetait de servir Dieu en Afrique mais spécifiquement au Sénégal,” dit-elle. “Et de plus, en enseignement théologique. Et c’est ainsi que j’ai rencontré et épousé Dan Thornton en moins d’un an.”

Ils ont travaillé au Sénégal pendant 10 ans jusqu’à leur retour en Amérique du Nord en raison  de problème de santé de Dan. Ils sont toujours missionnaires à temps plein avec Crossworld, et Dan est un ancien à leur église au Québec, enseigne à SEMBEQ et sert en tant qu’éditeur du site de SOLA.

Pendant ce temps, Angie commença à réfléchir à un ministère pour les femmes au Québec. Quelques années auparavant, elle assista à un atelier du  Charles Simeon Trust  à Toronto.

“J’étais vraiment emballée à l’idée d’y amener des femmes de langue française avec moi,” dit-elle. “Je pouvais voir l’avantage de donner à des femmes les outils pour étudier la Parole de Dieu pour elles-mêmes afin qu’elles puissent en retour équiper et former des femmes pour diriger des études bibliques sans avoir à s’en remettre à du matériel traduit de l’anglais.”

Mais ce rêve présentait ses défis. Toronto se trouvait à au moins sept heures de distance en voiture. “Cela représentait deux jours d’ateliers, plus deux jours de conduite,” dit-elle.  Seules deux femmes pouvaient s’engager à l’accompagner.

“Puis la pandémie a frappé et les ateliers de Simeon Trust workshops sont tous devenus disponibles en ligne,” dit-elle. “Tout a changé.”

Elle recruta 12 femmes du Québec, 2 autres en France et une en Afrique francophone. Elles embauchèrent un traducteur pour une formation virtuelle. Par la suite, ces femmes ont commencé à produire ensemble leurs propres études bibliques.

PHOTO : Angie Velasquez Thornton (deuxième à partir de la gauche) sur un panel à une conférence de femme de TGC Canada en 2023 / Courtoisie d’Angie Velasquez Thornton

Il y a deux ans, Yanick Ethier, entendit parler de cette belle initiative et lui demanda si elle se joindrait l’équipe de SOLA.

“Le travail que je faisais par moi-même avec mon équipe de femmes, avec le soutien de mon mari et de mon église locale explosa parce que j’avais le support et la plate-forme de SOLA,” dit-elle. Son programme conduit les femmes à travers un livre de la Bible tout au long d’une année. Ceci débute avec un premier atelier de la fondation «Simeon Trust» au printemps, six semaines en ligne de la cohorte à l’automne et une conférence en hiver.

“Nous avions environ 200 femmes à notre première conférence l’an passé,” dit-elle. “C’était la plus grande conférence au Québec dans notre tradition théologique depuis la pandémie.”

Elle espère que plus de 300 femmes viendront entendre Mary Willson Hannah parler du livre d’Exode à leur conférence de mars 2024.

“Notre but serait éventuellement de ne pas avoir à faire appel à l’extérieur, mais à nous appuyer sur des ressources féminines locales, formées ici pour enseigner et diriger” dit-elle. “En attendant, nous faisons appel à des personnes qui vont vraiment enrichir les femmes dans l’étude de la Parole de Dieu.”.

La croissance de l’Église dans une culture post-chrétienne

L’an dernier, le Québec a eu un nombre record de 155,400 immigrants et un bas record de naissances de 80,700. Nombre de ces enfants sont nés d’immigrants—un tiers ayant au moins un parent né en dehors du Canada.

“Les personnes séculières ne font pas d’enfants,” dit François Turcotte. “Si vous déménagez au Québec, votre voisin sera pakistanais, ou indien ou marocain. À Montréal, beaucoup des étudiants sont des enfants d’immigrants.”

PHOTO : Une rencontre de SOLA en 2019 / Courtoisie de SOLA

Beaucoup d’immigrants sont déjà chrétiens et se joignent et fortifient les églises existantes, dit-il. “Et si je parle avec un immigrant musulman, son point de vue est plus près du nôtre  [que celui d’une personne séculière]. Il croit que Dieu est juste, qu’il juge. Il croit qu’il existe un bien et un mal objectifs.”

Près de 5% de la population est maintenant musulmane, dit-il. “Si vous connaissez des personnes qui aimeraient prêcher l’Évangile aux Musulmans, envoyez-les au Québec. Nous avons besoin de 10 fois plus de personnes pour le faire.”

L’évangélisation est beaucoup plus difficile parmi la population séculière.

“Fondamentalement, chaque jeune gens au Québec qui n’est pas un nouvel immigrant s’identifie comme sans affiliation religieuse,” dit Yanick Ethier. “Ils n’ouvrent jamais la Bible, ne la lise jamais. Ils n’ont aucune idée de ce qu’est Jean 3.16. Ils savent que c’est bien d’aimer ton prochain comme toi-même mais ils ne savent pas que ça nous vient de la Bible.”

Ils ne sont pas antagonistes à Dieu ou l’église comme l’étaient leurs grands-parents. Ils ignorent plutôt tout de Dieu et de l’église.

“Ils se disent que si Dieu existe, c’est une bonne personne qui ne jugerait jamais qui que ce soit” dit Yanick Ethier. Dans cette vision confuse du monde « personne ne peut me dire qui je suis », l’objectif principal de votre existence devient de trouver, en vous-mêmes, votre propre identité, dit-il.

“Et nous devons les rejoindre dans la souffrance de leurs vies confuses et désorientées,” dit-il.

Il voit régulièrement cette approche porter du fruit par le moyen de ministères d’aumônerie.

“Les aumôniers peuvent aller dans les maisons de personnes âgées ou les équipes sportives,” dit-il. “Ils ne sont perçus comme une menace.”

Par exemple, un aumônier s’est lié à une maison funéraire pour son ministère. “Il habite une ville d’environ 50,000 personnes et procède à deux ou trois funérailles par semaine,” dit François Turcotte. “En quatre ans, il a probablement prêché l’Évangile à toute la population de sa ville. Quand il va à l’épicerie, cela prend trois fois plus de temps maintenant parce que tout le monde lui parle. De telles opportunités nous semblaient inconcevables.”

Yanick Ethier a aussi vu du fruit par le biais des relations communautaires.

PHOTO : Yanick Ethier prêchant à son église, Église de l’Espoir / Courtoisie de Desiring God

“La plupart des policiers pensaient que nous étions une secte,” dit-il. “Mais sous la direction du Seigneur, l’un des membres de l’église sert dans un ministère pour sans abri à Montréal. Grâce à ce lien, Yanick a rencontré un homme du service de police.”

Les policiers cherchaient à entrer en relation avec des pasteurs pour se rapprocher des communautés religieuses de la ville et Yanick Ethier développa une amitié avec eux. Il offrit de les aider de toutes les manières possibles. Les policiers ont saisi l’opportunité et ont commencé à faire de la formation dans le bâtiment de l’église.

“J’ai eu l’opportunité d’expliquer aux policiers ce qu’était une église évangélique” dit Yanick Ethier. “Je leur ai partagé qu’il s’agit d’une famille de gens brisés qui saisissent la faiblesse humaine et comprennent ce qu’est l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Je leur ai partagé, par exemple, que si quelqu’un a commis un crime à caractère sexuel, mais est sérieusement repentant, nous protégerons les enfants de l’Église par des procédures conséquentes, mais qu’il trouvera une famille auprès de nous. La société ne peut offrir cela à ces gens et les pousse dans l’isolement, qui les entraîne à nouveau dans leurs crimes.”

Les policiers font appel à lui quand ils ont besoin d’aide dans un refuge à proximité. Une policière lui a demandé de venir prier pour une personne bouleversée. Par la suite, la policière a commencé à venir dîner dans l’espace libre dans l’église. L’an dernier, quand une famille d’une autre église locale offrit de prendre la garde d’un enfant d’un foyer brisé, la policière témoigna en cours que l’église était digne de confiance, et l’enfant ne fut pas retiré de son foyer, grâce à l’accompagnement de son église locale.

“Une telle collaboration entre la police et l’église était inimaginable au Québec,” dit Yanick Ethier. “Mais le Seigneur travaille encore.”

Beauté dans les cendres 

Ce n’est pas facile d’être un chrétien dans un lieu positivement païen.

“Pour être honnête, les chrétiens au Québec ont plutôt peur de ce qui arrive dans la culture et la société, car cette période post-chrétienne grandit tellement vite. Nous ne nous berçons pas d’illusion.” dit Yanick Ethier.

L’implantation d’églises n’est pas facile non plus. “C’est un sol dur,” dit-il. “Nous n’implantons pas une église en trois ans. Cela prend 15 ans.”

Récemment, il a traversé une dure semaine de problèmes de discipline de l’église.

“La culture influence encore l’église, alors il y a des jours où nous disons : ‘Seigneur, pourquoi? Pourquoi une champ si dur?’” dit-il.

Mais alors il se rappelle.

“Il y a tant de chrétiens à travers le monde qui servent le Seigneur dans des conditions qui sont beaucoup, beaucoup plus dures que les nôtres,” dit-il. “L’Évangile est toujours la puissance de Dieu. Et l’amour de Dieu et la beauté de l’Évangile sont d’autant plus attirants quand la vie est si confuse et désespérée dans la culture.”



EN VOIR PLUS
Chargement