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Nous sommes sur le chemin de la célébration de Pâques, prêts à fêter cette incroyable victoire de la vie sur la mort, cette imposante manifestation de la puissance divine et ce rétablissement de la justice face à l’injustice de la condamnation du Juste. Etes-vous de ceux qui, lorsqu’on parle de résurrection, voient cette image d’un tombeau vide, entendent l’ange dire un « N’ayez pas peur », se réjouissent de l’annonce que les femmes ont faite aux disciples quelque peu sceptiques et chantent « A toi la gloire » avec ferveur et conviction ? Quand on parle de résurrection, on se réjouit de ce que Jésus a vaincu le péché et la mort, on célèbre la puissance de Dieu, on sait déjà que l’Ascension a suivi de peu cet événement, que Jésus viendra nous chercher et puis voilà. Ces propos font un peu « cliché », mais ils sont révélateurs de la pensée générale qui occupait mon esprit tous les mois d’avril, jusqu’à ce que je me plonge dans le nouveau livre de Timothy Keller « Une espérance en ces temps troublés ». Et là, le choc. La découverte. La redéfinition du mot « résurrection » en termes plus réels, plus actuels, plus concrets pour mon vécu d’humain du 21è siècle.

Pour les chrétiens, croire que la croix seule nous sauve de nos péchés est devenu banal. La résurrection est donc considérée comme un merveilleux miracle qui a prouvé que Jésus était le Fils de Dieu, mais rien de plus que ça. (p61)

Déjà, il faut savoir que l’auteur est atteint d’un cancer. Pancréas. Pas le genre de maladie qui donne beaucoup d’espoir. Mais le genre de maladie qui pousse à réfléchir, à peser ses mots, à aller à l’essentiel, tout en gardant la rigueur et l’abondance de documentation qui sont chers à Tim Keller. Lire ce nouvel ouvrage écrit dans ces circonstances, c’est un peu comme écouter le sage du village qui livre ses conseils les plus utiles, ses directives les plus essentielles, ses pensées les plus réfléchies. Ce livre, c’est du beefsteak. Du costaud. 330 pages (sans les notes de fin), plus de 250 notes de bas de page. Un pavé. Après 2 ans de « brouillard » causé par cette pandémie traumatisante pour beaucoup, on a peut-être plus envie de « légèreté », de fraîcheur et de moments festifs me direz-vous ? Les magasins sont pleins d’œufs en chocolat, de décos de lapins, fleurs et objets en tout genre pour faire de ce jour spécial un bon moment festif et coloré, quel intérêt à s’embarrasser d’un ouvrage de cette envergure ? Quel intérêt ???? Celui de replonger au cœur de l’événement qui, s’il n’avait pas eu lieu, rendrait notre foi vaine, comme l’a souligné l’apôtre Paul (1 Co 15.14). L’intérêt de creuser plus profondément dans les richesses de la Parole, dans les plans merveilleusement bien orchestrés du Créateur. Celui d’être encouragé(e) et nourri(e) d’espérance en ces temps troublés. « La résurrection, le Grand renversement, nous donne à la fois le pouvoir et le modèle qui nous permettent de vivre aujourd’hui en étant reliés à la future nouvelle création de Dieu. » (p 27). Plonger au cœur de la résurrection, c’est apprendre à vivre aujourd’hui une vie d’espérance et de victoire. Pas un fait qui ne relève que du passé. Pas un événement qui n’a des répercussions que pour demain. Mais une réalité qui peut et doit habiter notre quotidien dès maintenant. Voilà l’objectif que poursuit l’auteur dans la rédaction de ces lignes.

Une espérance en ces temps troublés

Une espérance en ces temps troublés

Éditions Clé. 348 pages.

Mort, pandémie, guerre, injustice, isolement social, autant de raisons de céder au désespoir… Comment la résurrection de Jésus peut-elle nous apporter une espérance et transformer notre quotidien ?

La résurrection de Jésus est au cœur de la foi chrétienne. Elle révèle la puissance de Dieu qui, un jour, guérira et renouvellera le monde et qui peut, dès maintenant, changer notre vie. Elle donne aux chrétiens une espérance réaliste et irrépressible.

« La résurrection de Jésus apporte une espérance de changement qui va façonner tous les aspects de notre vie : nos relations, notre rapport à l’éthique, à l’argent, à la réussite, à la justice, à la souffrance, notre perspective sur l’avenir, etc. Elle réoriente nos regards vers la seule source d’espérance fiable et durable puisque nous vivons dans l’attente de notre propre résurrection et de l’avènement du royaume de Dieu. » Timothy Keller

Éditions Clé. 348 pages.

Oui, ce livre est à lire. Une mine. Vraiment ? Vous aimez l’histoire ? Dès le premier chapitre, l’auteur se penche sur l’historicité de la résurrection, fait si souvent décrié. Et il alimente son propos de sources bibliques, évidemment, mais également historiques et littéraires. Il évoque les différentes théories qui ont surgi et surgissent encore autour de la résurrection, rassemble les preuves amassées au fil des années, soulève les questionnements des religieux de l’époque, des sceptiques de tous les âges.

S’ensuivent quatre chapitres largement étoffés qui tracent un chemin à travers la Bible entière au travers de la lunette du « Grand Renversement » (lit. « great reversal »), cette pensée divine tellement opposée à la nôtre, selon laquelle il faut mourir pour vivre, perdre pour gagner, servir pour être servi, être pauvre spirituellement pour obtenir les richesses spirituelles en Christ… Une spécificité propre au christianisme qui nous rappelle constamment que Dieu ne nous choisit pas malgré notre impuissance, mais à cause d’elle…(p117). Keller l’évoque avec des titres qui parlent d’eux-mêmes : « les garçons que personne ne choisissait » ou « les femmes dont personne ne voulait » … Ce voyage rapide mais concis au cœur des Écritures nous replace aux pieds du Roi dont les pensées nous dépassent mais dont les plans sont parfaits.

La résurrection est, pour nos consciences, le signal puissant que Jésus a entièrement payé la dette de notre péché sur la croix. Elle nous donne une liberté que la croix seule ne peut nous apporter. (p73)

Et si par hasard, vous ne vous sentiez pas l’âme d’un grand lecteur, allez aux chapitres 6 et 7, vous y retrouverez Marie, Jean, Thomas, Pierre et Paul, dans toute leur humanité transformée par la rencontre du Ressuscité… Des personnages bien concrets qui nous ressemblent à bien des égards, des personnages touchés par la personne de Christ qui a su adapter Son approche en fonction de leurs personnalités, de leurs caractères et besoins respectifs.

Quant aux cinq derniers chapitres, ils s’ancrent dans le concret du quotidien : le chapitre 8 nous rappelle notre statut de « ressuscité avec Christ » appelé à vivre à l’image de Dieu, dans une dynamique de changement qui nous fait « tuer le péché » (mouvement « vers le bas ») et « ajuster le cœur » (mouvement « vers le haut »). Dans les chapitres 9 et 10, vous découvrirez comment la résurrection a un impact sur les relations sociales (on y parle de sujets tels la race, la classe sociale, les biens matériels et même le sexe !). Il y est également question de justice, celle qui s’empare du chrétien qui n’a, de ce fait, de cesse de la promouvoir dans la cité. Encore là une mine d’exemples concrets de l’implication que peut avoir la résurrection dans notre vie personnelle et collective.

Si Christ est ressuscité, nous avons non seulement toutes les raisons du monde de travailler pour le bien, mais nous avons aussi en nous le pouvoir réel de le faire. (p33)

Le chapitre 11, en plus d’analyser les propos de Jésus dans le sermon sur la montagne, va, en évoquant les vies de Jacob et de Joseph qui ont expérimenté le « grand renversement », nous donner une approche encourageante de la souffrance et des exemples inspirants pour affronter les difficultés de la vie.

Et Keller de clore son ouvrage si étoffé par un rappel de la désespérance qui a habité l’humanité au fil de l’histoire, avec une société qui ne sait comment se sortir elle-même de la peur, de l’angoisse, de l’échec. Une « espérance séculière » qui n’offre aucune garantie, aucune certitude, aucun espoir. L’espérance chrétienne quant à elle, raisonnable, complète, réaliste et efficace, pour reprendre ses propres termes, est une réalité que toute personne qui place sa confiance en Dieu peut expérimenter ici et maintenant, au cœur même des temps troublés par la guerre, la pandémie ou tout autre malheur que peut (et va) croiser l’être humain.

La résurrection, le Grand renversement, nous donne à la fois le pouvoir et le modèle qui nous permettent de vivre aujourd’hui en étant reliés à la future nouvelle création de Dieu. (p27)

Alors, oui, il y a beaucoup de pages. Mais il y a au travers de ces mots tant d’exemples, de mots d’encouragement, de paroles porteuses d’espoirs, de vérités indéniables, de réalités encourageantes que le mot RESURRECTION ne reste plus plat et « religieux » : il ne se limite plus à un événement vécu en Palestine au premier sièce de notre ère. Il se vit ici et maintenant, dans la spécificité de mon quotidien auquel il donne vie, courage et espoir. « Une espérance en ces temps troublés » est un livre de circonstance. Merci à Timothy Keller d’avoir, au cœur de la pandémie et malgré sa maladie, partagé tant de propos encourageants.

 « Les chrétiens voient alors qu’en Jésus, le chemin qui monte est celui qui descend, le chemin du vrai pouvoir est celui qui renonce au pouvoir pour servir, le chemin de la vraie richesse est celui de la générosité radicale avec tous ses biens, et le chemin du bonheur durable est celui qui ne cherche pas tant son propre bonheur que celui des autres. C’est ainsi qu’il a sauvé le monde et changé votre vie, et cela devient maintenant votre façon de voir et de vivre. » (p 273)

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